• Je poursuis, avec le tome IV intitulé "Innocent breuvage" - entre séances télé, recherches sur le net, rédaction de mon blog, cours d'italien, révision de mes chants de chorale et occupations ménagères - ma lecture des Enquêtes de Quentin du Mesnil, ce maître d'hôtel du roi François Ier imaginé par Michèle Barrière.

    J'ai lu le quatrième tome des enquêtes de Quentin du Mesnil...

    Cette fois-ci, me voici plongée dans une sombre histoire d'empoisonnement mais, pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de celui du dauphin François, fils aîné de François Ier, destiné à devenir roi de France.

    Quentin du Mesnil est amené à aller à Lyon quérir François Rabelais pour innocenter l'échanson au service du dauphin, Sébastien de Montecuculli - quel drôle de nom me direz-vous (mais il s'agit bien du vrai personnage) - accusé, probablement à tort, d'être à l'origine du trépas du jeune homme âgé de seulement dix-huit ans : le 10 août 1536, le dauphin François meurt subitement, sans doute d'une pleurésie pour avoir bu de l'eau trop glacée après une partie de jeu de paume endiablée. On soupçonne alors un empoisonnement par un espion à la solde de Charles-Quint qui est en guerre contre le roi de France...

    François de France, dauphin et duc de Bretagne, par Corneille de Lyon (XVIème siècle)

    dauphin_francois.bmp

    Et c'est là que je découvre l'étendue de mon ignorance... J'y apprends que Rabelais était, non seulement l'homme de lettres que je connais, auteur de Gargantua et Pantagruel, mais également un médecin fort réputé et même pour un temps, moine - ce qui ne l'a pas empêché d'avoir deux enfants, c'était monnaie courante à cette époque !

    François Rabelais (gravure de 1609)

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    Une petite parenthèse avec quelques unes des maximes de Rabelais...

    Science sans conscience n'est que ruine de l'âme.
    Un malheur ne vient jamais seul.
    L'ignorance est mère de tous les maux.
    Tout vient à point qui peut attendre.
    Rire est le propre de l'homme. 

    Chargé de veiller à la bonne préparation des plats dans les cuisines du Roi afin d'y débusquer d'éventuels empoisonneurs, Rabelais répond, sous la souris de Michèle Barrière,

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    à un autre médecin qui lui demande s'il ne trouve pas l'oseille trop astringente...

    Et c'est là, tout l'art de Michèle Barrière qui imite à la perfection la verve de Rabelais !

    "Avec l'oseille, vous faites une belle sauce verte, légère à digérer, facile à assimiler, qui vous ébaudit le cerveau, égaie les esprits animaux, réjouit la vue, ouvre l'appétit, flatte le goût, donne du cœur au ventre, chatouille la langue, éclaircit le teint, fortifie les muscles, tempère le sang, allège le diaphragme, rafraîchit le foie, décharge la rate, soulage les rognons, calme les reins, dégourdit les vertèbres, vide les uretères, dilate les vases spermatiques, purge la vessie, gonfle les génitoires, redresse le prépuce, encroûte le gland, raidit le membre, vous donne bon ventre, vous fait bien roter, fienter, uriner, éternuer, sangloter, tousser, cracher, vomir, bâiller, moucher, souffler, inspirer, respirer, ronfler, suer, dresser le virolet, et mille autres rares avantages..."

    Torturé, le jeune échanson avoue le crime mais n'accuse pourtant pas Charles Quint. Sous la douleur, il perd la raison : tous les grands noms d'Italie se retrouvent être les commanditaires. Un procès est organisé à l'automne, simulacre de justice où François Ier a déjà dicté son verdict. En octobre, Sébastien de Montecuculli est déclaré coupable. De Roanne où il était emprisonné, il est ramené à Lyon où il est écartelé grâce à quatre chevaux devant les yeux de François 1er et sa cour. Les membres du pauvre homme sont placés au quatre portes de la ville, sa tête sur une lance. Le corps est livré à la folie de la foule. Lyon se repend du sang de celui présenté comme meurtrier : on pense que justice est alors faite.

    Hou la la... Dur dur le supplice !

    On a quand même fait des progrès avec la guillotine...

