• Je viens de terminer ce livre, "Les victorieuses" de Laetitia Colombani que j'ai lu "à défaut" de cet autre que m'avait conseillé ma copine Marie-Claire "La tresse" et que je n'avais pas trouvé en bibliothèque.

    Les victorieuses de Laëtitia Colombani

    Même si le Masque et la Plume l'a démoli majoritairement en le traitant de "littérature populaire", moi j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre l'histoire de ces deux femmes qui y sont décrites avec beaucoup d'empathie.

    L'une, Solène (elle est avocate) a fait un burn-out suite au suicide d'un de ses clients, l'autre, Blanche Peyron, est à l'origine du Palais de la Femme ouvert en 1926 par l'Armée du Salut à Paris, lieu dans lequel la première retrouve un sens à sa vie en y pratiquant une activité bénévole d'écrivain public auprès de femmes venant de tous horizons.

    C'est vrai que j'y ai tout appris sur l'Armée du Salut (j'aime les romans ayant une trame historique) grâce à l'auteur qui décrit les combats de cette femme, Cheffe de l'Armée du Salut en France, qui voue sa vie aux plus démunies.

    Blanche Peyron vers 1915

    Les victorieuses de Laëtitia Colombani

    "Blanche nait à Lyon en 1867, d'un père français et d'une mère écossaise. Elle grandit à Genève. Son père, pasteur, décède lorsqu'elle n'a que onze ans. Sa mère se retrouve seule à élever cinq enfants. Cadette de la fratrie, Blanche témoigne déjà d'un fort tempérament. Éprouvant une profonde empathie pour la souffrance d'autrui, elle entre en rébellion contre toutes les formes d'injustice.../... A dix-sept ans, elle est envoyée en Ecosse dans la famille de sa mère, qui pense qu'un "petit changement d'air" lui serait favorable. Dans une réunion de salon, elle croise alors celle qu'on surnomme "la Maréchale", Catherine, fille aînée du pasteur anglais William Booth. Blanche a entendu parler de cet homme que beaucoup traitent d'illuminé ; il rêve de changer le monde, d'en abolir les inégalités. Parce que certains combats méritent une armée, il vient de créer une organisation inspirée du modèle militaire. Ecole, drapeau, uniforme, hiérarchie, rien ne manque à la panoplie. Son mouvement a pour ambition de lutter partout contre la misère, sans distinction de nationalité, de race ou de religion. Partie d'Angleterre, son Armée du Salut va conquérir la terre entière.../... De retour chez elle, Blanche annonce sa décision de s'enrôler dans l'Armée. Elle va intégrer l'Ecole militaire de Paris !"

    Le livre se présente sous la forme de chapitres consacrés alternativement à Solène dont on suit la progressive acceptation par les "locataires" du Palais de la Femme, et à Blanche qui suit inexorablement son bonhomme de chemin avec une seule idée en tête : venir en aide aux femmes et aux enfants sans foyer. Elle y arrivera puisqu'elle parviendra à lever les fonds nécessaires au rachat d'un immeuble et à sa réhabilitation.

    Au 94 rue de charonne se trouve le "Palais de la Femme".

    Les victorieuses de Laëtitia Colombani

    Bien sûr les phrases sont courtes et simples : pour moi, c'est une qualité (je ne suis jamais arrivée à lire Marcel Proust...). D'autres y verront un défaut...

    Chacun y trouve ce qu'il cherche !

