• Ce vendredi d'automne, Anne-Marie nous a proposé une visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand. Malgré la grève des transports, nous étions une trentaine de courageux à être venus à pied jusqu'à son site des bords de Seine.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Notre guide nous explique qu'il faut attendre le règne de François Ier pour qu'une ordonnance du 28 décembre 1537 enjoigne aux imprimeurs et aux libraires de déposer à la librairie du château de Blois tout livre imprimé mis en vente dans le royaume. L'objectif est d'une part de repérer les ouvrages dignes de mémoire et d'autre part de contrôler la diffusion d'idéologies dissidentes. Cette obligation, appelée dépôt légal, constitue une étape fondamentale pour la Bibliothèque.

    Le dépôt légal s’étend aux livres, périodiques, documents cartographiques, musique notée, documents graphiques et photographiques, mais aussi aux documents sonores, vidéogrammes, documents multimédias, et depuis 2006 aux sites web et aux documents dématérialisés (logiciels, bases de données).

    Rapatriés de Blois, les documents prennent d'abord place rue de Richelieu dans l'ancien palais de Mazarin mais, quand on parle de la BnF (Bibliothèque Nationale de France), c'est de quatre bibliothèques dont il est question aujourd'hui.

    La bibliothèque Richelieu où sont conservés tous les écrits manuscrits, estampes et photographies, Monnaies, médailles et antiques, Arts du spectacle et Musique.

    La bibliothèque de l'Arsenal, ancienne résidence des grands maîtres de l'artillerie, où sont conservés plus d'un million de documents (livres, revues, manuscrits, estampes, cartes et plans, musique...).

    La bibliothèque-musée de l'Opéra qui conserve toutes les archives de l'Opéra.

    La bibliothèque Jean Vilar à Avignon où sont conservés livres et revues en arts du spectacle ainsi que les archives du Festival.

    ► Enfin, la bibliothèque François-Mitterand qui nous intéresse aujourd'hui et qui est composée de deux bibliothèques : une bibliothèque tous publics et une bibliothèque de recherche. Y sont réunies les collections d'imprimés et de périodiques, les collections sonores et audiovisuelles.

    La Très Grande Bibliothèque comme on l'appelait autrefois a été voulue par François Mitterand mais ce n'est pas le seul édifice que le président laissera de ses 14 ans d'exercice à l'Elysée. Grand bâtisseur, il a aussi fait édifier la Pyramide du Louvre, l'Opéra Bastille, la Grande Arche de la Défense, le Monument aux Droits de l'Homme, les colonnes de Buren...

    L'engorgement progressif des magasins issu du renforcement du dépôt légal (loi du 19 mai 1925), le nombre croissant des lecteurs (dû au développement du nombre des étudiants), les problèmes de conservation de plus en plus aigus et l'arrivée des nouvelles technologies ont pour conséquence la nécessité d'une mutation profonde de la Bibliothèque Nationale.

     Le 14 juillet 1988, François Mitterand annonce à la presse lors de son traditionnel entretien dans les jardins de l'Elysée "la construction et l'aménagement de l'une ou de la plus grande et la plus moderne bibliothèque du monde....(qui) devra couvrir tous les champs de la connaissance, être à la disposition de tous, utiliser les technologies les plus modernes de transmission de données, pouvoir être consultée à distance et entrer en relation avec d'autres bibliothèques européennes." (Yves Mourousi pour TF1 le 14 juillet 1988)

     C'est le projet de l'architecte Dominique Perrault qui est retenu en juillet 1989. Les travaux durent de 1990 à 1995 et la Bibliothèque ouvre au public le 20 décembre 1996.

     La Bibliothèque se présente sous la forme de 4 tours aux parois de verre (avec l'idée de rendre le savoir transparent et accessible à tous) simulant des livres ouverts. Chaque tour porte un nom selon le type de livres qu'elle contient : il y a la Tour des Temps, la Tour des Lois, la Tour des Nombres et la Tour des Lettres.

    Son architecture permet à la bibliothèque d'être un vraie lieu de passage, vivant.

     Bibliotheque-Francois-Mitterand.JPG

    Nous parcourons ensuite les couloirs qui donnent accès aux salles de lecture. Dans l'aménagement des espaces intérieurs, l'architecte joue sur les quatre matériaux élémentaires de la Bibliothèque, l'acier, le béton, le verre et le bois.

     Ici le hall Ouest (qui a son pendant à l'Est) : ses murs sont tapissés de "cottes de maille d'acier" (pour l'isolation phonique) mais le mobilier en bois exotique et la moquette rouge (un code-couleur signifiant qu'il s'agit d'un espace ouvert à tous) réchauffent son aspect volontairement froid qui invite à un recueillement propice à la lecture et à l'étude.

    Hall.jpg

    Puis, nous partons à la découverte des "coulisses" de la bibliothèque non sans passer devant des affiches syndicales qui rappellent l'actualité...

