•  Comme vous le savez peut-être déjà, je chante depuis deux ans dans la chorale du Club musical de La Poste (Choeur Choisy), sous la direction d'un chef adorable, Sigismond Gubanski, excellent pianiste de surcroît, ce qui ne gâche rien.

    Dans le hall d'entrée du Club musical il y a un présentoir avec des flyers que je regarde régulièrement. L'autre jour j'y ai trouvé une publicité pour un opéra-bouffe d'Offenbach qui se jouait à l'Auditorium Saint-Germain (Maison des pratiques artistiques amateurs/Saint-Germain). Ni une ni deux, je contacte deux autres copines de la chorale pour y aller ensemble : et voilà, c'est fait !

    Il s'agit des Géorgiennes, un opéra-bouffe en trois actes de Jacques Offenbach, livret de Jules Moinaux, créé aux Variétés, salle Choiseul, le 16 mars 1864.

    Les Géorgiennes d'Offenbach à l'Auditorium Saint-Germain

    Le spectacle nous a beaucoup plu avec une mise en scène qui mettait les spectateurs en joie tout autant que les acteurs eux-mêmes. Quand nous sommes arrivés dans la salle, plusieurs d'entre eux, costumés à l'orientale il va de soi, faisaient les pitres sur scène pour proposer du gel hydro alcoolique aux spectateurs qui en désiraient.

    La scène était partagée en deux par l'orchestre de Bernard Thomas (superbement dirigé par Laurent Zaïk) installé dans un espace clos par des petites barrières.

    Les Géorgiennes d'Offenbach à l'Auditorium Saint-Germain

    Le côté gauche voyait les hommes évoluer (comme ici, occupés comme vous pouvez le constater, à faire la guerre...)

    Les Géorgiennes d'Offenbach à l'Auditorium Saint-Germain

    tandis que le côté droit était dévolu aux femmes (ici derrière les barricades qu'elles ont construit avec les lits d'hôpital de leurs maris).

    Les Géorgiennes d'Offenbach à l'Auditorium Saint-Germain

    La guerre des sexes aura-t-elle lieu... ?

    Vous l'aurez compris, ce parti-pris du metteur en scène, Renaud Boutin, de séparer dès le début l'espace des hommes de celui des femmes fait référence au sujet même de la pièce qui oppose, dans un Orient de fantaisie, ces dernières à leurs maris soi-disant partis guerroyer contre le pacha Rhododendron venu (avec ses trente-deux esclaves et ses trente-deux éléphants) renouveler son harem mais qui, en réalité, "font la vie". Leurs femmes décident alors de prendre le pouvoir, qu’elles rendront aux hommes à la fin tout de même.

    Un côté très moderne et actuel de la pièce qui date pourtant d'un siècle et demi. Egalement une belle occasion de découvrir une partition méconnue.

    Les Géorgiennes d’Offenbach n'avait jamais été monté en France depuis les représentations parisiennes du XIXe siècle (en 1864 puis 1868). L’œuvre rencontra un très grand succès lors de sa création à Paris et fut également représentée à Vienne, et même à New York !

    « Il y a beaucoup de musique dans cet opéra à spectacle, et de cette musique où le pied qui s’agite, la tête qui se balance, le sourire approbateur semblent achever une mélodie heureusement commencée. C’est le triomphe d’Offenbach ; c’est son originalité, et il ne la partage avec personne. […] Les Géorgiennes sont montées avec un grand luxe de décors, de costumes et de mise en scène. Le théâtre n’a rien épargné en vue d’un grand succès. »
    Le Figaro – Dimanche 20 mars 1864

    Il y a, à la fois de la drôlerie dans les airs chantés ou les répliques parlées ainsi que dans les décors (comme cette pancarte qui affiche le hashtag "Balance ton Rhodo" brandi lors de la révolte des femmes) mais aussi des passages très poétiques comme celui où les femmes qui se réveillent après avoir été droguées par les hommes sont comme "tirées vers le haut" par des ballons gonflés d'hélium.

    Les costumes, de Cécilia Delestre (fabriqués au lycée professionnel "La Source" de Nogent-sur-Marne), sont superbes et parfois hilarants, comme celui du pacha Rhododendron en tutu blanc, ici accompagné de son fidèle (ou infidèle ?) Boboli.

    Les Géorgiennes d'Offenbach à l'Auditorium Saint-Germain

    Ferosa a pris la tête de l'insurrection des femmes : elle porte pour l'occasion un bicorne comme Napoléon !

    Les Géorgiennes d'Offenbach à l'Auditorium Saint-Germain

     L'ouverture des Géorgiennes

    Deux extraits du spectacle trouvés sur le net. Bien sûr, il est interdit de filmer.

    La troupe du Groupe Lyrique est composée d'amateurs (éclairés) auxquels je rend hommage ici avec beaucoup de plaisir.

    Chapeau les artistes !


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  • La Mairie de Paris fait parfois paraître sur son site des documents de culture générale. Intéressons-nous aujourd'hui à l'histoire de la Seine.

    Depuis ses berges se contemple l’histoire de la capitale, du Louvre à la tour Eiffel, en passant par les Grand et Petit Palais. Mais ce fleuve qui fait résonner le cœur de la capitale ne nous a pas tout dit. Florilège de ces faits méconnus.

    La Seine traverse 12 départements

    Un cours d’eau qui voit du paysage ! Même s’il est le plus court des cinq grands fleuves de France, la Seine mesure tout de même 777 kilomètres de long. Seuls 13 km de ce chemin sinueux traversent la capitale. A l'origine, le fleuve prend sa source sur le plateau de Langres en Côte d'Or. Il parcourt ensuite le bassin parisien avant de finir sa course en Normandie, où il se jette dans la Manche.
    Lors de son voyage, la Seine traverse au total 12 départements différents. Ses principaux affluents sont l’Aube, l’Yonne, la Marne et l’Oise. En aval, le cours d’eau est modeste, et il ne s’élargit que lorsqu’il est rejoint par l’Yonne, au courant bien plus puissant que lui. Cet afflux d’eau permet à la Seine de se déverser dans pas moins de 45 affluents, soit 11 ruisseaux et 34 rivières.

    Les rives de Seine sont inscrites au patrimoine de l’Unesco depuis 30 ans

    En 1991, la portion de la Seine comprise entre le pont de Sully et le pont d’Iéna entre au patrimoine mondial de l’Unesco. Ces 365 hectares incluent 23 des 37 ponts de Paris sur la Seine, les îles Saint-Louis et de la Cité.
     
    La Seine retrace plus de 2000 ans d'histoire à travers les monuments de part et d'autre de ses flots. Emilie Chaix / Ville de Paris
     
    Depuis les rives de Seine se dessine l'histoire de Paris. On y voit notamment le pont de la Concorde, construit avec les anciennes pierres de la prison de la Bastille, ou encore l’île de la Cité, qui cache parmi les plus anciennes traces de la présence humaine à Paris. Le fleuve trace sa route par Notre-Dame, dont la construction débute en 1163, ou encore la tour Eiffel, vestige de l’Exposition universelle de 1889.

