• Les fêtes m'ont empêchée jusqu'à ce jour de poster un billet sur la visite que j'ai faite avec ma soeur Arlette de l'exposition Greco qui se tient en ce moment au Grand Palais.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Est-il besoin de la préciser ? Ce 18 décembre, nous sommes en pleine période de grève des transports sur Paris mais... nous avons réservé ces billets de longue date : dommage donc de les perdre car les musées parisiens ne sont pas en grève et ne remboursent donc pas leurs visiteurs comme l'Opéra de Paris - qui lui, en grève - le fait pour ses spectateurs !

    Nous décidons donc de prendre un bus à la Porte d'Orléans, le 92, jusqu'au pont de l'Alma situé non loin du Grand Palais... Je vous fais un dessin ou ça ira comme ça ?

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Un bon 3/4 d'heure plus tard (les portes du bus mettent un temps fou à se refermer à chaque arrêt vue l'affluence...) nous voici arrivées à bon port.

    Il fait beau : nous pouvons admirer la très récente Cathédrale orthodoxe de Paris située au pied de la Tour Eiffel ou presque, cathédrale dessinée par Jean-Michel Wilmotte dont la construction a fait couler beaucoup d'encre...

    L'exposition Greco au Grand Palais

     Si Poutine tient à avoir son église à Paris, c’est que l’enjeu n’est pas seulement spirituel mais géostratégique : la religion orthodoxe ne se reconnaît pas de pape mais quinze patriarches qui représentent chacun une langue et un pays. Moscou dispute de longue date à Constantinople (actuelle Istanbul) la suprématie religieuse. Une cathédrale en majesté à Paris – « cœur de l’Europe » selon Vladimir Kojine – signerait le grand retour de la Sainte Russie sur la scène internationale.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Prenant la rue Jean Goujon (en souvenir de mon père qui y a fait toute sa carrière chez Rhône-Poulenc...), nous passons devant le Monument commémoratif de l'incendie du Bazar de la Charité (justement sur les petits écrans cette semaine) : celui-ci est fermé, il n'est ouvert que lorsque des messes y sont célébrées. 

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Nous voici maintenant au Grand Palais, prêtes à visiter cette exposition exceptionnelle.

    L'exposition Greco au Grand Palais

     Né en 1541 en Crète, Domenico Theotokopoulos, dit El Greco, fait son premier apprentissage dans la tradition byzantine avant de parfaire sa formation à Venise puis à Rome. C’est cependant en Espagne que son art s’épanouit et s’implante durablement à partir de la décennie 1570. Attiré par les mirifiques promesses du chantier de l’Escorial, l’artiste importe dans la péninsule la couleur du Titien, les audaces du Tintoret et la force plastique de Michel-Ange. Cette éloquente synthèse, originale mais cohérente par rapport à sa trajectoire, donne à Greco, mort quatre ans après Caravage, une place particulière dans l’histoire de la peinture, celle du dernier grand maître de la Renaissance et du premier grand peintre du Siècle d’Or.

    Ce sont les avant-gardes européennes qui, au tournant des XIXe et XXe siècles, redécouvrent Greco, éblouis par son oeuvre à la fois fougueuse et électrique, inscrivant son nom à côté du leur dans le grand livre naissant de la modernité.

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    Greco naît et grandit à Candie, capitale de la Crète, dans une famille de condition modeste. On y parle le grec et le dialecte vénitien : s'y mêlent chrétiens orthodoxes et latins. Dans cette atmosphère cosmopolite, l’école de peinture crétoise compte environ 150 artistes qui peignent des icônes dans une technique et un style traditionnels : à la détrempe (les pigments sont liés avec de la gomme arabique), sur fond d’or, sans représentation de la profondeur ou du modelé.

    De cette période sont conservées quelques œuvres, de petites dimensions, peintes sur bois ou sur toile.