    J'ai lu le quatrième tome des enquêtes de Quentin du Mesnil...

    Paix à son âme

    Des murmures, venus de la cour de Charles Quint, accusent d'autres commanditaires, ceux qui ont eu le plus à gagner dans cette histoire : les Médicis. Le futur Henri II (jeune frère du dauphin François) et sa femme Catherine de Médicis sont promis à devenir roi et reine de France.

    Le mariage d'Henri II avec Catherine de Médicis - Jacopo da Empoli (XVIème siècle)

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    Qui dit vrai ?


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  • Je continue à lire la saga de Michèle Barrière mettant en scène - dans une fiction policière -historico-culinaire - Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel de François Ier. Le second tome s'intitule "De sang et d'or".

    J'ai lu "De sang et d'or" de Michèle Barrière et découvert "l'Utopie" de Thomas More

    Cette fois-ci, ce dernier n'est plus sur les traces de Léonard de Vinci en Italie ainsi que le lui avait demandé François Ier qui désirait s'entourer à Amboise de la compagnie du grand peintre et inventeur italien, mais mis en présence de Thomas More, conseiller d'Henry VIII d'Angleterre, à l'occasion de la préparation du traité de paix entre les deux souverains connu sous le nom de "Camp du drap d'or" qui s'est tenu du 7 au 24 juin 1520.

    François Ier et Henry VIII, deux rois presque du même âge (le premier a 23 ans, le second 28) et de la même taille, aussi ambitieux l'un que l'autre. La paix entre les deux pays va-t-elle s'instaurer à l'issue de l'entrevue du Camp du drap d'or ou bien les deux rois vont-ils se contenter de se mesurer à travers festins et tournois... ? La réponse, à la fin du livre !

    J'ai lu "De sang et d'or" de Michèle Barrière et découvert "l'Utopie" de Thomas More

    Une vidéo de l'Institut National du Patrimoine sur les traités diplomatiques du Camp du drap d'or

    Cliquez sur l'image pour l'agrandir, elle en vaut la peine.

    J'ai lu "De sang et d'or" de Michèle Barrière et découvert l'Utopie de Thomas More

    Le camp du drap d'or - Huile sur toile de 1545 (Friedrich Bouterwerk) - Musée national du Château de Versailles

    La partie gauche du tableau montre le cortège d’Henri VIII entrant dans le château de Guînes le 5 juin 1520. Le roi, vêtu d’or, se distingue des autres personnages par sa taille. Sa suite compte plus de trois mille personnes, dont le cardinal Wolsey, principal négociateur de la paix.

    Au centre de la toile se trouve le palais éphémère dans lequel Henri VIII a résidé durant l’entrevue. Érigé à côté du château de Guînes et de style en partie italianisant, ce palais est une véritable prouesse technique et artistique, son architecture mêlant brique, bois, tentures et verre.

    À l’arrière-plan, les luxueux pavillons installés à Ardres et dans lesquels résident François Ier et les trois mille Français font, selon les contemporains, pâle figure à côté du palais d’Henri VIII. Le pavillon doré est celui dans lequel François Ier accueille Henri VIII le 7 juin. Quant au double pavillon doré situé à équidistance du camp français et du palais anglais, il est le lieu des rencontres diplomatiques quotidiennes.

    La toile montre toutefois que les divertissements occupent l’essentiel du temps des souverains et de leur Cour, qu’il s’agisse de joutes (en haut à droite), de banquets (au centre et à droite), de mascarades ou de feux d’artifice, comme ce dragon (en haut à gauche) que les Anglais envoient dans le ciel le 23 juin, après la messe de clôture de la rencontre célébrée par le cardinal Wolsey en présence des deux souverains.

    Cette entrevue est le fruit du travail de plusieurs milliers d’artisans et de serviteurs, que l’on voit s’afférer sur la toile, tels ces cuisiniers au second plan à droite. Le tableau met également en scène la foule venue au camp du Drap d’or pour admirer les tentes, assister aux divertissements et profiter des faveurs, comme ces fontaines à vin au premier plan.