    La Seine existe depuis 12 000 av. J.-C

    Le fleuve parisien se serait formé en 12 000 avant Jésus-Christ. Mais il n’a pas toujours ressemblé au cours d’eau que l’on connaît aujourd’hui.
    À la période du néolithique, la Seine n’était pas aussi canalisée qu'elle l'est actuellement. Cependant, le fleuve suivait sensiblement le même cours principal qu’il le fait aujourd’hui, en estimant qu’il passait plus au nord de Bercy. Certains de ses lits secondaires ont disparu, comme c’est le cas pour le bras recouvert aujourd’hui par le boulevard Saint-Germain. Il a été actif pendant la période gallo-romaine.

    Lors de la crue de 1910, les députés rejoignaient le Palais Bourbon en barque

    Le fleuve et ses dangers restent une source d’inquiétude et de fascination chaque hiver. Les Parisiens et Parisiennes connaissent sûrement l’anecdote du zouave du pont de l’Alma, qui, en 1910, avait les épaules sous l’eau. Pourtant, la crue de la Seine est qualifiée de centennale, c’est-à-dire qu’elle a une chance sur 100 de se produire chaque année.
    La plus célèbre crue de la Seine reste celle de l’année 1910, lorsque la grande dame de fer avait les pieds dans l’eau et que les députés se rendaient au Palais Bourbon (l’Assemblée nationale) en barque. Mais ce n'est pas la plus impressionnante : le record de la montée des eaux est atteint en 1658. À cette date, un niveau de 8,96 mètres est battu sur l’échelle du pont d’Austerlitz (pont qui n’était pas encore construit). Le 28 janvier 1910, les eaux montent jusqu’à 8,62 mètres, soit trente-quatre centimètres de moins qu’en 1658.
    Par le passé, la Seine est sortie de nombreuses fois de son lit. Les difficultés de trouver des sources fiables compliquent les recherches sur la fréquence des crues, mais des écrits de Julien L’Apostat, un empereur romain, datent la première crue à l’année 358. Deux siècles plus tard, Grégoire-de-Tours écrivait lui aussi au sujet de la crue de février 582.
     
    Crue de la Seine en janvier 1910. Paris, boulevard Diderot, XIIème arr.
    Lors de la crue de 1910, les eaux montèrent jusqu'à 8,62 mètres.
    © Neurdein / Roger-Viollet

    Ses sources, en Bourgogne, sont propriétés de la Ville de Paris

    C’est la commune de Source-Seine, qui, comme son nom l’indique, héberge les sources du fleuve. Situé sur le plateau de Langres (447 m d’altitude), entre la Côte-d’Or (21) et la Haute-Marne (52), ce village de 62 âmes a également donné naissance à d’autres cours d’eau : la Marne, l’Aube et la Meuse. En 1864, le baron Haussmann, alors préfet de Paris, propose l’achat de la source, à 231 kilomètres de la capitale. En 1865, la Ville de Paris y fait construire une grotte artificielle, abritant une statue de Sequana, la déesse de la Seine.
    De nombreux visiteurs se rendent sur les lieux chaque année. Le site comprend aussi un temple gallo-romain, car les sources de la Seine étaient vénérées depuis l’époque celte. Il est actuellement recouvert de végétation et n’est pas accessible. Des fouilles archéologiques avaient été menées sur le site. Stoppées en 1967, elles n’auront permis de découvrir qu’une faible partie de ce sanctuaire du « culte guérisseur ».

    En 2020, la Seine a charrié (seulement) 21 millions de tonnes de marchandises

    En 2020, près de 21,37 millions de tonnes de marchandises ont été transportées sur la Seine, d’après les données de Voies navigables de France (VNF). Cela représente 3,53 milliards de tonnes-kilomètres, c’est-à-dire le nombre de tonnes véhiculé par kilomètre. C’est 10 % de moins qu’en 2019. La faute au confinement et à l’arrêt des chantiers des bâtiments et travaux publics (BTP).
    Les principales filières utilisatrices du mode fluvial restent les matériaux de construction et l’agriculture avec respectivement 13,97 millions et 4,12 millions de tonnes transportées en 2020. Le transport fluvial séduit de plus en plus les grandes enseignes comme Franprix ou Ikea0
     
    Une « Seine » artistique, en peinture et en littérature
     
    À l’image de la ville qu’il traverse, le fleuve a inspiré de nombreux artistes. La passion pour la Seine se retrouve chez les plus grands noms de la peinture. Les variations de l’atmosphère ont fasciné Claude Monet, tandis que Camille Pissarro s’intéresse davantage à l’observation de la lumière sur le cours d’eau.
    D’autres, comme Auguste Renoir et Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet, ont préféré peindre des vues des quais, mêlant architecture et paysage. Berceau des nouveaux talents, les âmes d’artistes naissent à chaque coin de rue. Sur la scène littéraire, les plumes des auteurs décrivent un fleuve aux multiples visages.
    La Seine se retrouve par exemple dans L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert ou dans les écrits de Victor Hugo, qui l’associe à la mort dans Les Misérables. Les poètes recherchent aussi l’identité littéraire de Paris, comme Jacques Prévert qui écrit que « La Seine a de la chance », dans son poème « La chanson de la Seine ».

    Le pont Bir-Hakeim est une star des petit et grand écrans

    Le pont Neuf empaqueté, Paris, 1985.
    Le pont-Neuf empacté par Christo et Jeanne-Claude en 1985. © Wolfgang Volz // 1985 Christo and Jeanne-Claude Foundation
     
    Au nombre de 37, répartis sur les 13 kilomètres de la Seine intra-muros, les ponts de Paris sont autant de traits d'union entre ses rives, ses habitants et ses monuments. Parmi eux, saviez-vous que le pont Bir-Hakeim est le plus filmé pour les publicités, les séries télévisées et le cinéma ? Établi de part et d'autre de l'île aux Cygnes (15e et 16e), cet ouvrage métallique à deux étages, conçu peu après l'exposition universelle de 1900, fait la part belle à la circulation sur toutes ses formes. À l'étage supérieur passe le métro aérien, en dessous circulent voitures, piétons et vélos.
    Contrairement à son nom, le plus vieux est le pont Neuf (6e), dont la première pierre est posée en 1578 par Henri III. À l’époque, il est nouveau sous de multiples aspects. Premier pont réalisé en pierre et non en bois, il se présente comme le seul à ne pas supporter d'habitations, comme il était de coutume à l'époque pour gagner de la place dans un Paris déjà surpeuplé. C'est aussi le premier pont décoré de la capitale avec ses tourelles, ses 384 macarons ornant ses corniches et la statue équestre d'Henri IV érigée sur son terre-plein central.
    Restauré en 2007 par la Ville de Paris, le pont Neuf ne cesse d'être immortalisé par des artistes qui le peignent, le photographient, le chantent ou encore l'emballent, comme Christo et Jeanne-Claude en 1985.
     
    Un fleuve qui nous berce… en chansons
     
    Sur les plus de 2000 chansons écrites sur Paris, le thème de la Seine est récurrent. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la capitale voit ses rues grouiller d’amateurs chanteurs, de talents perdus ou de futurs professionnels. L’essor de l’industrie du spectacle amène du beau monde, où chacun veut tenter sa chance de conquérir la capitale.
    Qu’elles évoquent le fleuve en général ou les abords de Paris, les crues ou leurs navigateurs, ces chansons ont bercé nos enfances. La Seine se métamorphose parfois en un miroir reflétant la naissance d’un amour ou à l’inverse en un lit qui accueille les dernières souffrances.
    Parmi quelques chansons célèbres, Jacqueline François popularisait les paroles « La Seine est une aventure… Et son amant c’est Paris », du titre La Seine, composé par Guy Lafarge et Flavien Monod en 1949. Le fleuve est aussi présent dans l’album d’Anne Sylvestre, sorti en 1965, où l’artiste chantonne tristement « T'en souviens-tu, la Seine ? ».
    Cinquante ans plus tard, le fleuve ne cesse d’inspirer les artistes, et le duo de chanteurs M et Vanessa Paradis écrivent à leur tour une ode à la Seine pour le film Un monstre à Paris (2011).
     