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

     Ici, les rails permettent aux documents d'être véhiculés par l'intermédiaire de nacelles suspendues jusqu'aux salles de lecture : le pilotage se fait par informatique grâce à un réseau couvrant l'ensemble du bâtiment.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Au passage nous voyons que la bibliothèque est une véritable ville dans la ville puisqu'elle a même une "rue" qui en fait le tour, permettant la circulation des véhicules d'une tour à l'autre.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Un ascenseur ultra rapide nous conduit ensuite au 18ème étage de la Tour des Lois, un étage réservé aux réunions ou aux réceptions. Les volets de bois qui ont été installés dès le début de l'ouverture de la bibliothèque pour la protéger des rayons du soleil peuvent ici rester ouverts.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Visite guidée BNF F. Mitterand (4)

    Le guide nous explique que les "colonnes" d'acier que l'on peut voir le long des fenêtres servent à cacher les gaines d'aération du système de refroidissement permettant à la bibliothèque de conserver hiver comme été une température constante de 18°C.

    Ils sont un réemploi de silos défectueux.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    De même, les toiles tendues au plafond sont des voiles de catamaran recyclées.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Ecolo, la bibliothèque !

    Depuis ce belvédère, on jouit de jolis points de vue sur la capitale vers l'Ouest et sur la banlieue vers l'Est.  

    Depuis la tour des Lois, vue sur le jardin de la BnF François Mitterand : aujourd'hui le temps est brouillardeux malheureusement...

    12000 m²plantés de pins provenant de la forêt de Bord en Normandie : je l'ai appris dans une précédente visite mais rassurez-vous, ces pins devaient disparaître car situés sur l'emplacement d'une future carrière.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Une jolie vue sur la Seine et la banlieue

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Des immeubles d'habitation pas désagréables du tout avec leurs terrasses arborées...

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    De l'autre côté, vue sur la passerelle Simone de Beauvoir, le POPB et le ministère des Finances

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

     Nous reprenons l'ascenseur pour aller voir encore une fois les coulisses de la bibliothèque : cette fois-ci nous pouvons voir circuler les navettes...

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

     A l'intérieur, des dossiers permettent de séparer les documents qui seront livrés à domicile aux lecteurs de la bibliothèque.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Il nous faut maintenant nous rendre à l'étage de la bibliothèque de recherche en prenant cet escalator.

     Escalator.jpg

    Nous n'entrerons pas dans le Saint des Saints, nous contentant de l'apercevoir ici ou là. Il s'agit d'une immense salle de lecture décloisonnée (de 2000 places) qui est réservée aux personnes justifiant d'un projet de recherche.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Notre guide nous montre les systèmes de chauffage et d'éclairage, toujours en métal pour une bonne insonorisation des lieux.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Il nous explique aussi que l'architecte a pensé "livres" en créant dans les couloirs cette décoration de bois - qui doit aussi contribuer à l'isolation phonique - sous forme d'étagères.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    De l'autre côté du couloir, c'est le jardin où l'on voit beaucoup d'arbres haubanés (le ré-enracinement est délicat avec des sujets adultes).

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

      Tout au long de notre visite, nous avons vu ou entraperçu des oeuvres d'art contemporain.

     Créé en 1951, le « 1% » est un dispositif qui consiste à consacrer, à l’occasion de la construction, de la réhabilitation ou de l’extension d’un bâtiment public, un financement représentant un pour cent du coût des travaux à la commande ou à l’acquisition d’une ou de plusieurs œuvres d’art spécialement conçues par des artistes vivants pour être intégrées au bâtiment considéré ou à ses abords.

     Deux d'entre elles sont placées dans les espaces publics comme :

     "Toi et moi" de Louise Bourgeois (sculpture en aluminium poli). La moquette "rouge" se reflète dans l'aluminium en lui donnant de belles couleurs.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    "Water lilies" de Roy Lichtenstein (tapisserie d'Aubusson - 1996)

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Nous rejoignons le haut-de-jardin pour aller voir les fameux Globes de Coronelli offerts à Louis XIV par le Cardinal d'Estrées, ambassadeur de Louis XIV auprès du Saint-Siège.

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    L'un d'eux représente la terre et l'autre le ciel. Les globes ont beaucoup voyagé depuis leur création mais il semble que la BnF soit leur destination finale. Faits d'une armature en bois recouvert d'une toile plâtrée, ils possèdent de petits trous (à droite sur le globe terrestre) permettant au bois de respirer...

     Visite-guidee-BNF-F.-Mitterand--Globes-de-Coronelli-.JPG

    Si le globe céleste orné de 2000 étoiles regroupées en 70 constellations (il représente l'état du ciel à la naissance de Louis XIV le 5 septembre 1638) n'a pas posé de problème au souverain, il n'en est pas de même du globe terrestre qui comportait des lacunes : leur fabrication a demandé en effet deux ans de travail à Coronelli mais leur installation sur des supports capables de les soutenir a pris du temps... 