    Le livre de Thomas More, l'Utopie, paru quatre ans plus tôt, inspire apparemment dans ce roman policier une main assassine (on y parle souvent de sociétés secrètes qui, rassurez-vous n'arriveront pas à leurs fins...), l'occasion pour moi d'approfondir un peu ce qu'est ce livre - l'Utopie - qui a donné son nom au nom commun si souvent galvaudé (l'origine du mot vient du grec οὐ-τόπος « en aucun lieu »). Il s'agit de la représentation d'une société idéale, sans défaut, contrairement à la réalité. Plus tard, des économistes reprendront quelques unes de ses idées en matière de conceptions économiques de la société. Ainsi, Karl Marx s’est appuyé sur ses travaux pour élaborer la théorie du communisme.

    Thomas More par Hans Holbein (1527)

    Lord chancelier du roi Henry VIII (une sorte d'équivalent de Premier ministre), il sera décapité le 6 juillet 1635 pour n'avoir pas approuvé le divorce du roi d'avec Catherine d'Aragon (Henry VIII souhaitait se remarier avec Ann Boleyn rencontrée lors des accords du Camp du drap d'or) et s'être opposé au schisme anglican qui faisait d'Henry VIII le chef suprême de l'église anglicane...

    J'ai lu "De sang et d'or" de Michèle Barrière et découvert l'Utopie de Thomas More

    Cette carte de l'île d'Utopie illustrait l'édition originale (1516) du texte de Thomas More.

    J'ai lu "De sang et d'or" de Michèle Barrière et découvert l'Utopie de Thomas More

    Description de l’Utopie (Source : Organisation BeSeven)

    Thomas More décrit sa société idéale 100 000 habitants vivant sur une île. C’est une île car l’isolement sur l’extérieur est essentiel au bon fonctionnement de la société idéale.

    Utopie est une île en forme de croissant qui contient cinquante-quatre villes grandes et belles où la langue, les lois, les mœurs et les institutions sont identiques. Ces villes sont bâties sur le même plan et ont les mêmes établissements publics. La capitale est Amaurot parce qu’elle est le siège du gouvernement et du sénat. E est située au centre de l’île.

    Les utopiens ont aboli la propriété privée et appliquent le principe de la possession commune. Ils doivent changer de maison tous les dix ans et tirent au sort leur nouvelle demeure.

    Les religions sont multiples et coexistent, mais la plupart des utopiens sont monothéistes et reconnaissent un Dieu immense et inexplicable qu’ils appellent “Père”. Les prêtres sont des magistrats élus par le peuple, au scrutin secret, et sont dirigés dans chaque cité par un pontife. Ils peuvent se marier et les femmes ne sont pas exclues du sacerdoce, pourvu qu’elles soient veuves et d’un âge avancé.

    Il n’y a pas de monnaie, chacun se sert au marché en fonction de ses besoins. Toutes les maisons sont pareilles. Il n’y a pas de serrure et tout le monde est obligé de déménager tous les dix ans pour ne pas s’enraciner.

    L’oisiveté est interdite : pas de femmes au foyer, pas de prêtres, pas de nobles, pas de valets, pas de mendiants. Cela permet de réduire la journée de travail à 6 heures.

    Tout le monde doit accomplir un service agricole de deux ans. En cas d’adultère ou de tentative d’évasion d’Utopie, le citoyen perd sa qualité d’homme libre et devient esclave. Il doit alors travailler beaucoup plus et obéir. 

    La famille est préservée et honorée, l’adultère est puni du plus dur des esclavages et de mort en cas de récidive. Avant le mariage, la chasteté est de rigueur et l’examen prénuptial est exigé.

    Des Passages de l'Utopie...

    "N’est-elle pas inique et ingrate la société qui prodigue tant de biens (…) à des joailliers, à des oisifs, ou à ces artisans de luxe qui ne savent que flatter et asservir des voluptés frivoles quand, d’autre part, elle n’a ni cœur ni souci pour le laboureur, le charbonnier, le manœuvre, le charretier, l’ouvrier, sans lesquels il n’existerait pas de société. Dans son cruel égoïsme, elle abuse de la vigueur de leur jeunesse pour tirer d’eux le plus de travail et de profit; et dès qu’ils faiblissent sous le poids de l’âge ou de la maladie (…), elle oublie leurs nombreuses veilles, leurs nombreux et importants services, elle les récompense en les laissant mourir de faim. (…) En Utopie, au contraire où tout appartient à tous, personne ne peut manquer de rien, une fois que les greniers publics sont remplis. Car la fortune de l’État n’est jamais injustement distribuée en ce pays. L’on n’y voit ni pauvre ni mendiant et quoique personne n’ait rien à soi, cependant tout le monde est riche. Est-il en effet de plus belle richesse que de vivre joyeux et tranquille sans inquiétude ni souci ? Est-il un sort plus heureux que celui de ne pas trembler pour son existence ?"