    Sainte Véronique (vers 1580)

    Le tableau était autrefois placé au niveau supérieur d'un retable monumental. En peignant Sainte Véronique portant le voile sur lequel s'est miraculeusement imprimé le visage du Christ lors de la Passion, Greco aborde la question délicate de la représentation de Dieu et de la légitimité de l'art.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Autel portatif, dit Tryptique de Modène

    Tel un oratoire mobile, cet objet de dévotion était destiné à pouvoir accompagner son propriétaire. Sa forme est typiquement crétoise mais les emprunts à la gravure italienne et à la peinture vénitienne témoignent des nouveaux intérêts de Greco. L'oeuvre est le point de départ de sa carrière de peintre de la Renaissance. Certains motifs et détails se retrouvent dans d'autres peintures tout au long de sa vie : la bouche infernale, les figures dansantes, le schéma de l'Annonciation.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Le Christ portant la croix (vers 1570)

    L'exposition Greco au Grand Palais

     Saint Luc, patron des peintres, est représenté ici sous les traits d'un enlumineur (vers 1605)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Greco ne souhaite pas demeurer un peintre d’icônes. Il embarque alors pour Venise en 1567, la destination naturelle de nombreux peintres crétois. Au cours de son séjour vénitien qui dure 2 ou 3 ans, Greco s'essaie au support de toile, adopte des formats plus importants et la technique de la peinture à l’huile. Il s’efforce d’assimiler les techniques et le langage coloriste des grands artistes qui dominent alors le marché de cette cité, Titien, Tintoret, Bassano.

    Dans ce tableau, La mise au tombeau du Christ (1568-1570), il conjugue le sens de la couleur aux inventions de Michel-Ange. Discrètement, il insère dans l'arrière-plan le portrait de son modèle, Titien, reconnaissable à son bonnet.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    A Rome où il se rend ensuite à partir de 1572, il est un étranger, sans appui, maîtrisant imparfaitement la langue italienne et ignorant la technique de la fresque : il n'est pas aisé de s'y faire une place dans une ville aux mains de dynasties d'artistes bien installés...

    Il va alors en Espagne et se déplace entre Madrid et Tolède en quête de mécènes. Luis de Castilla, que Greco a rencontré à Rome, l’assure de son soutien auprès de son père Diego de Castilla, doyen des chanoines de la cathédrale de Tolède. Ce dernier signe deux contrats avec le Greco : un pour Le Partage de la Tunique du Christ pour la cathédrale, l’autre pour huit toiles et quelques sculptures pour l’église du couvent de Santo Domingo el Antiguo.

    Le partage de la tunique du Christ (1579-1580)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Le Christ en croix, entouré de deux donateurs (1595)

    Un tableau de très grand format qui impressionne quand on le voit.

    L'exposition Greco au Grand Palais

     Ambiance dans l'exposition : nous n'avons pas fait la queue mais nous n'étions pas seules.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Portrait du Cardinal Nino de Guevara, grand inquisiteur et archevêque de Séville (vers 1600)

    On y décèle une grande dimension psychologique, mise en évidence par le regard derrière les lunettes et la main crispée sur le bras du fauteuil.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Portrait du frère Hortensio Felix Paravicino (1609-1611)

    Grand intellectuel, Paravicino vouait une grande admiration pour l'art de Greco auquel il dédia plusieurs de ses poèmes.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    La Sainte Face (1579-1584)

    En dehors du visage du Christ miraculeusement imprimé sur le voile de Sainte Véronique, Greco ne fournit que les dessins pour les figures des anges qui furent exécutées par le sculpteur espagnol Juan Bautista Monegro.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'adoration des bergers (vers 1579)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'Annonciation (vers 1576)

    La toile est probablement l'une des dernières peintures du Greco en Italie ou l'une des premières en Espagne. On y retrouve l'influence de Michel-Ange. 

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Greco et atelier : Le partage de la tunique du Christ (1580-1585)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'Assomption de la Vierge (1877-1579)

    Cette toile gigantesque formait la partie principale du maître-autel de l'église de Santo Domingo el Antiguo, l'une des premières réalisations de Greco à son arrivée à Tolède.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Saint Martin partageant son manteau avec un pauvre (1597-1599)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    J'adore ce tableau où l'on aperçoit entre les jambes du cheval le paysage de la ville de Tolède. Sans le faire exprès, je l'ai photographié à l'instar des photos que l'on trouve sur le net...

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Superbe, ce Christ en croix (vers 1600)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Greco ne l'aurait-il pas copié-collé sur le Christ avec deux donateurs vu précédemment... ?