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Notre guide nous a montré un endroit particulièrement croustillant du globe : celui où l'on voit la population indigène s'emparer d'un homme blanc puis le mettre à rôtir sur une broche ! Comme quoi le racisme a non seulement de beaux jours devant lui mais il ne date pas d'hier : l'inconnu fait toujours peur...

    Visite guidée de la Bibliothèque François Mitterand

    Un grand merci à Anne-Marie pour avoir eu l'idée de cette visite guidée fort intéressante.


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  • Ce dimanche, l'entrée aux musées parisiens était libre comme chaque premier dimanche du mois. J'en ai profité pour aller à la Galerie des Gobelins, voisine de chez nous, visiter l'exposition en cours, "Créer pour Louis XIV" (les manufactures de la Couronne sous Colbert et Le Brun).

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Voici la façade de la Manufacture actuelle à la nuit, décorée de l'affiche de l'exposition.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    En 2019, la France fête en effet le quatrième centenaire de la naissance de deux acteurs majeurs de son histoire politique, économique et artistique : Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), ministre pendant plus de vingt années du règne de Louis XIV (1661-1683) et Charles Le Brun (1619-1690), premier peintre du roi.

    L'exposition s'ouvre d'ailleurs sur un immense portrait à cheval de Louis XIV par Charles Le Brun. Pour croquer le cheval dans cette pose, il faut avoir le coup de crayon rapide !

    L'exposition "Créer pour Louis XIV" à la Galerie des Gobelins

    A l'entrée également, une reproduction d'un portrait de Charles Le Brun et un bureau dit "de Charles Le Brun" (vers 1700) qui semble postérieur cependant à la mort du peintre.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Portrait de Jean-Baptiste Colbert par Claude Lefebvre (1665-1666)

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Au départ, il y a une ambition politique : faire de la France la puissance prépondérante de l'Europe. Louis XIV et son ministre, Colbert, veulent que l'architecture et le décor des maisons royales - Le Louvre, les Tuileries, Saint-Germain, Fontainebleau, Versailles - matérialisent cette ambition et dépassent par leur faste tout ce qui se voit à l'étranger. Les manufactures de la Couronne sont créées pour servir ce projet. Simultanément, Colbert entend que leurs productions soient une vitrine de l'industrie de luxe en plein développement. En s'inspirant des ateliers installés à la Grande Galerie du Louvre sous Henri IV, Colbert fait acheter l'enclos des Gobelins en 1662 et y rassemble des artisans et des artistes (lissiers, ébénistes, peintres, graveurs, sculpteurs, lapidaires et orfèvres) qu'il place sous la responsabilité de Charles Le Brun, le premier peintre du Roi. Ainsi naît la "Manufacture des meubles de la Couronne" organisée par édit de novembre 1667. La Savonnerie, manufacture de tapis située sur la colline de Chaillot, passe également sous le contrôle artistique de Le Brun. Ces manufactures d'Etat - de droit ou de fait - vouées d'abord à servir le roi et à alimenter le Garde-Meuble de la Couronne diffèrent des "manufactures royales", établissements privés auquel le pouvoir consent des privilèges et aides financières, et dont la vocation est la rentabilité économique.

    Acheté par le roi en 1662, l'enclos des Gobelins est situé dans le faubourg Saint-Marcel, à l'extérieur de Paris, le long d'une petite rivière, la Bièvre. Cette rivière est réputée depuis le XVème siècle pour la qualité de ses eaux utilisées par les teinturiers, notamment par la famille Gobelin, qui a donné son nom au quartier.

    Paris en 1672

    En 1, la manufacture des Gobelins,
    en 2, la Bièvre,
    en 3 la Savonnerie,
    en 4 le Louvre

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Jean-Baptiste Tuby, sculpteur italien originaire de Rome, travaille pour Louis XIV dès 1660 et reçoit aux Gobelins un logement et un atelier vers 1664. Dans les années 1670, il participe à la réalisation du bosquet du Labyrinthe pour les jardins de Versailles. Ce bosquet, dessiné par André Le Nôtre, présentait 330 sculptures animalières sur le thème des fables d'Esope, écrivain grec dont s'est inspiré Jean de la Fontaine. Tuby dispose aux Gobelins d'une fonderie où il réalise une partie de ces sculptures en plomb, avant leur transport à Versailles. 