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  • J'ai découvert par hasard le site Storia Mundi qui propose des conférences - en live - sur l'Histoire et les Sciences Humaines. Certaines conférences sont gratuites et d'autres payantes. Pour les voir en Replay, on peut les acheter à l'unité (pour 7,9 euros) ou bien s'abonner, au mois, au trimestre, au semestre ou à l'année, et ainsi avoir accès à toutes les conférences proposées.

    Vous pouvez visiter le site de Storia Mundi ICI.

    Cette conférence (qui a eu lieu la semaine dernière en live) était gratuite et présentée par Eric Montmaud, historien et conférencier national.

    Florence sous les Médicis : une conférence gratuite sur Facebook

    Il s'agit de la découverte de la Florence des Médicis, une cité alors à l’apogée de sa puissance et de sa splendeur. 

    Au début du Quattrocento (XVe siècle), en effet, une famille patricienne s’impose sur la scène économique et politique florentine : celle des Médicis. Sous la conduite de ces derniers, en quelques décennies seulement, une véritable révolution culturelle s’accomplit : peinture, sculpture, esthétique, urbanisme et morale sont repensés et remodelés pour donner naissance à un art nouveau. La Renaissance commence. Sous le patronage de ces grands mécènes, et notamment du plus célèbre d’entre eux, Laurent le Magnifique, Florence voit éclore une génération de génies exceptionnels, des artistes visionnaires tels Ghiberti, Brunelleschi, Masaccio, Ghirlandaio, Uccello et Michel-Ange, qui font de la Florence des Médicis le cœur battant de la modernité !

    Eric Montmaud va nous présenter un panorama de l'art et de la ville de Florence au "Grand XVe siècle", c'est-à-dire le début de la prise du pouvoir par les Médicis jusqu'à la mort de Laurent le Magnifique en 1492.

    Cette photo actuelle est très représentative de la Florence du XVe siècle. Mise à part la petite coupole (Grande Chapelle des Princes : tombeaux des Médicis du XVIe siècle) située entre les deux campaniles, rien n'a changé ici.

    Florence sous les Médicis : une conférence gratuite sur Facebook

    Cette carte a été gravée à Amsterdam en 1558. Elle représente l'était florentin à la fin du XVe siècle, peu ou prou à la mort de Laurent le Magnifique avant la conquête de Sienne par Cosme Ier au XVIe siècle. Florence est située au centre, sur l'Arno.

    Florence sous les Médicis : une conférence gratuite sur Facebook

    Une autre gravure en couleurs (Nuremberg - 1493) - La Florence du XVe siècle

    On y voit tous les monuments dont on a déjà parlé : la Cathédrale, le Campanile, le Palazzo Vecchio ainsi que les fortifications de la ville et le Ponte Vecchio (pas encore tout à fait recouvert de boutiques tel qu'il l'est aujourd'hui).

    A la fin du XVe siècle, Florence compte entre 70.000 et 125.000 habitants. La richesse de la ville est basée sur le commerce des tissus (les florentins vont acheter de la laine et des draps en Flandres et les ramènent à Florence pour les traiter, les teindre et les revendre avec une grosse plus-value). Autour de ce commerce, se développe à cette époque une très forte activité bancaire. A la fin du XVe siècle, on pourrait dire que la ville de Florence a le PIB équivalent à celui du royaume d'Angleterre !

    Florence sous les Médicis : une conférence gratuite sur Facebook

     A Florence, règne à cette époque le système de la Commune libre : les autorités municipales sont issues des commerçants de la ville (les couches sociales les plus favorisées).

    A partir des XIIIe - XIVe siècles, plusieurs familles vont exercer une influence sur ces autorités municipales.

    Averado est le premier des Médicis à revêtir une charge municipale à Florence au milieu du XIVe siècle. Il appartient à une famille qui n'est pas de Florence mais plutôt du nord de Florence et dont la richesse est foncière, agricole.

    A la fin des années 1300, c'est Giovanni (Jean) qui va être à l'origine de la banque Médicis, celui qui va initier l'activité bancaire qui sera à la base de la fortune de la célèbre famille.

    Jean de Médicis (1360 - 1429) - Peinture du XVIIe siècle

    Florence sous les Médicis : une conférence gratuite sur Facebook

    Giovanni de Médicis est bien vu dans Florence où il est assez habile - étant riche et le reconnaissant - pour dire qu'il veut être taxé. Il considère qu'à Florence l'impôt est mal réparti, incombe trop aux classes laborieuses et moins aux les classes dirigeantes. En clair, il veut faire un impôt sur la fortune. Il crée ainsi un cadastre qui met à jour la fortune foncière de chacun des florentins.

    Son fils, Cosme l'Ancien, va lui succéder au tout début du XVe siècle. Il va profiter de la fortune que son père lui a laissé mais il a aussi un sens politique très important, ne sollicitant jamais aucune charge municipale mais attendant plutôt qu'on vienne la lui proposer.

    Cosme l'Ancien (1389 - 1464) - Peinture du XVIIe siècle

    Florence sous les Médicis : une conférence gratuite sur Facebook

    Malgré tout, la municipalité florentine considérant qu'il prend trop de place sur le plan politique, va lui faire un mauvais procès en détournement de fonds et le condamner à mort. Sa condamnation va être commuée en exil en 1433 : il va alors aller à Venise. Au bout d'un an, Cosme rentre à Florence en 1434.

    Le retour de Cosme l'Ancien - Giorgio Vasari (Palazzo Vecchio)

    Toute la population florentine est venue accueillir Cosme l'Ancien. On lui confère alors le titre de "Père de la Patrie", titre que l'on donnait aussi aux empereurs romains. A partir de cette date, il est un "Prince sans couronne", ne mettant jamais les pieds au palais municipal mais étant à l'origine de 99,9% de toutes les décisions prises concernant la municipalité.

    Florence sous les Médicis : une conférence gratuite sur Storia Mundi

    Cosme aura un fils, Pierre le Goutteux, mais la famille va arriver véritablement à son apogée avec Laurent le Magnifique, son petit-fils. Ce dernier va réaliser tout ce que son grand-père n'a pu réaliser et dont il rêvait. Il s'entoure tout de suite d'intellectuels et d'artistes tels que Michel-Ange (à droite sur la fresque). Il va hélas mourir jeune.

    Laurent le Magnifique (1449 - 1492) - fresque du XVIIe siècle

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    A la mort de Laurent le Magnifique, son fils Pierre va être chassé de Florence et il faudra attendre longtemps avant que la famille des Médicis parvienne à s'y installer à nouveau.

    Vue actuelle de ce que la ville ancienne pouvait être au XVe siècle

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     La Cathédrale Santa Maria del Fiore dont on aperçoit la coupole derrière et le baptistère, avec la Porte du Paradis, un des grands moments de la sculpture florentine du XVe siècle.