    Guillaume Kients, co-commissaire de l'exposition, explique en effet que ce qui rapproche Greco de Cézanne, c’est un questionnement sur l’image, sur la déconstruction de l’image, et aussi un travail sur la série : ce que Cézanne fait avec ses Sainte-Victoire par exemple, où sans cesse il revient sur le motif, Greco c’est pareil : c’est un artiste qui, des siècles plus tôt, revient et revient encore sur le motif.”

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'agonie du Christ au jardin des oliviers (vers 1590)

    Dans la grotte, on voit les apôtres endormis...

    L'exposition Greco au Grand Palais

    et dans le lointain les soldats qui montent la garde...

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Saint François et Frère Léon (vers 1600-1605)

    Frère Léon assiste à l'entretien mystique du saint, ébloui par une torche apparue dans le ciel.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Jeune garçon soufflant sur une braise (1569-1570)

    Si l'on connait généralement Greco pour ses portraits et ses scènes religieuses, il a également traité des sujets plus modestes mais néanmoins prodigieux comme celui figurant un garçon attisant une braise de son souffle. Cette première version annonce clairement le travail de Caravage ou de Ribeira : fort contraste, palette ocre...

    Un portrait finalement assez traditionnel, en buste sur fond noir.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'exposition Greco au Grand Palais

    La fable (vers 1585)

    Le singe symbolise sans doute le vice et l'homme souriant peut représenter la folie. Il est en effet possible que l'oeuvre soit porteuse d'un discours moral à valeur d'avertissement sur l'échauffement des sens et les dangers de "jouer avec le feu".

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Saint Pierre et Saint Paul (1600-1605)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Saint Pierre pénitent (1595-1600)

    Comme Sainte Marie-Madeleine, Saint Pierre est un modèle de repentance. Il s'agit à la fois d'insister sur le pardon chrétien, mais aussi d'inciter à la pénitence à travers la confession des péchés.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Sainte Marie-Madeleine pénitente (vers 1584)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Le Christ sur le chemin du calvaire (vers 1585)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    La Sainte Famille avec sainte Marie-Madeleine (vers 1600)

    Greco traite ici de la Sainte Famille selon une composition complexe combinant différentes formules traitées séparément dans des toiles précédentes. Avec ses rythmes cassés, la sophistication de la construction, plusieurs fois décomposée et recomposée, semble annoncer le cubisme de Picasso.

    Guillaume Kientz, le co-commissaire de l'expostion, explique en effet que "Greco va conditionner une grande partie de ce qu'on va appeler la "période bleue" de Picasso, et va même l'inciter à aller jusqu'au défi qu'il lance à l'image en inventant le cubisme. 

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'exposition Greco au Grand Palais 

    Pieta (1580-1590)

    Très rarement présentée au public, cette Pieta est l'une des plus émouvantes compositions de Greco. Le drame humain et le mystère humain de la scène s'y conjuguent magistralement.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Greco et atelier : Le repas chez Simon (1610-1614)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Le Christ chassant les marchands du Temple (vers 1600)

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Le Christ chassant les marchands du Temple (vers 1575)

    Peint à Rome, ce chef-d'oeuvre de jeunesse est un manifeste artistique.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    Greco y insère le portrait de ses principaux modèles auxquels, fièrement, il entend se mesurer : Titien, Giulio Clovio, Michel-Ange et vraisemblablement Raphaël.

    L'exposition Greco au Grand Palais

    L'Ouverture du cinquième sceau, dit aussi La Vision de Saint Jean (1610-1614)

    J'ai adoré ce tableau qui est très bien mis en valeur, seul sur un panneau : elle clôt d'ailleurs l'exposition.

    Aujourd'hui amputée dans sa partie haute, la toile était destinée à un retable de l'Hôpital de Tavera à Tolède. Restée inachevée à la mort de Greco en 1614, elle ne fut jamais mise en place. Présentée à Paris au début du XXème siècle, elle inspira de nombreux peintres, dont Picasso.

    L'exposition Greco au Grand Palais

     Je ne sais pas pourquoi j'avais en mémoire des couleurs sombres pour Greco... J'ai découvert un peintre de la couleur.