    Deux ans après la fin de ses travaux de réhabilitation, le Palais de la Femme inaugure son bâtiment entièrement réhabilité, le 27 juin 2011. Cette métamorphose a permis la mise en conformité avec les normes de sécurité et surtout la création de chambres individuelles toutes dotées de sanitaires. Des espaces collectifs telles une salle de sport et une bibliothèque permettent par ailleurs de créer de la vie au sein de l’établissement. Cette réhabilitation, menée par Immobilière 3F, a été financée conjointement par le Conseil régional d’Île-de-France, la Ville de Paris, l'Etat, les collecteurs d’Action Logement et les donateurs de la Fondation de l’Armée du Salut. 350 femmes, dont 20 avec enfants, sont aujourd’hui accueillies dans l’établissement. Souhaitons longue vie à cet établissement, surtout à une époque où, plus que jamais, de nombreuses femmes se retrouvent seules dans des situations désespérées !!! (extrait du Blog "Le Piéton de Paris")


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  • Son titre "Le sang des mirabelles" n'est pas spécialement révélateur de son contenu mais je l'avais choisi à la bibliothèque dans le rayon "Nous aimons, Vous aimez" et son résumé m'avait séduite.

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    "Camille de Peretti se fait troubadour et nous conte l'histoire d'Eléonore et d'Adélaïde, deux sœurs indépendantes et déterminées en ce Moyen-Age sombre et troublé. Histoire de guerre, de convoitises, d'amour, de religion, un voyage dans le temps, guidé par une langue presque chantée. Pour notre plus grand plaisir !" Bibliothécaire

    J'ai lu un livre de Camille de Peretti qui m'a emballée !

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    Ce qui est drôle d'abord dans ce roman, c'est que tous les personnages ont un pseudonyme : le Hibou, l'Ours, le Lion, le Dragon, l'Araignée, l'Abeille, la Salamandre..., de quoi s’emmêler parfois un peu les pinceaux mais, au final, cela met du sel dans la lecture !

    L'Ours et le Dragon se sont connus alors qu'ils n'étaient qu'écuyers, placés chez un seigneur afin d'y apprendre les armes en vue d'être adoubés chevaliers : une école de l'endurance qui durera cinq ans, le temps pour eux deux - qui n'ont que 7 ans - de se connaître et de s'apprécier au point de devenir de grands amis.

    La Salamandre, elle, est promise à l'Ours justement, un seigneur que son père, le Lion, sur le point de partir en croisade avec le Roi Neuf lui a choisi, sans lui demander son avis bien sûr, afin de lui assurer une sécurité qu'il n'est plus en mesure de lui apporter.

    J'y ai appris qu'au cours de leur repas de noces les serviettes des convives contenaient de petits oiseaux vivants qui se mettaient à sautiller sur la table une fois les serviettes dépliées, picorant à droite à gauche ! Pas étonnant que l'Abeille (la petite soeur de la mariée) ouvre alors de grands yeux enchantés...

    Je ne vous énumérerai pas l’opulence du repas de noces : même les déjeuners de fête de nos grands-parents, qui étaient pourtant réputés pour être plus que copieux, font pâle figure comparés à celui-là... : on y mange même du cygne et des rouge-gorges !

    On y apprend aussi que la mariée a dû souffrir pour être la plus belle aux yeux de son futur mari. Ainsi, son front a été épilé avec un mélange de chaux vive et d'eau bouillante afin qu'il soit le plus grand possible...

    Ou encore qu'un animal (un cheval ayant écrasé par mégarde un enfant par exemple) peut passer en justice et être étranglé, sa tête pendue au gibet !

    Le livre fourmille ainsi de descriptions on ne peut plus étrangères aux mœurs de notre monde occidental du 21ème siècle.

    L'autre originalité du livre est la langue qui y est employée, une langue qui date du 12ème siècle et qu'on ne connait plus guère aujourd'hui. Il y a parfois des "notes de bas de page" mais j'ai aussi été amenée à fouiller sur le net pour comprendre l'exacte signification de tel ou tel mot que je ne connaissais pas. Et quand on lit la "traduction", on trouve que tout est très imagé !

    Voici les mots que j'ai relevés...