     L'amour dévidant le fil d'Ariane de Jean-Baptiste Tuby et sculpture du bosquet du labyrinthe illustrant la fable d'Esope "Le paon et le Rossignol" - plomb polychromé (1672-1674)

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     Portrait présumé d'un orfèvre du roi (avant 1690)

    On ignore l'identité exacte de l'orfèvre représenté sur ce tableau. Serrant jalousement l'une de ses productions, il semble vouloir affirmer avec fierté son statut de créateur. Le vase en vermeil qu'il tient ne correspond à aucune pièce recensée dans l'inventaire de la Couronne, mais se rapproche stylistiquement des pièces d'argenterie produites par les orfèvres travaillant sous l'autorité de Charles Le Brun Pour cette raison, on a pu reconnaître dans ce portrait, tantôt Claude Ier Ballin (1615-1678) travaillant au Louvre, tantôt Alexis Loir (1640-1713) actif aux Gobelins. 

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Reproduction du carton de la tapisserie "La visite du roi aux Gobelins" par Simon Renard de Saint-André (1613-1677) - après 1667

    Il s'agit d'une véritable galerie de portraits des hommes travaillant dans l'hôtel royal des Gobelins. Certains artisans, habillés plus richement que les autres, représentent sans doute les chefs d'atelier.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Je me suis rendue compte, en faisant ces recherches, que le carton était juste l'inverse de la tapisserie : élémentaire mon cher Watson mais je n'y avais pas pensé !

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    A la Renaissance, la technique de la marqueterie de pierre connait un renouveau. Le marbre vient de Rome mais aussi de Florence. Le lapis-lazuli, l'agathe, le jaspe et l'améthyste sont alors assemblés pour former des plateaux de table, des cabinets ou être représentés au murs, sous forme de tableaux.

    Table de Jean Ménard dit "Il franciosino" (dernier tiers du XVIème siècle)
    marqueterie de marbre

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Cabinet en ébène, bois de violette, marqueterie de pierres dures, bronze doré, étain, verre, glace et corne teintée, piétement en bois sculpté et doré, partiellement polychromé (vers 1675)

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Détail du décor central : de jolies colonnettes torses garnies de pampres entourent une élégante marqueterie de marbres de Florence.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    J'ai flashé sur les pieds du cabinet qui, j'en ai bien l'impression, représentent les quatre saisons.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Les familles des artistes vivant aux Gobelins forment une communauté soudée par les mariages et les baptêmes, célébrés dans l'église voisine de Saint-Hyppolite. Outre les artisans, l'enclos abrite un portier, un concierge, un jardinier, un chirurgien, un prêtre, un aumônier flamand et même une brasserie. L'effervescence qui règne dans l'enclos culmine au moment des fêtes et cérémonies : le carnaval, la Fête-Dieu, la Saint-Louis et la célébration du 1er mai donnent lieu à la création de décors éphémères.

    Dans la grande cour de l'Hôtel royal des Gobelins, les artisans élèvent un arbre de mai à Charles Le Brun, leur directeur.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Les portières sont des tapisseries qu'on plaçait devant les portes pour limiter les courants d'air.

    Portière de Mars

    C'est l'un des 67 tissages exécutés à la manufacture entre 1662 et 1724. Mars, dieu de la guerre, est assis sur ses trophées. En face, à côté d'une corne d'abondance, coiffée d'une couronne de lauriers, Minerve, déesse de la stratégie militaire et de la sagesse, tient une grenade dans la main.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Une tenture est un ensemble de tapisseries qui forme un cycle (les éléments, les saisons) ou une série d'épisodes qui se suivent (l'ancien testament, l'histoire d'Alexandre). La tenture des éléments comporte quatre tapisseries correspondant aux quatre éléments (l'eau, la terre, le feu et l'air).

    Tapisserie de la tenture des éléments
    (Atelier de haute-lisse de Jean de La Croix - avant 1680)

    Cette tapisserie évoque l'eau au travers de Neptune, dieu de la mer, et de la déesse Thétys. Ils sont assis sur un char en forme de conque tiré par des animaux marins. Thétys tient un bouclier portant le chiffre de Louis XIV (deux L entrelacés) surmonté d'une couronne et d'une devise latine qui démontrent que "Neptune n'a pas sur les eaux un domaine aussi absolu que celui que sa Majesté y possède" (Félibien). La tapisserie est inversée par rapport au carton qui est placé, en basse-lisse, sous le métier à tisser. Il en résulte une composition au sens de lecture contraire à celui du modèle peint, comme je l'ai observé plus haut.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Détail

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Après avoir visité le rez-de-chaussée, l'escalier monumental fait accéder à l'étage.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Des tapisseries décorent le palier à l'étage : la "tenture des Maisons royales" (Atelier de haute-lisse de Jean Lefebvre - avant 1683) met en valeur à la fois les palais et châteaux construits par les prédécesseurs de Louis XIV, mais aussi les productions emblématiques de son propre règne. Chacune des douze tapisseries est consacrée à un mois de l'année. Elles reflètent un mode de vie, la cour se déplaçant de château en château suivant les saisons.