     L'exposition se termine le 10 février 2020...


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  • Ce dimanche, l'entrée aux musées parisiens était libre comme chaque premier dimanche du mois. J'en ai profité pour aller à la Galerie des Gobelins, voisine de chez nous, visiter l'exposition en cours, "Créer pour Louis XIV" (les manufactures de la Couronne sous Colbert et Le Brun).

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Voici la façade de la Manufacture actuelle à la nuit, décorée de l'affiche de l'exposition.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    En 2019, la France fête en effet le quatrième centenaire de la naissance de deux acteurs majeurs de son histoire politique, économique et artistique : Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), ministre pendant plus de vingt années du règne de Louis XIV (1661-1683) et Charles Le Brun (1619-1690), premier peintre du roi.

    L'exposition s'ouvre d'ailleurs sur un immense portrait à cheval de Louis XIV par Charles Le Brun. Pour croquer le cheval dans cette pose, il faut avoir le coup de crayon rapide !

    L'exposition "Créer pour Louis XIV" à la Galerie des Gobelins

    A l'entrée également, une reproduction d'un portrait de Charles Le Brun et un bureau dit "de Charles Le Brun" (vers 1700) qui semble postérieur cependant à la mort du peintre.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Portrait de Jean-Baptiste Colbert par Claude Lefebvre (1665-1666)

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Au départ, il y a une ambition politique : faire de la France la puissance prépondérante de l'Europe. Louis XIV et son ministre, Colbert, veulent que l'architecture et le décor des maisons royales - Le Louvre, les Tuileries, Saint-Germain, Fontainebleau, Versailles - matérialisent cette ambition et dépassent par leur faste tout ce qui se voit à l'étranger. Les manufactures de la Couronne sont créées pour servir ce projet. Simultanément, Colbert entend que leurs productions soient une vitrine de l'industrie de luxe en plein développement. En s'inspirant des ateliers installés à la Grande Galerie du Louvre sous Henri IV, Colbert fait acheter l'enclos des Gobelins en 1662 et y rassemble des artisans et des artistes (lissiers, ébénistes, peintres, graveurs, sculpteurs, lapidaires et orfèvres) qu'il place sous la responsabilité de Charles Le Brun, le premier peintre du Roi. Ainsi naît la "Manufacture des meubles de la Couronne" organisée par édit de novembre 1667. La Savonnerie, manufacture de tapis située sur la colline de Chaillot, passe également sous le contrôle artistique de Le Brun. Ces manufactures d'Etat - de droit ou de fait - vouées d'abord à servir le roi et à alimenter le Garde-Meuble de la Couronne diffèrent des "manufactures royales", établissements privés auquel le pouvoir consent des privilèges et aides financières, et dont la vocation est la rentabilité économique.

    Acheté par le roi en 1662, l'enclos des Gobelins est situé dans le faubourg Saint-Marcel, à l'extérieur de Paris, le long d'une petite rivière, la Bièvre. Cette rivière est réputée depuis le XVème siècle pour la qualité de ses eaux utilisées par les teinturiers, notamment par la famille Gobelin, qui a donné son nom au quartier.

    Paris en 1672

    En 1, la manufacture des Gobelins,
    en 2, la Bièvre,
    en 3 la Savonnerie,
    en 4 le Louvre

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Jean-Baptiste Tuby, sculpteur italien originaire de Rome, travaille pour Louis XIV dès 1660 et reçoit aux Gobelins un logement et un atelier vers 1664. Dans les années 1670, il participe à la réalisation du bosquet du Labyrinthe pour les jardins de Versailles. Ce bosquet, dessiné par André Le Nôtre, présentait 330 sculptures animalières sur le thème des fables d'Esope, écrivain grec dont s'est inspiré Jean de la Fontaine. Tuby dispose aux Gobelins d'une fonderie où il réalise une partie de ces sculptures en plomb, avant leur transport à Versailles. 