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    La Coupole de la Cathédrale : début des travaux 1420 sous Jean de Médicis. Elle sera terminée en 1436, moment de la prise de pouvoir de Cosme l'Ancien. C'est Brunelleschi qui est chargé de sa construction. Elle sera la plus grande coupole de l'Occident jusqu'à la construction de Saint-Pierre de Rome au XVIe siècle. La lanterne qui la surmonte (oeuvre de Verrochio) sera elle construite sous Laurent le Magnifique.

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    Voici la Place de la Seigneurie (huile sur toile du XVIIIe siècle), centre de la vie florentine par son importance politique avec à gauche, le Palazzo Vecchio (commencé dans les années 1300 et terminé au début du XVe siècle : il est le siège des autorités municipales) et à droite des maisons datant encore du Moyen-Age. Le Musée des Offices n'existe pas encore.

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     Vue de nuit du Palazzo Vecchio entouré de montagnes

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    Le Ponte Vecchio permettait au XVe siècle de passer du Palazzo Vecchio au Palais Pitti en empruntant le couloir construit par l'architecte Vazzari : le grand-duc et la grande duchesse passaient ainsi des appartements d'apparat du Pallazo Vecchio aux appartements privés du Palais Pitti.

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    C'est Jean de Médicis qui commence les travaux de restauration de ce qui était l'une des plus anciennes églises de Florence, l'église Saint-Laurent et son fils, Cosme l'Ancien, va beaucoup intervenir du point de vue financier (il s'agit d'un véritable mécénat) pour permettre à Brunelleschi d'achever son œuvre. Il s'agit de l'église paroissiale des Médicis.

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    Cosme l'Ancien s'était d'ailleurs fait construire à côté un Palais que voici par l'architecte Michelozzo di Bartolomeo. L'extérieur austère correspond à la volonté de Cosme l'Ancien de ne pas paraître dépenser trop d'argent pour des choses futiles. L'intérieur est plus radieux que l'extérieur.

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    Les Médicis ont aussi fait construire aux alentours de Florence des grandes villas à l'antique dès le début du XVe siècle. C'est Jean de Médicis qui va le premier organiser aux portes de Florence une villa moderne à Carregi. Ils font ainsi renaître les grandes villas d'Otium, celles où les riches romains se retiraient à l'abri des affaires politiques aux alentours de Rome pour s'adonner à l'étude, le discours, l'amitié, tout ce qui fait d'un homme un intellectuel.

    Villa de Poggio a Caiano à l'ouest de Florence - gravure du XVIIe siècle

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    Carte des villas médicéennes autour de Florence

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    La Villa Médicéenne de Carregi avec ses loggias ouvertes : c'est là que Laurent le Magnifique se retirera et décèdera en 1492.

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    La Villa Poggio a Caiano possède une loggia qui fonctionne comme un temple antique (colonnes ioniques, frise et fronton portant les armes des Médicis). L'escalier en arrondi qui descend de l'étage noble et permet d'accéder au jardin date du XVIIIe siècle, l'escalier du XVe siècle était rectiligne.

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    On ne peut pas quitter Florence sans parler de peinture... Voici une vue du Musée des Offices construit par l'architecte de Cosme Ier (deuxième époque des Médicis), Giorgio Vasari.

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    Pêché originel par Masolino (élève de Masaccio) et Adam et Eve chassés de l'Eden par Masaccio - (1424-1425) - Chapelle Brancacci

    A gauche, on n'est plus tout à fait au Moyen-Age mais pas encore à la Renaissance et à droite on est en plein dans la Renaissance : réalité des corps dans l'espace et évocation des sentiments (Eve cache sa nudité quand elle s'aperçoit qu'elle est nue et Adam qui ne peut retenir ses larmes).

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    Dans la même veine, le paiement du tribut par Masaccio (1425)

    Un tableau célèbre où les personnages, à l'entrée de la ville de Capharnaüm, ont tous un visage différent et des attitudes qui relèvent véritablement de la peinture moderne. 

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    Cellule de Cosme l'Ancien décoré par Fra Angelico au Couvent des dominicains de Saint-Marc : adoration des Mages au-dessus du Christ ressuscitant de son tombeau avec les marques de la Passion

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    La bataille de San Romano par Paolo Uccello (1440)

    Paolo Uccello est un passionné de perspective. 

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    Cortège des Rois Mages - Gozzoli (1460) - Chapelle privée des Médicis

    Les spécialistes s'accordent à dire qu'ici le jeune Laurent le Magnifique est représenté en roi-mage sur son cheval et que Cosme l'Ancien, le commanditaire, fait partie des personnages représentés. La volonté dans ce tableau d'exprimer le désir que le jeune Laurent accède au rang de Roi...

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    Vierge à l'Enfant - Fra Filippo Lippi (1465)

    Si Filippo Lippi est une peintre célèbre, il était aussi frère carmélite et il va vivre une passion folle avec une jeune moniale, Lucrèce. Ils vont s'enfuir et c'est grâce à l'intercession de Cosme l'Ancien qu'il va pouvoir, ainsi que Lucrèce, être relevé de ses vœux.

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    La naissance de Vénus - Sandro Botticelli (1484-1485)

    Botticelli a été formé dans l'atelier de Filippo Lippi. C'est aussi un des peintres exceptionnels de cette deuxième partie du XVe siècle. Il a été très proche de Laurent le Magnifique. Ses peintures sont présentées au Musée des Offices où une nouvelle mise en scène les met en valeur. 

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    La naissance de la Vierge - Domenico Ghirlandaio - 1485 (Basilique Santa Maria Novella)

    A droite, Anne avec Marie dans les bras ; à gauche, l'épisode de la rencontre d'Anne avec Joachin à la porte Dorée (Joachin, chassé du temple par un prêtre du fait de l'infécondité de son couple, retrouve Anne dans la joie). La scène biblique est ici mélangée avec une scène d'aujourd'hui. Des reliefs à l'antique montrent qu'avec Ghirlandaio on n'est jamais très loin de l'antiquité.

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    Portrait d'un marchand de soie - Le Perrugin (1494)

    On sent une certaine psychologie dans ce visage. L'ombre de la repousse de la barbe est absolument très très bien rendue. Le Perrugin est un grand spécialiste de la perspective atmosphérique aussi... On assiste là à la quintessence de la peinture de la Renaissance.

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    Les trésors de la sculpture

    David - Michel-Ange (1501-1504)

    Une allégorie de la ville de Florence : David regarde ici son adversaire juste avant de le frapper.

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    David de Donatello à gauche ; David de Verrocchio à gauche (Musée du Bargello)

    Une trentaine d'années séparent la réalisation des deux œuvres. La vision de Donatello montre un David qui n'a pas l'air très fier de lui... alors que chez Verrocchio, David est habillé et semble tout à fait satisfait.

    Une façon de dire que qu'en 1440 la révolution est en train de se faire dans le domaine de la sculpture alors que 30 ans après, la sculpture s'est vraiment affirmée.

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    L'annonciation de Donatello - 1435

    Est-ce un relief ou est-ce de la ronde-bosse, est-ce de la statuaire ou non... ? L'ange et la Vierge sont-ils solidaires du fond ou bien détachés ?

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    Il apparaît sur cette autre photo qu'il s'agit encore d'un relief.

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    Porte du Paradis - Baptistère de Florence (1425-1452) - Lorenzo Ghiberti

    Ce sont actuellement des copies à l'identique qui sont représentées, les originaux étant conservés dans le musée de la Cathédrale. Ce sont des portes de bronze avec des décors formés par des personnages qui se détachent du fond. Un des chefs-d'oeuvres absolu de la sculpture florentine.