    Le mois de mai, associé au signe zodiacal des gémeaux, représente la cour en promenade à Saint-Germain-en-Laye, lieu de naissance du monarque. Le château-neuf, construit sous Henri IV et reconnaissable à ses galeries en terrasse, ses parterres et ses jardins face à la Seine, n'existe plus aujourd'hui. Abritée sous une ombrelle, la reine Marie-Thérèse est représentée parmi les dames de la cour.

    Au premier plan, sont mis en valeur des objets précieux - pièces d'orfèvrerie du mobilier d'argent, tapis d'Orient, instruments de musique - ainsi que des animaux inspirés de la Ménagerie que le souverain possède dans les jardins de Versailles.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Quand on quitte le palier pour entrer dans le premier niveau, c'est un vrai choc tant la perspective est immense et le décor somptueux. En bout de pièce, un grand miroir agrandit encore s'il le fallait l'espace. Les immenses tapis présentés ici ont été tissés sur des métiers de 9 mètres de large. Ils garnissaient à l'époque la Galerie d'Apollon au Louvre.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Tapisserie de la tenture des Maisons royales : le château de Versailles, non encore achevé - mois d'avril - Atelier de haute-lisse de Jans fils (avant 1670)

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Détail montrant la représentation d'animaux de la Ménagerie du roi et les objets précieux tels que les instruments de musique qui se trouvent toujours au premier plan sur cette série de tapisseries.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'entrevue de Philippe IV et Louis XIV dans l'île des faisans (6 juin 1660)
    Tapisserie de la "tenture de L'Histoire du roi" (atelier de haute-lisse de Jans père)

    Le décor est traité avec minutie, depuis la tapisserie au mur, jusqu'au reflet des rois dans le miroir au centre.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Au premier plan, un buste de Jean-Baptiste Colbert par Antoine Coisevox (vers 1685)

    Antoine Coisevox est l'un des portraitistes les plus brillants du règne de Louis XIV. Aux Gobelins, il dispose d'un atelier voisin de celui de Jean-Baptiste Tuby. Au cours de sa carrière, le sculpteur exécute plusieurs portraits de Colbert dont celui-ci, réalisé après la mort du surintendant des Bâtiments du roi.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Colbert est représenté richement vêtu, portant sur son manteau la broderie d'argent de l'ordre du Saint-Esprit. Par la concentration et l'acuité du regard du modèle, ce portrait évoque la politique ambitieuse portée par le ministre de Louis XIV.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    En fond, la tapisserie de la "tenture de l'Histoire du roi" représente "la Visite du roi aux Gobelins" (tissage de 1673 à 1680). Il s'agit d'une célébration de la gloire du roi en tant que protecteur des manufactures.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Détail : on s'affaire fort ici...

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     Devant la tapisserie, une grande table en marqueterie de marbre, absolument magnifique

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Un détail...

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    A gauche de la tapisserie, une superbe horloge astronomique en ébène, écaille de tortue, corne bleue, lapis-lazuli, cuivre, bronze ciselé et doré est datée de 1699. Elle était destinée au Grand Dauphin, fils de Louis XIV. Par un ingénieux mécanisme, cette pendule indique la durée du jour et de la nuit selon les saisons, représentées sur le bas-relief inférieur.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    Tapisserie de la "tenture de L'Histoire du roi" intitulée "L'audience du légat" (29 juillet 1664)
    (Atelier de haute-lisse de Jans fils)

    Le cardinal légat Chigi, neveu du Pape Alexandre VII, Présente ses lettres de créance et les excuses du souverain pontife à Louis XIV suite à une altercation qui avait opposé à Rome les gardes pontificaux aux serviteurs de l'ambassade de France.

    Cette tapisserie nous permet d'imaginer la chambre du roi-soleil...

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    La scène se situe dans la chambre du roi à Fontainebleau : Louis XIV devant son lit prend place sur un élégant fauteuil alors que le cardinal, incliné vers le roi, est assis sur une simple chaise.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    C'est toujours agréable de se trouver transportée par l'imagination dans une autre époque tout en gardant le confort de notre époque moderne...

    Une belle exposition comme sait toujours en faire la Galerie des Gobelins.


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  • Hier soir, je suis allée avec mon amie Michèle à une "nuit du jazz traditionnel" organisée par la Mairie du 5ème arrondissement, une mairie dont je reçois très régulièrement des invitations pour toutes sortes d'événements (expositions, conférences, concerts...).

    Le 31ème et dernier Jazz Band Ball à la Mairie du Vème

    La chance d'habiter Paris !

    La mairie du 5ème se trouve sur la prestigieuse place du Panthéon qui, à cette époque de l'année, est superbement décorée et illuminée.

    Le 31ème et dernier Jazz Band Ball à la Mairie du Vème

    Voici la façade néo-classique de la mairie, construite dans les années 1840-1850 par Jacques-Ignace Hittorff, le successeur de Clément-Germain Soufflot qui avait initié le projet de cette place destinée à mettre en valeur l'église Sainte-Geneviève (actuel Panthéon).