    ◄►◄►◄►◄►

    "Le seul moyen d’organiser le bonheur public c’est l’application du principe de l’égalité. L’égalité est impossible dans un État où la possession est solitaire et absolue ; car chacun s’y autorise de divers titres et droits pour attirer à soi autant qu’il peut, et la richesse nationale (…) finit par tomber en la possession d’un petit nombre d’individus qui ne laissent aux autres qu’indigence et misère. (…)

    Le but des institutions sociales en Utopie est de fournir d’abord aux besoins de la consommation publique et individuelle, puis de laisser à chacun le plus de temps possible pour (…) cultiver librement son esprit. (…)

    Les Utopiens ont la guerre en abomination, comme une chose brutalement animale. (…) Ce n’est pas pour cela qu’ils ne s’exercent pas (…) à la discipline militaire mais ils ne font la guerre que (…) pour défendre leurs frontières, ou pour repousser une invasion ennemie sur les terres de leurs alliés, ou pour délivrer (…) du joug d’un tyran un peuple opprimé par le despotisme."

    Pour conclure, une vidéo de "Reflets d'Histoire", chaîne historique et politique super intéressante mais surtout très pédagogique qui vous dit tout sur l'utopie (en général) et plus précisément sur celle décrite par Thomas More dans son livre.

    Décidément, en lisant les livres de Michèle Barrière, je fais toujours d'agréables découvertes (dans "Le sang de l'hermine", c'était les inventions de Léonard de Vinci, cette fois-ci avec "De sang et d'or" j'apprends beaucoup sur le livre phare de Thomas More "l'Utopie") et je me délecte de la description des festins extraordinaires dont fourmillent ses livres, tant sur le plan du décor que sur celui des plats élaborés pour satisfaire l'appétit des rois !

    Un vrai régal !


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  • « Écrire des polars historiques et culinaires, c’est vivre entre son ordinateur et ses plaques de cuisson, la tête dans les textes anciens et les mains dans la pâte à tarte. »

    Ainsi s'exprime Michèle Barrière, historienne de l’alimentation, écologiste de la première heure, qui s’est consacrée à la défense des races animales et des légumes dits oubliés. Ses polars historiques retracent l’histoire et l’évolution de la cuisine et des manières de table. Un cahier de recettes d’époque, facilement réalisables, accompagne chaque livre.

    "Le sang de l'hermine", que je viens de terminer, est le premier d'une série de trois romans mettant en scène Quentin du Mesnil, ami d'enfance et maître d’hôtel de François 1er à la cour d'Amboise. Le roman commence en 1516, alors que ce dernier vient tout juste de se distinguer en remportant la célèbre victoire de Marignan sur les italiens.

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Quentin du Mesnil a pour mission de se rendre en Italie afin de ramener Léonard de Vinci à la cour du roi de France. Le jeune homme, qui ne pense qu'à révolutionner les manières de table françaises héritées du Moyen-Age pour mieux servir son maître, fait ainsi la connaissance de cet homme pour le moins récalcitrant (il a la réputation d'avoir un foutu caractère). Une mission qui se révélera on ne peut plus périlleuse, d'autant que l'artiste est par ailleurs la cible d'une sombre vengeance...

    Autoportrait de Léonard de Vinci réalisé entre 1512 et 1515 - Bibliothèque royale de Turin

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    En échange de ses bons et loyaux services, le jeune hobereau normand, se verra confier les rênes du chantier de Chambord où le monarque rêve d’élever un château digne de lui.