    Joyance : jouissance / Coussiège : banquette en pierre, intégrée à la maçonnerie, revêtue de bois, de coussins / Potagier : celui qui prépare tout ce qui cuit dans un pot/ Sorceresse : sorcière / Drue : amour / Longière : linge plus long que large (essuie-mains) / Bousine : cornemuse / Tailloir : plat sur lequel on coupe la viande (ici, il sert à y poser les tranches de pain à la mie dense qui seront jetées aux chiens à la fin du repas) / Nef : pièce de vaisselle en forme de navire qui contenait le gobelet, la cuiller, le couteau et les épices nécessaires à un repas / Patte-pelu : hypocrite / Décevance : déception / Rissole : pâte cuite à la grande friture / Meschine : servante / Couette : matelas / Défubler : déshabiller / Chainse : Longue tunique de femme, à manches / Tournavent : sorte de guichet en bois formant sas, il contribue à l’isolation thermique et à la sécurité de la pièce desservie / Ventrière : celle qui accouche les femmes, matrone, sage-femme / Garde-corps : longues capes de voyage, avec une capuche / Empaumer : prendre / Arder : brûler / Soussouille : personne grossière / Enfuriosement : colère / Chiabrena : chiure de merde / Rouelle des juifs : petite pièce d'étoffe orange imposée aux juifs / Pierre de bézoard : pierre réputée pour ses propriétés anti-poison au même titre que la corne de licorne / Scrupule : quatre-vingt grains / Drachme : soixante gouttes / Oblayes : pâtisseries / Ménestrandie : art des ménestrels / Essorillement : supplice qui consistait à couper les oreilles / Escafignons : chaussons de toile / Coquefredouilles : pauvres diables / Ase : bon à rien / Apensé : réfléchi / Gèmement : gémissement / Touailles : serviettes / Le pointron : le derrière / Mignonner : caresser délicatement / Callibristi : sexe féminin

    J'en passe et des meilleures...

    Un exemple dans le texte

    "Ah le misérable, le patte-pendu ! Il pourpense qu'il peut me compisser sans vergonde ! Ce qui de nos jours se traduirait par : Ah, le misérable, l'hypocrite ! Il pense fortement qu'il peut me souiller de son urine sans vergogne !

    Une interview de Camille de Peretti à propos de son livre dans "La grande Librairie"

    Un livre extrêmement bien documenté, écrit par une femme, sur une époque où les femmes n'ont que très peu de droits et surtout pas celui de s'instruire.

    A dévorer sans modération


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  • Suite à l'incendie de Notre-Dame de Paris qui nous avait beaucoup remués, nous avions fait un tour du côté de l'île de la Cité et nous étions entrés dans la Librairie du Compagnonnage : J'y ai acheté un livre que je viens de terminer.

    Je connais bien son auteur, Jean Diwo : ses livres m'intéressent toujours beaucoup car, tout en étant très documentés du point de vue de l'histoire sur chacun des sujets dont ils traitent, il reste que ce sont de véritables romans mettant en scène des personnages auxquels on s'attache facilement.

    L'action de ce livre "Le printemps des cathédrales" se passe au XIIème siècle au sein d'une famille de compagnons-maçons travaillant sur le chantier de rénovation de l'ancienne abbaye de Saint-Denis.

    On y fait connaissance avec l'abbé Suger, conseiller du roi de France, chargé par Louis VI le Gros de superviser les travaux de la basilique. Il aura d'ailleurs un rôle clé dans l'épanouissement des arts et le développement de la monarchie en France.

    L'abbé Suger dans sa robe de bure (gravure de 1690)

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

    C'est aussi l'abbé Suger qui accompagne le fils du roi, le jeune Louis - futur Louis VII - en aquitaine où il sera marié (dans la cathédrale de Bordeaux) avec Aliénor, duchesse d'Aquitaine.

    Louis VII le Jeune était ainsi nommé parce qu'il était le fils cadet de Louis VI le Gros. On le surnomma plus tard le Pieux. (miniature du Recueil des Rois de France - 1550)

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

    Le royaume de France se voit ainsi tripler de taille... On apprendra à Louis pendant ce voyage le décès de son père consécutif à une dysenterie causée par un excès de nourriture).