    Dix formes avec divers passages de l'ancien testament

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    La prise de Jéricho : l'arche d'alliance est promenée tout autour des murailles, les trompettes vont sonner et Jéricho va s'écrouler. On distingue 5 plans dans la composition sur 5 cm de matière : c'est l'art de la Renaissance à Florence.

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    Incrédulité de Saint-Thomas - Andrea del Verrocchio (1483) - Eglise d'Orsanmichele

    C'est la fin de la vie de Laurent le Magnifique. La niche est habillée à l'antique et à l'intérieur Thomas approche ses doigts de la plaie du Christ pour vérifier qu'elle est bien réelle. Le Christ est bien à l'intérieur de la niche alors que Saint-Thomas a une jambe à l'extérieur, une manière de dire que Florence a fait éclater tous les cadres de la représentation : ne jamais se contenter de ce qui a été décidé mais aller au-delà et essayer de montrer la réalité.

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    Les dates à retenir :

    Début du XIIIème siècle : la famille Médicis émigre du Mugello, région dans la campagne florentine, à Florence, afin de profiter de l'expansion économique que connaissait la ville.

    1397 : Jean de Médicis, dit di Bicci, fonde la banque des Médicis, destinée à devenir la plus importante d'Europe. L’entrepreneur diversifie également ses activités en faisant l'acquisition de deux ateliers de laine à Florence.

    1434 : tout en maintenant les apparences républicaines des institutions florentines, Cosme l'Ancien de Médicis assure son contrôle sur la politique de la ville. Pareillement à son activité politique, il poursuit le développement de la banque familiale, devenant ainsi l’un des hommes les plus influents d’Europe.

    1469-1492 : gouvernement de Laurent le Magnifique. Mécène et souverain éclairé, il consolide le rôle de Florence comme foyer intellectuel et artistique de premier plan. Botticelli, Léonard de Vinci et Michel-Ange travaillent entre autres pour sa cour. Son règne coïncide cependant avec le déclin de la Banque des Médicis.

    1494 : le gouvernement de Pierre II, fils aîné de Laurent, chute au moment de l’intervention du roi de France Charles VIII. Les florentins chassent la famille de Florence.

    A lire pour aller plus loin :

    Pierre Antonetti, Les Médicis, PUF, 1997.

    Ivan Cloulas, Laurent le Magnifique, Fayard, 1982.

    Christian Bec, Yvan Cloulas, L'Italie de la Renaissance. Un monde en mutation, 1378-1494, Fayard, 1990.

    Alexandre Dumas, Claude Schopp, Les Médicis. Splendeur et secrets d'une dynastie sans pareille, Vuibert 2012.

    Richard Turner, L’art de la Renaissance à Florence, Flammarion, 1998.

    La culture en confinement : merci Storia Mundi !

     


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  • Je viens de regarder sur Arte un docu-fiction de Marie Noëlle intitulé "Moi, Albrecht Dürer", qui m'a beaucoup plu et j'ai envie d'en parler. La photo y est particulièrement soignée et les commentaires des historiens d'art, avocats, psychanalystes et autres personnalités interviewées très intéressants. On y voit de très belles reproductions des oeuvres de Dürer mais aussi de grands maîtres de l'époque.

    Bref, c'est un régal pour les yeux !

    Ce peintre allemand, né à la fin du XVe siècle (le 21 mai 1471), a exécuté son autoportrait (dessin à la pointe d'argent) à treize ans seulement !

    Autoportrait à l'âge de treize ans - 1484

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    L'une de ses premières œuvres est un diptyque du portrait de ses parents auxquels il était très attaché, son père pour l'avoir laissé suivre sa voie dans la peinture plutôt que de le diriger vers l'apprentissage de l'orfèvrerie (son père était un grand orfèvre), et sa mère qui a dû supporter 18 grossesses (pour seulement trois enfants qui ont survécu) .

    Le diptyque représente une sorte de cadeau d'adieu à ses parents, avant que le jeune homme ne commence un long voyage de trois ans pendant lequel il fera son apprentissage.

    Diptyque des parents de Dürer - fin XVe siècle

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Quand Albrecht Dürer reçoit une lettre de ses parents lui disant qu'ils ont l'intention de le marier à la fille de riches artisans et marchands, il exécute pour sa fiancée un "autoportrait au chardon", le chardon représentant la fidélité conjugale. Il se marie ainsi avec Agnès Frey avec laquelle il va très vite nouer une relation profonde. Un compagnon est en effet à cette époque obligé de se marier et à Nuremberg, il n'est pas pensable qu'il reste célibataire, il lui faut un foyer.

    Agnès Dürer va être d'un grand soutient dans l'entreprise familiale, se chargeant d'imprimer les gravures, de faire les marchés pour vendre les œuvres de son mari et de faire aussi les comptes du ménage, l'entreprise prospérant rapidement.

    Dürer compte bientôt parmi les plus grandes fortunes de Nuremberg : le couple est à la tête de 5000 florins, ce qui représente la somme actuelle de 5.000.000 d'euros.

    Dürer était un très grand artiste mais aussi un très bon commerçant !

    Autoportrait au chardon - 1493

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Agnès Dürer - 1494

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Dürer peint la nature mais toujours dans son atelier. Le docu dit qu'il prélevait les plantes pour les ramener dans son atelier.

    La grande touffe d'herbes - 1503

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Il pratique aussi la gravure. Celle-ci, qui représente une scène du quotidien, était vendue comme les autres sur le marché par sa mère ou par Agnès. Elle s'intitule "Le bain des hommes" et montre la grande maîtrise de l'artiste pour la représentation du corps humain. Le robinet de la fontaine est malicieusement placé au niveau du sexe de l'homme qui s'appuie dessus...

    Le bain des hommes - fin du XVe siècle

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Le couple Dürer a-t-il souffert de ne pas avoir eu d'enfant... ? Le documentaire laisse planer le doute là-dessus. De toutes façons, à cette époque on ne se demandait pas si l'homme était stérile, c'était obligatoirement la faute de la femme !

    Le peintre a-t-il eu la syphilis ? On ne le sait pas mais il l'a représentée dans une gravure intitulée "Le syphilitique".

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    La paternité ? Dürer l'obtient par sa "griffe distinctive", le monogramme AD qu'il appose sur toutes ses œuvres, en quelque sorte un "certificat de paternité".

    Je viens de regarder le documentaire sur Dürer sur Arte

    Dürer est devenu célèbre dans toute l'Europe car il y a diffusé ses gravures ornées de ce A en forme de porte qui abrite un D. Il s'agissait de protéger son droit d'auteur au sens moderne du terme.

    Albrecht Dürer a peint plusieurs fois des maternités comme cette "Vierge à l'Enfant" absolument sublime même si, comme de coutume, le petit Jésus n'est pas très avantagé...

    Vierge à l'Enfant - 1498

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

     Le documentaire parle aussi des cas de peste bubonique qui ont sévi à cette époque dans toute l'Europe. Les fameux masques à bec des médecins (contenant des herbes sensées les protéger de l'épidémie) sont bien connus de nos jours. Dans les foyers, les femmes faisaient aussi brûler des herbes pour désinfecter l'air ambiant.