    L'automne à Chambord, une aquarelle de Philippe Legendre-Kvater

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Ce qui m'a intéressé dans ce roman policier, c'est le fait qu'il mette en scène des personnages célèbres, aussi bien du monde politique que de celui des arts, personnages qui ont tous été immortalisés par le crayon ou le pinceau de grands peintres. Michèle Barrière y mentionne aussi nombre de tableaux peints par Léonard de Vinci ainsi que quelques unes de ses inventions.

    Je suis ainsi allée, tout au long de ma lecture, regarder sur le net les portraits de...

    François 1er par Jean Clouet (vers 1530), un tableau qui est dans tous les livres d'histoire.

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Moins connu, celui de sa sœur, Marguerite d'Alençon ici également représentée par Jean Clouet (vers 1530).

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Le titre du roman fait référence à un célèbre tableau de Léonard de Vinci "La dame à l'hermine" peint entre 1489 et 1490. Il s'agit d'un portrait de Cecilia Gallerani, jeune aristocrate, maîtresse de Ludovico Sforza, Duc de Milan.

    Il est actuellement conservé au Musée Czartoryski de Cracovie. J'espère pouvoir aller un jour sur place pour l'admirer...

     Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Pascal Cotte, ingénieur opticien du laboratoire parisien d'expertises Lumière Technology, a passé trois années à étudier ce célèbre portrait de la Renaissance, en utilisant une nouvelle technique appelée "Layer Amplification Method" (LAM), permettant de numériser le tableau en utilisant 13 types de longueurs d'onde de lumière, chacun avec des taux de perméabilité différentes. Cotte réussit ainsi à créer les images des différentes couches de peinture se trouvant en dessous de la surface, révélant trois versions successives du célèbre portrait.

    Dans le premier, l'hermine est totalement absente, tandis que dans le second elle apparaît avec un pelage gris pour prendre de l'épaisseur dans le troisième où elle possède aussi des pattes de lion. La main de la jeune femme a aussi été revue. Une preuve des errances du peintre, de ses hésitations, de ses reprises et de ses changements.

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Il est aussi question dans le roman de ce tableau resté inachevé, commandé par les moines du Couvent de San Donato près de Florence et actuellement exposé à la Galerie des Offices. Il s'agit de sa première commande, probablement obtenue grâce à l'influence de son père qui était leur notaire depuis 1476. La toile a été peinte à la tempera et à l'huile sur planches de peuplier bouclées. Il paraît malheureusement que, du fait de la qualité médiocre de ces planches, elles se sont incurvées et qu'elles ne restent unies que grâce à la peinture... Le tableau a néanmoins été restauré en 2016.

    "L'adoration des Mages" de Léonard de Vinci - 1481

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Michèle Barrière cite aussi "La Vierge au rocher", un tableau de Léonard de Vinci exécuté de 1483 à 1486 et conservé au Musée du Louvre. J'irai cette année, dès que le musée ré ouvrira ses portes...

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Quant à cet automate de Léonard de Vinci représentant un lion dont parle l'auteure, il a été présenté à François Ier lors d'un de ses passages à Lyon par les marchands et les banquiers de Florence installés dans la ville. Celle-ci possédait en effet à cette époque une importante communauté florentine. Il s'agissait alors de célébrer l'alliance entre la France et la cité toscane, qui avait le lion pour symbole. Le manoir du Cloux (ou château du Clos-Lucé), voisin de celui d'Amboise, où séjourna Léonard de Vinci durant les trois dernières années de sa vie, en a reconstitué une maquette à partir des quelques plans laissés par l'inventeur.

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    L'automate avait fait, dit-on, quelques pas en direction du roi, sa poitrine s'était ouverte et une gerbe de lys, symbole de la royauté, en avait jailli : le roi en était resté bouche bée.

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Une autre invention de Léonard de Vinci donne bien du souci à Quentin du Mesnil : il s'agit de l'ornithoptère, une machine destinée à voler à la manière d'un oiseau. Sa machine, en réalité, contrairement à ce qui se passe dans le roman, s'arrêta au croquis.

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Julien de Médicis était un grand mécène. A son décès, Léonard de Vinci se retrouva très seul. "Les Médicis m'ont créé, les Médicis m'ont détruit" écrit-il à la fin d'un séjour romain. Il ne tardera d'ailleurs pas à partir pour la France.