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

    Aliénor d'Aquitaine est présentée dans le roman comme une jeune femme intelligente et jolie, habituée aux fastes du duché d'aquitaine où règne l'amour courtois (n'oublions pas que c'est dans ce pays d'Oc que sont nées les chansons de geste des troubadours). Elle ne plait donc pas à la cour de France dont le roi Louis VII mène une vie quasi monacale pour se racheter d'avoir volontairement fait incendier une église du comté de Champagne (alors en conflit avec la royauté) dans laquelle s'étaient réfugiés les habitants.

    Vitrail de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers représentant Aliénor d'Aquitaine

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

    Le héros du roman de Jean Diwo se nomme Renaud Pasquier : apprenti, il devient vite compagnon et va même, en tant que parlier (*), assister l'architecte Guillaume dans la construction de la toute nouvelle cathédrale de Sens (celui-ci est à l'origine de l'invention de l'arc-boutant). Mais avant d'en arriver là, Renaud a dû passer par l'apprentissage de tous les corps de métiers...

     (*) Un parlier est au Moyen-Age une sorte de contremaître qui transmet oralement les ordres de l'architecte sur un chantier.

    On entend aussi parler dans ce roman de la deuxième croisade qu'entreprit Louis VII en 1147 pour chasser les infidèles...

    Le roi Louis VII et l'empereur Conrad d'Allemagne entrent dans Constantinople suivis d'un important cortège de seigneurs et de chevaliers. (enluminure par Jean Fouquet vers 1455-1460)

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

    C'est au cours de cette croisade qu'Aliénor d'Aquitaine - qui accompagne son mari le roi comme toutes les grandes dames du royaume - découvre à la table de Manuel Comnène, empereur de l'Empire bizantin, l'usage de la fourchette à deux dents inconnue en occident : c'est du moins ce que j'ai lu dans ce roman qui traite aussi de la vie de tous les jours...

    Il faudra attendre Catherine de Médicis au XVIème siècle pour que la fourchette soit introduite à la table de son fils, le roi Henri III.

    Fourchette médiévale à deux dents en fer forgé

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

    On apprend aussi dans ce livre que c'est peu après son retour de la croisade (et après le décès de l'abbé Suger qui y était opposé) que Louis VII le Pieux décide de se séparer de son épouse, Aliénor d'Aquitaine, en prétextant un lien de consanguinité (le divorce n'existe pas à cette époque). Celle-ci ne lui aura pas donné d'héritier mâle (seulement deux filles) mais, se remariant ultérieurement avec le roi d'Angleterre, Henri II, elle en aura huit enfants dont cinq fils !

    Mais revenons à notre héros, Renaud Pasquier : il va par un fait tout à fait hasardeux être chargé de remplacer l'architecte Guillaume sur le chantier de Sens. En effet, le Pape et le roi d'Angleterre ont décidé de débaucher ce dernier aux fins de le faire présider à la reconstruction de la cathédrale de Canterbury récemment incendiée. Avant de quitter la France pour l'Angleterre, l'architecte de Sens recommande tout naturellement son poulain pour le remplacer.

     Mais bientôt les finances manquent à Sens et voici Renaud obligé de songer à quitter sa chère cathédrale, accompagné de sa famille. Son rêve : participer au chantier de reconstruction de la cathédrale la plus prestigieuse de France, Notre Dame de Paris.

     C'est ainsi que la première pierre de l'église nouvelle est posée le 25 mars 1163 par - s'il vous plait - Sa Sainteté le Pape Alexandre III qui s'était réfugié en France à cette époque (sa légitimité ayant été contestée par l'Empereur Barberousse).

    Pose de la première pierre de Notre Dame de Paris

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

     C'est dans le roman de Jean Diwo que j'ai appris aussi que l'invention de la brouette, "cet engin à une roue qui permet à une homme de faire facilement le travail de deux manœuvres", datait du Moyen-Age...