    La mort est souvent représentée à cette époque en peinture ou en gravure, tel ce dessin de Michael Wolgemut, peintre, dessinateur et graveur sur bois travaillant également à Nuremberg à la même époque.

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée... 

    Dürer est hanté par la peur de l'au-delà, de ce grand inconnu. En 1490, il publie une série de très belles xylographies sur le thème de l'apocalypse de Jean. Pour lui, ce sont des visions de la réalité à venir. Il s'agit d'un volume de quinze gravures de 40 cm de haut qui représente une série de catastrophes. 

    Des images assez effrayantes... Dürer a une imagination débordante !

    Les quatre cavaliers de l'Apocalypse - 1511

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    L'Apocalypse - 1511

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Par ailleurs il produit aussi des œuvres plus douces telle que cette gravure sur cuivre représentant "Adam et Eve" dans laquelle il s'attache à respecter les proportions de Vitruve. Traditionnellement, Adam et Eve sont représentés tête baissée, conscients de leur péché mais pas ici où ils sont pleins de désir : Dürer donne vie à ses personnages.

    Adam et Eve - 1504

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Tout autre chose avec ce lièvre peint par Dürer et qui semble vouloir s'évader de son cadre. Il parait que dans l'œil du lièvre on voit le reflet de la fenêtre de l'atelier du peintre ! Dürer dit qu'il ne s'agit pas de la nature en soi mais plutôt d'une invention de la nature qu'il a faite dans son atelier...

    Le lièvre - 1502

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    L'autoportrait occupe une place de choix dans l'œuvre de Dürer.

    Celui qu'il exécute vers 1500 est l'apogée de cet art. C'est un homme idéalisé sous les traits du Christ. Le regard qu'il jette sur le public est tout à fait inhabituel : il regarde directement la caméra dirait-on aujourd'hui, le monde. Or ce n'est pas permis à l'époque, ce n'est pas de mise. Seuls les saints ou le Christ peuvent y prétendre. Les spécialistes supposent qu'à vingt-huit ans il n'est pas vraiment cet homme : il peint une vision, celui qu'il aimerait être dans quelques années.

    L'homme Dürer se sent dévalorisé, il n'a pas reçu assez d'attention étant issu d'une fratrie de dix-huit enfants. Il doit se battre contre ce sentiment de dévalorisation...

    Pour lutter contre ce sentiment, il se représente sous les traits d'une figure christique. L'inscription à droite du tableau, de la main du peintre dit : attention, ce n'est pas la réalité, c'est une représentation de la réalité peinte par moi à l'âge de vingt-huit ans. Je ne suis pas l'homme représenté sur la toile mais je me suis représenté ainsi.

    Autoportrait à vingt-huit ans dit "à la fourrure" - 1500

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Venise est à l'époque un grand centre culturel et un haut lieu de l'imprimerie. Cela encourage le peintre à vouloir voyager en Italie, pays qui est reconnu pour la grande qualité de ses peintres. Il s'y épanouira vraiment.

    Dans une lettre à sa femme, le peintre dit qu'il s'achète des vêtements, qu'il apprend à danser et à manier l'épée : il vit, tout simplement et devient un grand seigneur.

    Autoportrait aux gants - 1498

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Il ferme la bouche aux peintres de Venise (qui disaient "c'est un habile graveur mais il n'entend rien au maniement des couleurs !") avec la réalisation de ce grand tableau intitulé "Vierge de la fête du Rosaire". Tout le monde s'accorde alors  à dire que l'on n'a jamais vu plus beau coloris.

    Vierge de la fête du rosaire - 1506

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Il peint aussi les vénitiennes (prostituées... ?)

    Portrait d'une jeune femme vénitienne - 1505

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    A son retour d'Italie, sa mère est à l'agonie (elle a probablement un cancer).La vénérant véritablement, il la dessine au fusain un mois avant sa mort. C'est une œuvre puissante qui représente la vieillesse sans aucune complaisance. Il montre le grand âge, la laideur et la fin de vie. Il annote : "Je tourne constamment les yeux vers l'Eternel".

    Portrait de la mère à l'agonie - 1514

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Le docu-fiction montre ensuite Dürer en proie à un cauchemar suite auquel il aurait produit cette aquarelle... intitulée "La vision" (une vision d'apocalypse) qu'il annote avec beaucoup de détails. C'est un vrai récit dramatique.

    "En l'an 1525, la nuit après la Pentecôte, j'ai eu une apparition en rêve. Cette vision m'effraya tant que je m'éveillai."

    Dürer laisse transparaître ce qui le touche, il montre les peurs qu'un homme  peut avoir, ses interrogations, son désarroi et même son désespoir...

    La vision - 1525

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Dans le documentaire, on montre Dürer qui semble sombrer dans la dépression (?)

    Il exécute une gravure sur cuivre qu'il intitule "Melancolia I".

    Il y a un personnage féminin robuste dont il n'est pas facile d'établir le sexe. Elle est dotée d'ailes donc elle a la plus grande mobilité qu'on puisse imaginer. Elle peut aller partout et pourtant elle est assise là, songeuse. A ses pieds il y a tous les outils qui s'offrent pour façonner la vie mais elle ne s'en sert pas. Elle est incapable de créer (beaucoup d'artistes ont ressenti ce sentiment).

    Le chérubin qui tente de monter sur des échasses symbolise l'instabilité, les difficultés de la vie, et puis il y a un carré magique mystérieux en bas où on lit 15 et 14 (c'est l'année 1514). Si on regarde les nombres de près on voit qu'il s'agit de la date de la mort de sa mère. Donc Dürer pose au spectateur des énigmes, des casse-têtes qu'il ne pourra peut-être jamais élucider...

    Melancolia I - 1514

    Je viens de regarder un docu-fiction sur Arte qui m'a passionnée...

    Au décès de Dürer le 6 avril 1528 (il meurt à 57 ans), le couple est resté sans descendance. Le docu-fiction dit qu'Agnès Dürer conservera les œuvres de son mari par le biais de donations sans chercher à en tirer profit, mais plutôt en cherchant  à entretenir la mémoire de son époux.

    Contente de mieux connaître ce grand peintre...

    Si vous voulez visionner ce très beau film, c'est ICI.


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  • Pour cette nouvelle conférence au sein de notre association, Lucie Pierre a choisi de traiter du thème suivant : les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain

    Plan de son intervention : La Cène, L'Ecce Homo, La Crucifixion, La Pietà, Le Christ mort dans son tombeau, La Résurrection.

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     1- La Cène 

    La peinture murale de Léonard de Vinci (1495) sert de référence. Elle se trouve au couvent des dominicains à Milan. On y voit Judas à gauche du Christ mettant la main dans un plat et ayant renversé le sel, signe de sa trahison (Jésus est le sel de la terre).

    Dans ce tableau, les sentiments intérieurs sont illustrés par la gestuelle des personnages.

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

     ► La Cène de Mary Beeth Edelson (Some living American women artists) - 1972

    Mary Beth Edelson est une artiste qui se rattache dans les années 1970 au "Feminist Art Mouvement". Sa performance est symbolique. Elle se réapproprie l'œuvre de Vinci.

    Tandis que dans la représentation classique de la Cène, la moitié de l'humanité est évacuée (on y voit que des hommes), l'artiste choisit ici de ne représenter, au contraire, que des femmes en utilisant un photos-montage : Georgia O'Keeffe incarne ainsi le Christ ; Lee Krasne, Louise Bourgeois, Yoko Ono, des apôtres. L'oeuvre est bordée d'une frise composée de plus de 50 photographies d'artistes contemporaires vivantes.