    Julien de Médicis ici peint par Sandro Botticelli (1478)

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Léonard s'était finalement décidé à tout quitter (son maître, Andrea del Verrocchio, et beaucoup de ses amis peintres - comme Botticelli - étant décédés), n'emportant avec lui que sa Mona Lisa sur laquelle il travaillait depuis quatorze années, son saint Jean-Baptiste,Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    et sa Sainte-Anne : c'est le tableau de Léonard que je préfère.

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Vous l'aurez compris : il est aussi beaucoup question de banquets dans le livre. L'auteure cite ainsi dans son roman Cristoforo da Messisbugo qui était maître d'hôtel à la cour d'Alphonse 1er d'Este, duc de Ferrare.

    Voici un intérieur de cuisine italienne.

    Fac-simile de gravure sur bois de son livre de cuisine (1549).

    Le sang de l'hermine, un polar historico-culinaire de Michèle Barrière

    Un extrait du livre de Michèle Barrière

    Quentin repensa à tout ce qu’il avait vu l’année précédente en Italie. A Milan, puis à Bologne où ils s’étaient rendus à l’invitation du pape, les banquets somptueux s’étaient succédé. Jamais il n’avait connu une telle variété de mets délicats, servis dans des assiettes individuelles, et non ces grossiers tranchoirs faits d’une planche de bois sur laquelle on posait un morceau de pain qui absorbait le jus des viandes. Les verres étaient d’une telle finesse qu’on osait à peine les prendre en main.
    Pour l’honneur du roi et de la France, il fallait s’employer à égaler, voire surpasser le savoir-faire des Italiens.
    (…)
    « L’art du cuisinier doit surprendre l’esprit et satisfaire les sens, susciter stupeur et admiration, allégresse et fascination. Le banquet doit être céleste. On doit avoir l’impression de festoyer avec les anges. »

     En effet, à la cour du Pape Léon X, on mange dans des assiettes individuelles et on utilise la fourchette (à deux dents) pour manger les pâtes.

    J'ai aussi appris grâce à la lecture de ce roman que à cette époque les dîners étaient servis "à la française" : tous les plats, de l'entrée jusqu'au dessert, étaient ainsi apportés sur la table en même temps au risque de manger froid. Les hôtes restaient debout autour de la table dressée et se servaient eux-mêmes.

    Nos buffets actuels !

    Au contraire, en Italie, il semble que ce soit le service "à la russe" qui ait été en vigueur à l'époque : il consistait à faire asseoir ses hôtes autour d'une table et à leur servir les plats chauds les uns après les autres.

    Nous mangeons donc "à la russe" !

     Michèle Barrière parle de son livre.

    Ce n'est pas tant le côté policier qui m'a passionné que tout ce qu'il y a autour et qui fourmille de détails sur les mœurs de cette époque, ajouté aux œuvres plus ou moins célèbres dont il est question et qu'il est toujours intéressant de découvrir.


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  • J'ai emprunté avant le confinement à la bibliothèque de mon quartier un livre labélisé "Nous aimons, vous aimez" par les bibliothécaires. C'est en général un gage de qualité. J'ai appris depuis que son auteur, Lionel Duroy, a écrit de nombreux romans à succès tournant toujours autour du même thème, sa famille.

    Celui-ci s'intitule "L'absente".

    "L'absente" de Lionel Duroy : un road movie à lire très attachant

    Il s'agit d'une sorte de "road movie" dans lequel l'auteur entraîne son personnage principal, Augustin, sur les traces de son passé, un passé où il a souffert d'une mère dépressive et colérique. Ce voyage sur les routes de France qu'Augustin entreprend suite à l'expulsion de sa maison familiale (il vient de divorcer), va le conduire jusqu'à Bordeaux dans le château familial où il va découvrir sa mère sous un autre jour : une sorte de réhabilitation...

    L'auteur est un grand amateur de vélo : il dit souvent que l'écriture d'un livre peut être comparée à l'ascension d'un col... Son personnage, Augustin, quitte ainsi sa maison en emmenant avec lui tout ce que le coffre de sa voiture peut contenir de souvenirs mais aussi avec ses deux vélos : cela lui créera parfois bien du soucis quand il voudra se loger à l'hôtel !