     L'amour dévidant le fil d'Ariane de Jean-Baptiste Tuby et sculpture du bosquet du labyrinthe illustrant la fable d'Esope "Le paon et le Rossignol" - plomb polychromé (1672-1674)

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     Portrait présumé d'un orfèvre du roi (avant 1690)

    On ignore l'identité exacte de l'orfèvre représenté sur ce tableau. Serrant jalousement l'une de ses productions, il semble vouloir affirmer avec fierté son statut de créateur. Le vase en vermeil qu'il tient ne correspond à aucune pièce recensée dans l'inventaire de la Couronne, mais se rapproche stylistiquement des pièces d'argenterie produites par les orfèvres travaillant sous l'autorité de Charles Le Brun Pour cette raison, on a pu reconnaître dans ce portrait, tantôt Claude Ier Ballin (1615-1678) travaillant au Louvre, tantôt Alexis Loir (1640-1713) actif aux Gobelins. 

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Reproduction du carton de la tapisserie "La visite du roi aux Gobelins" par Simon Renard de Saint-André (1613-1677) - après 1667

    Il s'agit d'une véritable galerie de portraits des hommes travaillant dans l'hôtel royal des Gobelins. Certains artisans, habillés plus richement que les autres, représentent sans doute les chefs d'atelier.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Je me suis rendue compte, en faisant ces recherches, que le carton était juste l'inverse de la tapisserie : élémentaire mon cher Watson mais je n'y avais pas pensé !

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    A la Renaissance, la technique de la marqueterie de pierre connait un renouveau. Le marbre vient de Rome mais aussi de Florence. Le lapis-lazuli, l'agathe, le jaspe et l'améthyste sont alors assemblés pour former des plateaux de table, des cabinets ou être représentés au murs, sous forme de tableaux.

    Table de Jean Ménard dit "Il franciosino" (dernier tiers du XVIème siècle)
    marqueterie de marbre

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Cabinet en ébène, bois de violette, marqueterie de pierres dures, bronze doré, étain, verre, glace et corne teintée, piétement en bois sculpté et doré, partiellement polychromé (vers 1675)

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Détail du décor central : de jolies colonnettes torses garnies de pampres entourent une élégante marqueterie de marbres de Florence.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    J'ai flashé sur les pieds du cabinet qui, j'en ai bien l'impression, représentent les quatre saisons.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Les familles des artistes vivant aux Gobelins forment une communauté soudée par les mariages et les baptêmes, célébrés dans l'église voisine de Saint-Hyppolite. Outre les artisans, l'enclos abrite un portier, un concierge, un jardinier, un chirurgien, un prêtre, un aumônier flamand et même une brasserie. L'effervescence qui règne dans l'enclos culmine au moment des fêtes et cérémonies : le carnaval, la Fête-Dieu, la Saint-Louis et la célébration du 1er mai donnent lieu à la création de décors éphémères.

    Dans la grande cour de l'Hôtel royal des Gobelins, les artisans élèvent un arbre de mai à Charles Le Brun, leur directeur.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Les portières sont des tapisseries qu'on plaçait devant les portes pour limiter les courants d'air.

    Portière de Mars

    C'est l'un des 67 tissages exécutés à la manufacture entre 1662 et 1724. Mars, dieu de la guerre, est assis sur ses trophées. En face, à côté d'une corne d'abondance, coiffée d'une couronne de lauriers, Minerve, déesse de la stratégie militaire et de la sagesse, tient une grenade dans la main.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Une tenture est un ensemble de tapisseries qui forme un cycle (les éléments, les saisons) ou une série d'épisodes qui se suivent (l'ancien testament, l'histoire d'Alexandre). La tenture des éléments comporte quatre tapisseries correspondant aux quatre éléments (l'eau, la terre, le feu et l'air).