    Représentation d'un chantier de construction au Moyen-Age

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

     Le chantier de la cathédrale va se poursuivre sous Philippe-Auguste, le fils de Louis VII le Pieux décédé le 11 septembre 1180 d"une attaque. Le jeune roi n'aimait pas son nom véritable - Philippe Dieudonné - qui lui avait été donné par son père lors de sa naissance pour remercier le ciel de lui avoir enfin donné un fils avec sa troisième épouse. Il prit donc le nom de Philippe-Auguste puisqu'il était né au mois d'août... Référence directe aux empereurs romains, ce terme signifie aussi qu'il a accru considérablement le domaine royal ce qui est le cas puisque la France se vit augmenter sous son règne des seigneuries d'Artois, du Valois, d'Amiens et d'une bonne partie du Vermondois.

    Le jeune roi travailla à l'unité française et fit construire la muraille entourant Paris qui porte toujours son nom (Enceinte de Philippe-Auguste).

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

    C'est en 1190 qu'eut lieu la Dédicace du choeur de la cathédrale : autrement dit, la cathédrale fut officiellement ouverte au culte à cette date. Ce fut une fête à laquelle Renaud Pasquier craignait de ne pouvoir assister car il se sentait malade depuis quelques temps : la poussière engendrée par le polissage des pierres lui ruinait les poumons... Effectivement, peu de temps après la consécration de la cathédrale, il s'éteignit.

    La postérité ne retiendra pas le nom de tous ces bâtisseurs ayant tant donné de leur vie pour bâtir ces si prestigieuses cathédrales de France et de Navarre : ainsi en va la vie... On ne gardera dans les tablettes que le nom des évêques qui les ont commandées.

    Les deux derniers chapitres sont, je trouve, un peu bâclés : Jean Diwo tient à y faire jouer un rôle aux derniers de la famille Pasquier. Il y raconte comment, lors de la construction de la cathédrale de Chartres, les statues prennent de la couleur (on le sait, c'était ainsi au Moyen-Age). Il y parle aussi de la fabrication des vitraux qui la rendront célèbre.

    L'auteur aborde aussi rapidement la construction de la Sainte-Chapelle destinée à recevoir les saintes reliques rapportées par le roi des croisades.

    Le livre se termine sur "le Sourire de Reims", cette statue sculptée vers 1240 qui orne le portail nord de la cathédrale, Reims ultime étape des derniers Pasquier...

    Le printemps des cathédrales de Jean Diwo

    J'ai adoré ce livre !


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  • Je viens de lire un livre qui m'a beaucoup plu : il s'agit du premier roman d'une romancière anglaise, Guinevere Glasfurd et c'est une réussite.

    Le livre s'intitule "Les mots entre mes mains" et traite d'une période de la vie d'une jeune servante hollandaise employée chez un libraire anglais installé en Hollande, qui a été amenée à rencontrer le philosophe René Descartes séjournant chez ce libraire pour quelques temps.

    Une petite fille, Francine, va naître en 1635 de cette relation qui, à l'époque, est - vous vous en doutez - tout à fait improbable.

    Helena Jans, c'est son nom, est bien sûr une personne hors du commun pour sa condition. Quand elle parle de Descartes, elle l'appelle toujours "le Monsieur" par respect pour son rang social et ses connaissances. Quand elle arrive pour travailler chez M. Sergeant, libraire à Amsterdam, elle se découvre une passion pour les mots et décide ainsi d'apprendre seule à lire et à écrire (ne possédant pas de plume ni d'encre, elle trace au départ les mots sur sa paume, d'où le titre du livre). Elle a, en outre, un réel don pour le dessin.

    Si l'on suit la vie d'Helena, c'est surtout la Hollande du XVIIème siècle qui y est décrite par son entremise et c'est un vrai bonheur.

    Il s'agit bien sûr d'une fiction mais ce que l'on sait avec certitude c'est qu'en juillet 1635, une certaine Helena Jans a donné naissance à une fille, Francine et il est avéré que Descartes en était le père car il l'a indiqué dans une note manuscrite. Il est également établi que Francine a reçu le sacrement du baptême à Deventer (une ville située à une centaine de kilomètres d'Amsterdam) le 28 juillet de la même année. Le registre donne le nom de ses parents : Reyner - qui correspond en néerlandais à René - Jochems - qui signifie littéralement "fils de Jean", prénom du père de Descartes et Helena Jans ainsi que celui de l'enfant, Fransintge équivalent à Francine.