    Une interview de Lionel Duroy à propos de son livre par Lionel Reychman

    Le style de l'auteur est comme l'eau d'une rivière : les mots coulent paisiblement dans son écriture, charriant pourtant parfois leur flot de rancœurs.

    Un livre que j'ai beaucoup aimé.


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  • Coronavirus et confinement obligent, les français ont parait-il beaucoup relu le célèbre livre d'Albert Camus paru en 1947, La peste : une épidémie qui menace la ville d'Oran, en Algérie, dans les années 1940, des milliers de personnes contraintes de rester confinées chez elles pour ne pas mourir victimes de ce virus...

    J'avais l'intention de donner rendez-vous aux seniors de mon association (Générations 13) chaque semaine pour la lecture d'un passage de ce livre qui n'est pas sans nous rappeler une actualité un peu pesante : "ma Petite Bibliothèque à moi" en quelque sorte ! mais je me suis heurtée à de grandes difficultés pour mettre en ligne les vidéos prises avec mon téléphone : du coup, je n'ai réussi à enregistrer que le début du livre (voir en bas de page).

    En voici tout d'abord l'introduction (il s'agit du début du chapitre premier) sous sa forme écrite.

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    Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran. De l’avis général, ils n’y étaient pas à leur place, sortant un peu de l’ordinaire. À première vue, Oran est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu’une préfecture française de la côte algérienne.

    La cité elle-même, on doit l’avouer, est laide. D’aspect tranquille, il faut quelque temps pour apercevoir ce qui la rend différente de tant d’autres villes commerçantes, sous toutes les latitudes. Comment faire imaginer, par exemple, une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l’on ne rencontre ni battements d’ailes ni froissements de feuilles, un lieu neutre pour tout dire ? Le changement des saisons ne s’y lit que dans le ciel. Le printemps s’annonce seulement par la qualité de l’air ou par les corbeilles de fleurs que des petits vendeurs ramènent des banlieues ; c’est un printemps qu’on vend sur les marchés. Pendant l’été, le soleil incendie les maisons trop sèches et couvre les murs d’une cendre grise ; on ne peut plus vivre alors que dans l’ombre des volets clos. En automne, c’est, au contraire, un déluge de boue. Les beaux jours viennent seulement en hiver.

    Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. Dans notre petite ville, est-ce l’effet du climat, tout cela se fait ensemble, du même air frénétique et absent. C’est-à-dire qu’on s’y ennuie et qu’on s’y applique à prendre des habitudes. Nos concitoyens travaillent beaucoup, mais toujours pour s’enrichir. Ils s’intéressent surtout au commerce et ils s’occupent d’abord, selon leur expression, de faire des affaires. Naturellement ils ont du goût aussi pour les joies simples, ils aiment les femmes, le cinéma et les bains de mer. Mais, très raisonnablement, ils réservent ces plaisirs pour le samedi soir et le dimanche, essayant, les autres jours de la semaine, de gagner beaucoup d’argent. Le soir, lorsqu’ils quittent leurs bureaux, ils se réunissent à heure fixe dans les cafés, ils se promènent sur le même boulevard ou bien ils se mettent à leurs balcons. Les désirs des plus jeunes sont violents et brefs, tandis que les vices des plus âgés ne dépassent pas les associations de boulomanes, les banquets des amicales et les cercles où l’on joue gros jeu sur le hasard des cartes.

    On dira sans doute que cela n’est pas particulier à notre ville et qu’en somme tous nos contemporains sont ainsi. Sans doute, rien n’est plus naturel, aujourd’hui, que de voir des gens travailler du matin au soir et choisir ensuite de perdre aux cartes, au café, et en bavardages, le temps qui leur reste pour vivre. Mais il est des villes et des pays où les gens ont, de temps en temps, le soupçon d’autre chose. En général, cela ne change pas leur vie. Seulement, il y a eu le soupçon et c’est toujours cela de gagné. Oran, au contraire, est apparemment une ville sans soupçons, c’est-à-dire une ville tout à fait moderne. Il n’est pas nécessaire, en conséquence, de préciser la façon dont on s’aime chez nous. Les hommes et les femmes, ou bien se dévorent rapidement dans ce qu’on appelle l’acte d’amour, ou bien s’engagent dans une longue habitude à deux. Entre ces extrêmes, il n’y a pas souvent de milieu. Cela non plus n’est pas original. À Oran comme ailleurs, faute de temps et de réflexion, on est bien obligé de s’aimer sans le savoir.