    Tapisserie de la tenture des éléments
    (Atelier de haute-lisse de Jean de La Croix - avant 1680)

    Cette tapisserie évoque l'eau au travers de Neptune, dieu de la mer, et de la déesse Thétys. Ils sont assis sur un char en forme de conque tiré par des animaux marins. Thétys tient un bouclier portant le chiffre de Louis XIV (deux L entrelacés) surmonté d'une couronne et d'une devise latine qui démontrent que "Neptune n'a pas sur les eaux un domaine aussi absolu que celui que sa Majesté y possède" (Félibien). La tapisserie est inversée par rapport au carton qui est placé, en basse-lisse, sous le métier à tisser. Il en résulte une composition au sens de lecture contraire à celui du modèle peint, comme je l'ai observé plus haut.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Détail

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Après avoir visité le rez-de-chaussée, l'escalier monumental fait accéder à l'étage.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Des tapisseries décorent le palier à l'étage : la "tenture des Maisons royales" (Atelier de haute-lisse de Jean Lefebvre - avant 1683) met en valeur à la fois les palais et châteaux construits par les prédécesseurs de Louis XIV, mais aussi les productions emblématiques de son propre règne. Chacune des douze tapisseries est consacrée à un mois de l'année. Elles reflètent un mode de vie, la cour se déplaçant de château en château suivant les saisons.

    Le mois de mai, associé au signe zodiacal des gémeaux, représente la cour en promenade à Saint-Germain-en-Laye, lieu de naissance du monarque. Le château-neuf, construit sous Henri IV et reconnaissable à ses galeries en terrasse, ses parterres et ses jardins face à la Seine, n'existe plus aujourd'hui. Abritée sous une ombrelle, la reine Marie-Thérèse est représentée parmi les dames de la cour.

    Au premier plan, sont mis en valeur des objets précieux - pièces d'orfèvrerie du mobilier d'argent, tapis d'Orient, instruments de musique - ainsi que des animaux inspirés de la Ménagerie que le souverain possède dans les jardins de Versailles.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Quand on quitte le palier pour entrer dans le premier niveau, c'est un vrai choc tant la perspective est immense et le décor somptueux. En bout de pièce, un grand miroir agrandit encore s'il le fallait l'espace. Les immenses tapis présentés ici ont été tissés sur des métiers de 9 mètres de large. Ils garnissaient à l'époque la Galerie d'Apollon au Louvre.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Tapisserie de la tenture des Maisons royales : le château de Versailles, non encore achevé - mois d'avril - Atelier de haute-lisse de Jans fils (avant 1670)

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Détail montrant la représentation d'animaux de la Ménagerie du roi et les objets précieux tels que les instruments de musique qui se trouvent toujours au premier plan sur cette série de tapisseries.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    L'entrevue de Philippe IV et Louis XIV dans l'île des faisans (6 juin 1660)
    Tapisserie de la "tenture de L'Histoire du roi" (atelier de haute-lisse de Jans père)

    Le décor est traité avec minutie, depuis la tapisserie au mur, jusqu'au reflet des rois dans le miroir au centre.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Au premier plan, un buste de Jean-Baptiste Colbert par Antoine Coisevox (vers 1685)

    Antoine Coisevox est l'un des portraitistes les plus brillants du règne de Louis XIV. Aux Gobelins, il dispose d'un atelier voisin de celui de Jean-Baptiste Tuby. Au cours de sa carrière, le sculpteur exécute plusieurs portraits de Colbert dont celui-ci, réalisé après la mort du surintendant des Bâtiments du roi.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Colbert est représenté richement vêtu, portant sur son manteau la broderie d'argent de l'ordre du Saint-Esprit. Par la concentration et l'acuité du regard du modèle, ce portrait évoque la politique ambitieuse portée par le ministre de Louis XIV.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    En fond, la tapisserie de la "tenture de l'Histoire du roi" représente "la Visite du roi aux Gobelins" (tissage de 1673 à 1680). Il s'agit d'une célébration de la gloire du roi en tant que protecteur des manufactures.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Détail : on s'affaire fort ici...

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     Devant la tapisserie, une grande table en marqueterie de marbre, absolument magnifique

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

    Un détail...

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    A gauche de la tapisserie, une superbe horloge astronomique en ébène, écaille de tortue, corne bleue, lapis-lazuli, cuivre, bronze ciselé et doré est datée de 1699. Elle était destinée au Grand Dauphin, fils de Louis XIV. Par un ingénieux mécanisme, cette pendule indique la durée du jour et de la nuit selon les saisons, représentées sur le bas-relief inférieur.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    Tapisserie de la "tenture de L'Histoire du roi" intitulée "L'audience du légat" (29 juillet 1664)
    (Atelier de haute-lisse de Jans fils)

    Le cardinal légat Chigi, neveu du Pape Alexandre VII, Présente ses lettres de créance et les excuses du souverain pontife à Louis XIV suite à une altercation qui avait opposé à Rome les gardes pontificaux aux serviteurs de l'ambassade de France.