    Le 31ème et dernier Jazz Band Ball à la Mairie du Vème

    En bas du grand escalier monumental qui donne accès à la Salle des fêtes, une très jolie sculpture de Jean Gautherin, "Le Paradis perdu" : on y voit Adam et Ève après le péché originel.

    Le 31ème et dernier Jazz Band Ball à la Mairie du Vème

    Les spectateurs sont arrivés en avance pour être bien placés, même si la salle est absolument immense : de nombreuses chaises y ont été installées car la mairie s'attend à ce qu'il y ait affluence...

    Le 31ème et dernier Jazz Band Ball à la Mairie du Vème

    Quelques photos en attendant le début du spectacle : l'intérieur de la Salle des fêtes est de style Art déco. Les ornements de la voûte - en berceau - sont de Gustave-Louis Jaulmes (il est également l'auteur des fresques du Grand Foyer du Trocadéro, entre autres).

    Le 31ème et dernier Jazz Band Ball à la Mairie du Vème

    J'aime beaucoup les balcons en fer forgé ornés de peinture dorée.

    Le 31ème et dernier Jazz Band Ball à la Mairie du Vème

    La fresque du fond de la salle est une allégorie des Lettres, également par Gustave-Louis Jaulmes.

    Le 31ème et dernier Jazz Band Ball à la Mairie du Vème

    Il est 20h40, le spectacle n'a qu'un tout petit peu de retard...

    Au programme de ce 31ème Jazz Band Ball (qui semble devoir être le 31ème et dernier, faute de subventions...), cinq formations "New Orleans" qui vont enchanter les oreilles des spectateurs et permettre à certains de se livrer à leur loisir favori, la danse. Les bas-côtés de la Salle des fêtes leur sont réservés.

    Le 5ème arrondissement et un haut lieu du Jazz à Paris et dans le monde : les concerts du "Petit Journal" ou du "Caveau de la Huchette" sont très réputés (on y écouta à l'époque Sydney Bechet ou Claude Luter)...

    Aujourd'hui, le premier ensemble à se produire s'appelle "Clarinet Unlimited" : deux clarinettes complices jouent avec fougue et lyrisme les chefs-d'oeuvre du jazz immortalisés par Sidney Bechet, Louis Armstrong, Benny Goodman et Duke Ellington.

    Avec

    Michel Mardiguian, clarinette et leader
    Dominique Bertrand, clarinette
    Laurent Bajata, guitare
    Jean-Pierre Rebillard, contrebasse
    et Sylvain Glevarec, batterie

    Désolée pour la qualité de l'image, nous étions un peu loin de la scène...

    Le deuxième ensemble s'appelle "Jelly Bump" : deux générations de musiciens chevronnés font bouillonner un jazz vivant, un son authentique inspiré des années 20 et 30 tout en créant la surprise.

    Avec

    Emmanuel Hussenot, sax alto, flûte à bec, vocal et direction musicale
    Philippe Audibert, clarinette et saxophone
    Félix Hunot, banjo
    Patrick Perrin, soubassophone
    Romain Ponard, percussions, washboard, claviers, vocal

    "Anthracite Jazz Band", c'est le nom du troisième ensemble : il s'agit d'une formation de jazz New Orleans créée en 1980 par Georges Martin, clarinettiste, avec pour objectif de participer à des festivals de jazz. Le groupe décroche en 1993 le Sidney d'or à Saint-Raphaël. Le groupe va évoluer sous la houlette de Lou Lauprète, emblématique pianiste, fidèle disciple du jazz des années 20 dont il est contemporain : mais oui, le groupe nous a dit qu'il allait sur ses 100 ans !

    Avec

    Michel Maitrehenry, trompette
    Rodolphe Campomizzi, trombonne
    Patrice Lamblin, saxophone
    Pierre Cheteau, contrebasse
    Yves Dechaume, banjo
    Lou Lauprète, piano
    Michel Richard, batterie et washboard

    J'ai adoré !

    Le quatrième groupe à se produire s'appelle "Les cinqopathes" : il s'agit de musiciens originaires de Provence qui ont adapté pour leur quintet les arrangements d'orchestres de danse swing des années 20 et 30 totalement méconnus. L'originalité de leur répertoire fait qu'ils sont invités dans les grands festivals de jazz classique en Europe.

    Avec

    Jacques Boulan, cornet et vocal
    Guy Champême aux anches
    Tony Baldwin au piano
    Jean-Pierre Dubois, banjo
    Guy Mornand, contrebasse

    Ce que j'aime beaucoup dans ces groupes de jazz, c'est que les musiciens ont toujours l'air de prendre énormément de plaisir à jouer, s'accordant même des pauses "papotage" pour laisser la vedette à un collègue. En somme, je crois qu'ils n'ont jamais la sensation de travailler, en tout cas, c'est ce qu'on ressent...