    Aucun document ne confirme que Descartes a envoyé Helena à Deventer (afin qu'elle y accouche) mais il connaissait la ville et y avait vécu avec son ami Reneri. Il est possible que Francine y ait vu le jour : à l'époque les enfants étaient baptisés très peu de temps après leur naissance. En 1635 Descartes résidait à Utrecht ; il lui aurait été possible de se rendre de temps en temps à Deventer.

    S'il est vrai que Descartes chercha à dissimuler sa paternité, Helena ne partagea pas le sort de nombreuses autres mères célibataires, qui étaient le plus souvent mises au ban de la société. Il est avéré qu'ils ont entretenu une correspondance : en 1637, Descartes a adressé un message à Helena par l'intermédiaire d'un tiers, l'invitant à le rejoindre près de Santpoort et à venir avec sa fille. On ne sait pas si Helena accepta mais il subsiste une anecdote selon laquelle Descartes frappait dans ses mains dans son jardin de Santpoort pour provoquer un écho et inciter une jeune enfant à le poursuivre.

    En 1640, il prend des dispositions pour que sa "nièce" séjourne chez sa tante, Mme du Tronchet, en France, afin d'y recevoir une éducation. Cette petite fille, c'était Francine. Elle ne fit jamais le voyage car elle mourut subitement de la scarlatine en septembre 1640 à l'âge de cinq ans. Descartes connut "le plus grand regret qu'il eût jamais senti de sa vie".

    Helena a connu Descartes pendant au moins dix ans, à une époque charnière de la vie du philosophe, celle qui a précédé la publication de son premier texte (il s'intéressait aux chandelles, aux flocons de neige, aux hirondelles, aux anguilles, au sel, aux chatouillements, entre autres sujets).

    Le fait que Descartes et Helena restèrent en contact épistolaire et qu'ils vécurent non loin de l'autre plusieurs années après la mort de Francine laisse à penser que leur relation avait de l'importance pour eux deux... En l'état actuel des connaissances, aucune des lettres que s'adressèrent Descartes et Helena n'a subsisté.

    Une belle histoire, non ? 


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  • J'avais tellement aimé "Charlotte" que j'ai tenté un autre livre du même auteur. Celui-ci, qui est écrit dans un style totalement différent,raconte un fait de société somme toute assez classique de nos jours.

    La tête de l'emploi de David Foenkinos

     La descente aux enfers d'un homme d'une cinquantaine d'années qui, alors qu'il pense que tout va bien dans sa vie - il a un bon boulot, une femme qu'il aime, une fille qui a réussi - perd successivement son travail et sa femme (sans lien apparent).

    Et pourtant c'est sur un ton de comédie et non de drame que David Foenkinos nous décrit le quotidien de Bernard (un prénom dont l'auteur dit qu'il a tout de suite pensé qu'il aurait le potentiel de l'échec... !) depuis le moment où il doit changer de poste au sein de sa banque (il doit prendre, en sus de son propre poste de conseiller financier, le poste de guichetier laissé vacant à cause de restrictions de personnel) jusqu'au moment où sa femme et lui décident de "faire un break", ce qui le conduira d'ailleurs à retourner vivre chez ses parents. Là, il va rencontrer une autre femme avec laquelle il va vivre une passion aussi fulgurante qu'éphémère.

    Ce qui m'a bien plu, c'est le côté "vrai" des situations. Dans ma propre banque je me suis aperçue que depuis quelques temps mon conseiller financier tenait, à tour de rôle avec ses autres collègues, le guichet de l'accueil. Je ne lui conseillerai peut-être pas de lire "La tête de l'emploi" !

    Un livre très plaisant à lire (même si la fin est un peu bâclée).

    L'interview de David Foenkinos à propos de la sortie de son livre


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