    Ce qui est plus original dans notre ville est la difficulté qu’on peut y trouver à mourir. Difficulté, d’ailleurs, n’est pas le bon mot et il serait plus juste de parler d’inconfort. Ce n’est jamais agréable d’être malade, mais il y a des villes et des pays qui vous soutiennent dans la maladie, où l’on peut, en quelque sorte, se laisser aller. Un malade a besoin de douceur, il aime à s’appuyer sur quelque chose, c’est bien naturel. Mais à Oran, les excès du climat, l’importance des affaires qu’on y traite, l’insignifiance du décor, la rapidité du crépuscule et la qualité des plaisirs, tout demande la bonne santé. Un malade s’y trouve bien seul. Qu’on pense alors à celui qui va mourir, pris au piège derrière des centaines de murs crépitants de chaleur, pendant qu’à la même minute, toute une population, au téléphone ou dans les cafés, parle de traites, de connaissements et d’escompte. On comprendra ce qu’il peut y avoir d’inconfortable dans la mort, même moderne, lorsqu’elle survient ainsi dans un lieu sec

    Ces quelques indications donnent peut-être une idée suffisante de notre cité. Au demeurant, on ne doit rien exagérer. Ce qu’il fallait souligner, c’est l’aspect banal de la ville et de la vie. Mais on passe ses journées sans difficultés aussitôt qu’on a des habitudes. Du moment que notre ville favorise justement les habitudes, on peut dire que tout est pour le mieux. Sous cet angle, sans doute, la vie n’est pas très passionnante. Du moins, on ne connaît pas chez nous le désordre. Et notre population franche, sympathique et active, a toujours provoqué chez le voyageur une estime raisonnable. Cette cité sans pittoresque, sans végétation et sans âme finit par sembler reposante, on s’y endort enfin. Mais il est juste d’ajouter qu’elle s’est greffée sur un paysage sans égal, au milieu d’un plateau nu, entouré de collines lumineuses, devant une baie au dessin parfait. On peut seulement regretter qu’elle se soit construite en tournant le dos à cette baie et que, partant, il soit impossible d’apercevoir la mer qu’il faut toujours aller chercher.

    Arrivé là, on admettra sans peine que rien ne pouvait faire espérer à nos concitoyens les incidents qui se produisirent au printemps de cette année-là et qui furent, nous le comprîmes ensuite, comme les premiers signes de la série des graves événements dont on s’est proposé de faire ici la chronique. Ces faits paraîtront bien naturels à certains et, à d’autres, invraisemblables au contraire. Mais, après tout, un chroniqueur ne peut tenir compte de ces contradictions. Sa tâche est seulement de dire : « Ceci est arrivé », lorsqu’il sait que ceci est, en effet, arrivé, que ceci a intéressé la vie de tout un peuple, et qu’il y a donc des milliers de témoins qui estimeront dans leur cœur la vérité de ce qu’il dit.

    Du reste, le narrateur, qu’on connaîtra toujours à temps, n’aurait guère de titre à faire valoir dans une temps, n’aurait guère de titre à faire valoir dans une entreprise de ce genre si le hasard ne l’avait mis à même de recueillir un certain nombre de dépositions et si la force des choses ne l’avait mêlé à tout ce qu’il prétend relater. C’est ce qui l’autorise à faire œuvre d’historien. Bien entendu, un historien, même s’il est un amateur, a toujours des documents. Le narrateur de cette histoire a donc les siens : son témoignage d’abord, celui des autres ensuite, puisque, par son rôle, il fut amené à recueillir les confidences de tous les personnages de cette chronique, et, en dernier lieu, les textes qui finirent par tomber entre ses mains. Il se propose d’y puiser quand il le jugera bon et de les utiliser comme il lui plaira. Il se propose encore… Mais il est peut-être temps de laisser les commentaires et les précautions de langage pour en venir au récit luimême. La relation des premières journées demande quelque minutie.

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    Lecture N°1ICI.

    Lecture N°2ICI.

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