    Un aperçu de l'ambiance à la Mairie ce soir là

    Nous nous sommes arrêtées là (il restait encore deux formations : "Little Fats" et "Jean-Paul Amouroux"), non pas par lassitude mais parce que l'heure tournait et qu'il ne fallait pas rater le dernier métro ! Comme vous pouvez le constater, la salle était encore bien remplie.

    Le 31ème et dernier Jazz Band Ball à la Mairie du Vème

    Une soirée épatante


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  • Cet après-midi je suis allée avec Arlette et deux amies (Michèle et Marie-France) écouter l'ensemble Choral diaphonie du Club Musical de La Poste au Studio Raspail. Cette petite salle de 220 places est souvent utilisée par le Club Musical : j'y suis déjà allée à plusieurs reprises écouter René Andréani dans ses "Moments musicaux" dédiés à tel ou tel musicien.

    Mais aujourd'hui, c'est lui le chef de choeur !

    Né à Marseille, René Andreani commence ses études musicales à l'âge de six ans dans sa ville natale, où il obtient un prix de piano. A Lille, lieu de son premier poste d'ingénieur à France Télécom, le prix d'excellence de chant lui est décerné, ainsi qu'un premier prix d'art dramatique et d'art lyrique. Il est titulaire d’une Licence de Concert de direction d’orchestre délivrée par l’École Normale de Musique de Paris.

    L'ensemble Choral diaphonie au Studio Raspail

    Entouré d'une bonne trentaine de choristes, il nous a proposé un concert très varié (en allemand avec Mendelssohn, en français avec Gabriel Fauré, Hector Berlioz, Wulfran Moreau et Jacques Offenbach, en italien avec Giacomo Puccini et même en tchèque avec Antonin Dvorak), tous musiciens du 19ème siècle.

    L'ensemble Choral diaphonie au Studio Raspail

     Vadim Sher accompagnait le choeur au piano.

    L'ensemble Choral diaphonie au Studio Raspail

    Ce pianiste que je ne connaissais pas a reçu sa formation musicale au conservatoire de Tallinn à l'époque où l'Estonie était encore sous régime soviétique et à l'Ecole Supérieure de Musique Moussorgski à Saint-Pétersbourg. Il vit en France depuis 1993. Compositeur et directeur musical de nombreux spectacles de théâtre, il est également compositeur de musiques de films, pianiste-concertiste en duo et en trio, créateur passionné de ciné-concerts...

    Bref, un beau palmarès !

    Voici le court-métrage "La grève" de Sergueï Eisenstein qu'il accompagne au piano en improvisant.

    Le concert a commencé avec des chants que je qualifierais de "sérieux" puis il s'est réveillé avec Rossini. J'ai beaucoup aimé ensuite écouter "Le corbeau et le renard" de Wulfran Moreau. Je ne connaissais pas du tout ce compositeur qui fut - Prêtre du diocèse de Poitiers (ordonné en 1852). - Professeur de rhétorique et de musique et organiste au petit séminaire de Montmorillon, Vienne (1854-1868). - Aumonier de l'hôpital des Incurables, Poitiers (1868-1874). - Compositeur et organiste.

    Il a mis en musique beaucoup de fables de La Fontaine comme La cigale et la fourmi, Les animaux malades de la peste, Le lièvre et la tortue, Le loup et l'agneau, La laitière et le pot au lait et..., Le corbeau et le renard justement, dont voici un enregistrement par la Chorale du Conservatoire Gabriel Fauré de Paris 5ème (c'est une chorale d'enfants).

    Le concert s'est achevé dans la gaieté avec cinq extraits de l'Opéra "Les Brigands" d'Offenbach.

    Nous avons entendu en particulier "L'air des marmitons" dont voici un extrait.

    J'ai beaucoup aimé la direction de René Andréani, toute en nuances (c'est très difficile à obtenir des choristes, j'en sais quelque chose...).

    Une belle après-midi


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  • Son titre "Le sang des mirabelles" n'est pas spécialement révélateur de son contenu mais je l'avais choisi à la bibliothèque dans le rayon "Nous aimons, Vous aimez" et son résumé m'avait séduite.

    ◄►◄►◄►◄►

    "Camille de Peretti se fait troubadour et nous conte l'histoire d'Eléonore et d'Adélaïde, deux sœurs indépendantes et déterminées en ce Moyen-Age sombre et troublé. Histoire de guerre, de convoitises, d'amour, de religion, un voyage dans le temps, guidé par une langue presque chantée. Pour notre plus grand plaisir !" Bibliothécaire

    J'ai lu un livre de Camille de Peretti qui m'a emballée !

    ◄►◄►◄►◄►

    Ce qui est drôle d'abord dans ce roman, c'est que tous les personnages ont un pseudonyme : le Hibou, l'Ours, le Lion, le Dragon, l'Araignée, l'Abeille, la Salamandre..., de quoi s’emmêler parfois un peu les pinceaux mais, au final, cela met du sel dans la lecture !