    Mary Beth Edelson ouvrira aux Etats-Unis la première galerie pour femmes.

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► La cène de Renée Cox (Yo Mama's Last Supper) - 1996

    Là, il faut oser !

    Représenter une femme nue, enceinte et noire par-dessus le marché, au centre de la scène en lieu et place du Christ entourée par les apôtres (tous des hommes noirs, Judas étant le seul homme blanc).

    L'artiste revendique le droit des femmes à devenir prêtres. Il s'agit d'un autoportrait exécuté à partir de montages photographiques.

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

     

    ► La Cène de Raoef Mamevov (The Last Supper) - 1998

    Il s'agit ici aussi pour cet artiste azerbaïdjanais de faire réagir le public avec cette Cène représentée par des handicapés trisomiques réunis autour d'un partage. Il faut se souvenir qu'à cette époque là l'Eglise rejetait les handicapés sous prétexte qu'ils ne comprenaient pas la Communion. Chacun des modèles a posé séparément, les photographies étant ensuite rassemblées par ordinateur pour créer ces compositions épurées.

    De fait, The Last Supper inverse de façon spectaculaire le monde malsain de Jérôme Bosch où des visages similaires figuraient la monstruosité du péché et de la barbarie. ici, l'anormalité se situe du côté du bien...

    L'image de Jésus et des Apôtres ainsi projetée redéfinit la notion de charité, d'empathie, et démonte l'idée insupportable de la différence.

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    ► La Cène de Zeg Fanshi (The Last Supper - 2001

    Ici, le Christ et les apôtres sont masqués de blanc, imitant les gens que l'on croise dans la rue, sans expression, tous anonymes. Ils ont tous un foulard rouge (l'artiste chinois n'a pas été admis au Parti Communiste à cause de son père qui était très catholique).

    Seul Judas a une cravate jaune, symbole du pouvoir de l'argent, le capitalisme.

    D'ailleurs, cette œuvre a été achetée 23 millions de dollars !

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► La Cène de David La Chapelle (Jesus is my home boy) - 2013

    Ce qui se traduit par "Jésus est mon pote" !

    Le Christ est en rouge entouré d'un halo doré simulant une auréole. Il s'agit d'une photographie aux tons très saturés, ce qui donne un aspect irréel à la scène. On pressent l'art de la Renaissance derrière.

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    ► La Cène de Marithé et François Girbaud (affiche publicitaire pour la boutique de vêtements de Marithé et François Girbaud) - 2005

    Les jeunes gens sont bien sûr vêtus des vêtements de la dernière collection de prêt à porte des créateurs.

    L'affiche fait scandale avec ces douze jeunes femmes et ce jeune homme torse nu dans une attitude lascive et qui prend la place de Marie-Madeleine. Lucie nous fait remarquer que la table n'a pas de pieds (monde flottant). L'affaire est allée jusqu'au procès.

    Et si Jésus était une femme... ? 

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

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     2 - L'Ecce Homo 

    "Ecce Homo" est une expression employée par Ponce Pilate pour désigner le Christ. Lucie nous montre deux références pour ce thème, le tableau d'Antonio de Messine et celui du Caravage.

    ► L'Ecce Homo d'Antonio de Messine - 1473 sert de référence à Lucie.

    Il s'agit d'une peinture à l'huile de la Renaissance italienne traitée dans le style du réalisme flamand. Le Christ a ici un regard implorant, d'acceptation de sa défaite.

    Je le trouve superbe mais il fait vraiment pitié, vous ne trouvez pas, en nous regardant dans les yeux ? On sent dans cette œuvre une grande communion entre le divin et nous.

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► L'Ecce Homo du Caravage - 1605, une autre référence

    Ici tout au contraire, le Christ baisse les yeux, comme entré en lui même, "absent". On appelle cela une figure "absentée" nous dit Lucie. Il paraitrait que le personnage à droite du Christ soit un portrait de Ponce Pilate... C'est vrai qu'il a une sale tête !

    "Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► L'Ecce Homo d'Antoine Watteau - 1718

    Ici encore chez Watteau, une figure "absentée" avec ce Pierrot qui porte son chapeau comme une auréole. Il est l'image de la solitude humaine. On peut penser à Buster Keaton ou à Charlie Chaplin aussi qui sont des saltimbanques cachés dans l'Ecce Homo. Lucie nous parle aussi, dans le même esprit du clown de Rondinone.

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13 

    ► L'Ecce Homo de Lovis Corinth - 1925

    Lovis Corinth est un artiste allemand dont l'œuvre a été traitée "d'art dégénéré" par les nazis. On peut voir sur le tableau, encadrant le personnage habillé de rouge, à droite, un militaire qui pourrait bien être un SS et à gauche, un médecin qui pourrait bien représenter Joseph Mengele...

    Il s'agit d'un autoportrait féminisé (on commençait à persécuter les homosexuels à cette époque). L'artiste a créé une école de peinture pour femmes.

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    ► L'Ecce Homo de Max Wallinger - 1999

    Il s'agit d'un anti-monument qui a été exposé à Trafalgar Square. Le contraste est très grand entre les hommes conquérants sur leurs chevaux et ce petit homme en blanc couronné de barbelés. Le blanc représente la couleur du passage (candidus en latin signifie blanc).

    Là il me faut des explications supplémentaires, Lucie...

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    ► L'Ecce Homo de Pierrick Sorin - (Titre variable N°2) ET (Chorégraphie au savon)

    Il s'agit là de représenter l'anti-héros : corps gauche, sans grâce...

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     3 - La Crucifixion 

    Lucie nous explique qu'il y a trois manières de représenter une crucifixion :

    le Christ Patiens (2 clous)
    le Christ Dolens (1 clou)
    le Christ Triomphant

    ► Elle prend pour référence le célèbre retable d'Issenheim qui est à Colmar, une œuvre de Mathias Grünewald.

    Il s'agit d'un Christ Dolens (souffrant).

    Les personnages sont à l'échelle de leur importance : ainsi le Christ est-il représenté beaucoup plus grand que tous les autres personnages.

    Un anachronisme : Saint-Jean-Baptiste figure à droite de la croix alors qu'il a déjà été décapité par Salomé...

    Marie-Madeleine (toujours rousse dans la peinture religieuse) est toute petite à côté : elle figure la rédemption. Saint-Jean, lui,soutient la Vierge.

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    La Crucifixion chez Goya - Le Tres de Mayo (1814) au Prado

     Le tableau "Tres de Mayo" représente l'exécution de 43 patriotes espagnols, fusillés par les soldats français à Madrid le 3 mai 1808, pendant la nuit en représailles d'une révolte qui a eu lieu la veille (2 mai) à Madrid.

    Cette toile l'une des représentations les plus connues de la dénonciation des horreurs liées à la guerre.

    La figure christique est ici tout en blanc (l'homme a la position du Christ sur la croix) et est fortement mis en lumière, à côté de tous ceux qui vont être assassinés. Goya met en avant le religieux en montrant des victimes agenouillées ou en train de prier Dieu. Les soldats sont représentés de dos, tous habillés pareil et dans la même position : Goya veut montrer qu'ils n'éprouvent aucun remord, ils semblent déterminés.

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    ► La Crucifixion chez Picasso - 1930

    On dirait du n'importe quoi, non ? Il s'agit de Cubisme émotionnel nous dit Lucie.

    Picasso a beaucoup regardé les enluminures et il est influencé par leurs couleurs vives. Lucie plaisante en nous disant que "Jésus en voit de toutes les couleurs" ! En fait, Picasso se met "à l'intérieur" des personnages pour exprimer que la souffrance ça déforme la vision des choses. C'est une peinture par la déformation des sentiments...

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    ► La Crucifixion de Francis Bacon - 1925

    Accrochez-vous !

    Au centre du triptyque, la figure christique du ver qui dégouline de la croix : figure la décomposition des corps.

    C'est tout ce que j'ai noté...

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    ► La Crucifixion de Dali (Le Christ de Saint Jean-de la Croix) - 1951 

    Le Christ est représenté ici de façon humaine et simple : il a les cheveux courts - au contraire des représentations classiques - et se regarde dans l'eau de la mer, un peu comme s'il était un oiseau, comme une sorte d'Apollon. Le puissant clair-obscur qui sert à rehausser la figure de Jésus provoque un effet dramatique.

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    ► La Crucifixion de Jean-Michel Alberola (Etudier le corps du Christ) - 1989 - Centre Pompidou

    Comme une évocation de l'image du suaire...

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    ► La Crucifixion d'Andrès Serrano (Pisschrist) - 1987

    Il s'agit, comme nous l'explique Lucie, de la photo d'un petit crucifix en plastique trempé dans l'urine et le sang de l'auteur. Serrano veut à la fois dénoncer le commerce des petits objets religieux et rappeler les horreurs que le Christ a subies. L'œuvre a suscité de nombreuses protestations et a été vandalisée par des groupes d'extrême droite lors d'une exposition en Avignon.

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    ► La Crucifixion de Titus Carmel (Suite de Grünewald) - 1994

    Trois couleurs...

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    ► La Crucifixion de Renée Cox (It shall be named) - 1994

    Renée Cox est une artiste jamaïcaine, photographe et militante politique. Elle a parlé de l'esclavage à travers cette crucifixion où elle représente le Christ sous les traits d'un homme noir lynché. A noter que le personnage n'a pas de sexe...

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    ► La Crucifixion de Niki de Saint Phalle (1965)

    S'il fallait que je donne mon avis, je dirais que je déteste !

    Cette femme crucifiée, aux bras coupés et au visage extatique, exprime toute l’ambiguïté que Niki de Saint Phalle décèle dans la condition féminine. Elle est à la fois une mère, comme l’indiquent les jouets qu’elle porte sur sa poitrine ; une putain dont les jambes écartées laissent apparaître un pubis de laine noire ; et encore une « mémère » avec ses bigoudis dans les cheveux.

    Peut-être qu'avec cette œuvre Niki de Saint Phalle propose une image de la femme comme martyre inconnu.

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► La Crucifixion de Maurizio Cattelan (Sans titre) - 2007

    L'œuvre de cet artiste est présentée dans une boîte de transport (hyperréalisme), une œuvre faite de résine, de peinture, de cheveux humains et de bois). L'artiste italien a été influencé par une photo de Francesca Woodman, photographe américaine décédée à 22 ans (elle s'est suicidée), qui a réalisé plusieurs autoportraits dont un, accrochée à une porte...

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► La Crucifixion de Bansky - 2004

    Bansky est un artiste britannique de Street Art qui travaille sous son pseudonyme. Ses messages sont souvent anticapitalisme. Il s'agit ici de dénoncer le consumérisme des fêtes de Noël, un temps normalement consacré aux valeurs chrétiennes de la charité humaine avec cette satyre où le Christ est crucifié, portant à bout de bras des paquets cadeaux.

    L'artiste veut faire passer le message comme quoi le mercantilisme l'aurait tué !

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► La Crucifixion de Taroop et Glabel - 2005

    Taroop & Glabel vivent et travaillent à Paris. Il s'agit d'un collectif : Mickey prend ici la place du fils de Dieu. Le collectif dénonce moins les religions chrétiennes que la société de consommation qui crée ses icônes et leur donne l'importance de dieux.

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► La Crucifixion d'Ernest Pignon-Ernest (en relation avec Jean Genet) - 2006

    Le travail de l'artiste français représente deux hommes soulevant Jean Genet, poète et dramaturge du XXe qui a revendiqué son homosexualité. On peut dire que ces deux hommes soutiennent Jean Genet dans les deux sens du terme, au sens propre, car ils le soutiennent physiquement, au sens figuré, car ils le soutiennent dans ses idées.

    Jean Genet va mourir : il semble épuisé et dans la même position que Jésus crucifié. Il se serait donc fait tuer pour ses idées, ce qui donne un aspect plus sombre à cette photo.

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    ► La Crucifixion d'Adel Abdessemed (Christ barbelés) - 2012

    Né en Algérie, Adel abdessemed est l'une des stars de l'art contemporain en France. Plusieurs de ses œuvres font partie de la collection de François Pinaud qui lui a acheté ce Christ pour le prix de 2 millions d'euros. Il travaille avec du fil de fer barbelé.

    Son travail est en relation avec la prison de Guantanamo.

    C'est une œuvre saisissante (que j'aime beaucoup).

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► La Crucifixion de Léon Ferrari (La civilisation occidentale et Chrétienne) - 1965

    Cet artiste argentin a produit cette œuvre en réaction à la guerre du Vietnam. Il s'agit d'un Christ crucifié sous le fuselage d’un avion de chasse américain de l’US Air Force dont les ailes sont armées de bombes.

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► La Crucifixion de Michal Batory (Je suis Charlie) - 2015

    Ici, seulement trois éléments : un crayon, un projectile – qui forment ensemble une croix – et le slogan « Je suis Charlie ».

    L’affiche de Michal Batory est un hommage d’un artiste à ses confrères artistes, ceux qui ont résisté aux ténèbres, à l’obscurantisme, qui ont refusé de se plier aux menaces de violence, qui ont défendu la liberté d’expression contre toute attente et qui en ont payé le prix fort.

    Comme l'a justement observé l'une des participantes à la conférence, chez Charlie Hebdo, ils étaient pourtant plutôt anticléricaux...?

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    ► La Crucifixion d'Erik Ravelo (Les intouchables) - 2012

    Crucifier les enfants sur leur bourreau, c'est l'idée qu'a eue le photographe cubain Erik Ravelo pour sensibiliser à la violence enfantine. Les enfants sont donc photographiés comme autant de crucifiés sur le dos de leur croix-bourreau. Des conflits en Syrie (le bourreau-soldat) , aux drames des fusillades dans les écoles américaines en passant par les affaires d’abus sexuels qui ont terni l’image du Vatican (le bourreau-prêtre), la malbouffe (le bourreau Ronald de chez MacDo) ou la pollution (je n'ai pas trop identifié le bourreau...).

    Ces images ont le mérite de relever le caractère sacré de l'enfance, la référence à la crucifixion est ici plus symbolique que religieuse : un projet qui dépasse le simple cadre photographique.

    Les traces de l'iconographie religieuse dans l'art moderne et contemporain par Générations 13

    Lucie s'est arrêtée là au bout de deux heures de conférence, sans avoir le temps de traiter des trois autres thèmes qu'elle voulait aborder.

    J'ai beaucoup appris mais pas toujours aimé...
    La suite à la fin de l'année scolaire, a dit Lucie !

     


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