    L'Ours et le Dragon se sont connus alors qu'ils n'étaient qu'écuyers, placés chez un seigneur afin d'y apprendre les armes en vue d'être adoubés chevaliers : une école de l'endurance qui durera cinq ans, le temps pour eux deux - qui n'ont que 7 ans - de se connaître et de s'apprécier au point de devenir de grands amis.

    La Salamandre, elle, est promise à l'Ours justement, un seigneur que son père, le Lion, sur le point de partir en croisade avec le Roi Neuf lui a choisi, sans lui demander son avis bien sûr, afin de lui assurer une sécurité qu'il n'est plus en mesure de lui apporter.

    J'y ai appris qu'au cours de leur repas de noces les serviettes des convives contenaient de petits oiseaux vivants qui se mettaient à sautiller sur la table une fois les serviettes dépliées, picorant à droite à gauche ! Pas étonnant que l'Abeille (la petite soeur de la mariée) ouvre alors de grands yeux enchantés...

    Je ne vous énumérerai pas l’opulence du repas de noces : même les déjeuners de fête de nos grands-parents, qui étaient pourtant réputés pour être plus que copieux, font pâle figure comparés à celui-là... : on y mange même du cygne et des rouge-gorges !

    On y apprend aussi que la mariée a dû souffrir pour être la plus belle aux yeux de son futur mari. Ainsi, son front a été épilé avec un mélange de chaux vive et d'eau bouillante afin qu'il soit le plus grand possible...

    Ou encore qu'un animal (un cheval ayant écrasé par mégarde un enfant par exemple) peut passer en justice et être étranglé, sa tête pendue au gibet !

    Le livre fourmille ainsi de descriptions on ne peut plus étrangères aux mœurs de notre monde occidental du 21ème siècle.

    L'autre originalité du livre est la langue qui y est employée, une langue qui date du 12ème siècle et qu'on ne connait plus guère aujourd'hui. Il y a parfois des "notes de bas de page" mais j'ai aussi été amenée à fouiller sur le net pour comprendre l'exacte signification de tel ou tel mot que je ne connaissais pas. Et quand on lit la "traduction", on trouve que tout est très imagé !

    Voici les mots que j'ai relevés...

    Joyance : jouissance / Coussiège : banquette en pierre, intégrée à la maçonnerie, revêtue de bois, de coussins / Potagier : celui qui prépare tout ce qui cuit dans un pot/ Sorceresse : sorcière / Drue : amour / Longière : linge plus long que large (essuie-mains) / Bousine : cornemuse / Tailloir : plat sur lequel on coupe la viande (ici, il sert à y poser les tranches de pain à la mie dense qui seront jetées aux chiens à la fin du repas) / Nef : pièce de vaisselle en forme de navire qui contenait le gobelet, la cuiller, le couteau et les épices nécessaires à un repas / Patte-pelu : hypocrite / Décevance : déception / Rissole : pâte cuite à la grande friture / Meschine : servante / Couette : matelas / Défubler : déshabiller / Chainse : Longue tunique de femme, à manches / Tournavent : sorte de guichet en bois formant sas, il contribue à l’isolation thermique et à la sécurité de la pièce desservie / Ventrière : celle qui accouche les femmes, matrone, sage-femme / Garde-corps : longues capes de voyage, avec une capuche / Empaumer : prendre / Arder : brûler / Soussouille : personne grossière / Enfuriosement : colère / Chiabrena : chiure de merde / Rouelle des juifs : petite pièce d'étoffe orange imposée aux juifs / Pierre de bézoard : pierre réputée pour ses propriétés anti-poison au même titre que la corne de licorne / Scrupule : quatre-vingt grains / Drachme : soixante gouttes / Oblayes : pâtisseries / Ménestrandie : art des ménestrels / Essorillement : supplice qui consistait à couper les oreilles / Escafignons : chaussons de toile / Coquefredouilles : pauvres diables / Ase : bon à rien / Apensé : réfléchi / Gèmement : gémissement / Touailles : serviettes / Le pointron : le derrière / Mignonner : caresser délicatement / Callibristi : sexe féminin

    J'en passe et des meilleures...

    Un exemple dans le texte

    "Ah le misérable, le patte-pendu ! Il pourpense qu'il peut me compisser sans vergonde ! Ce qui de nos jours se traduirait par : Ah, le misérable, l'hypocrite ! Il pense fortement qu'il peut me souiller de son urine sans vergogne !

    Une interview de Camille de Peretti à propos de son livre dans "La grande Librairie"

    Un livre extrêmement bien documenté, écrit par une femme, sur une époque où les femmes n'ont que très peu de droits et surtout pas celui de s'instruire.

    A dévorer sans modération


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