    Cette tapisserie nous permet d'imaginer la chambre du roi-soleil...

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    La scène se situe dans la chambre du roi à Fontainebleau : Louis XIV devant son lit prend place sur un élégant fauteuil alors que le cardinal, incliné vers le roi, est assis sur une simple chaise.

    L'exposition "Créer pour Louis XIV à la Galerie des Gobelins

     

    C'est toujours agréable de se trouver transportée par l'imagination dans une autre époque tout en gardant le confort de notre époque moderne...

    Une belle exposition comme sait toujours en faire la Galerie des Gobelins.


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  • Arte passe depuis quelques temps à 20h45, après le 28 minutes, en remplacement de l'excellent "Atleticus", un "court" intitulé "A Musée vous, A Musée moi" et je voudrais vous le faire partager. Il met en scène des tableaux hyper connus de la peinture mondiale en les animant de façon tout à fait drôle.

     Ainsi, celui de la Joconde de Leonardo da Vinci qui s'ennuie dans son musée depuis 500 ans...

    Allez, une autre pour la route : la jeune fille à la perle de Vermeer

    Drôle, et même irrespectueux mais éducatif en même temps.

    La marque d'Arte...


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  • Comme vous ne le savez peut-être pas, nous allons parfois en Bourgogne dans un village d'où Philippe est originaire. Celui-ci est voisin de celui de Vix qui est surtout connu des archéologues car il y a tout juste 66 ans a été faite ici une grande découverte : celle d'une tombe princière celte datant de la fin de l'Hallstatt, soit -500 avant J.-C.

    C'est Maurice Moisson, un agriculteur s'intéressant à l'archéologie, qui découvrit le premier, en janvier 1953, le vase de Vix en effectuant une tranchée dans un champ recouvert par la neige, intrigué par des pierres qui affleuraient.

    Le voici ici posant à côté de l'une de ses anses.

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    René Joffroy, Conservateur du Musée de Châtillon et passionné d'archéologie, est responsable des fouilles à l'époque : il pose ici en sa compagnie devant le cratère qu'ils viennent d'extraire de la tranchée.

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Archive INA : extraits de l'émission "Analyse spectrale de l'Occident" diffusée le 29 novembre 1958 sur France III Nationale avec René Joffroy : ICI 

    Félicie Fougère, Conservatrice du Musée de Châtillon entre 2012 et 2018, parle de cette découverte exceptionnelle qui a permis à René Joffroy de devenir Conservateur en chef du Musée de Saint-Germain-en-Laye.

    Les prospections géophysiques récentes ont confirmé la présence d'un monument funéraire mais hormis la chambre funéraire, celui-ci d'une surface de 40 mètres de diamètre - qui abritait la tombe de la Princesse de Vix - n'avait jamais été fouillé.

    Depuis trois mois, des archéologues de l'Inrap ont réinvesti le terrain acheté depuis 2013 par la Communauté de Communes du Pays châtillonnais. Aujourd'hui a lieu une visite guidée du chantier en présence de Jérémy Brigand, Président de la Communauté de Communes.

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    La tombe princière a été découverte au pied du Mont Lassois où des archéologues sont en plein travail.

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Une employée de la Communauté de Communes nous explique que cette tranchée est celle qui a été ouverte par Maurice Moisson en janvier 1953.

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Et voici la chambre funéraire à nouveau à nu. Certains tas de "graviers" sont vieux de 2500 ans...

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Les archéologues ont tracé des secteurs en forme de rayons tout autour de la chambre funéraire.

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Binettes, truelles, pinceaux sont leurs outils de travail : un travail de fourmi. Aujourd'hui il fait beau, le travail est agréable mais ce n'a pas toujours été le cas...

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Cette jeune étudiante en archéologie nous explique qu'elle met à nu le "paléosol" qui est d'une texture différente de celle de la terre qui le recouvre.

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Ici ce sont des géologues qui explorent ce qui leur semble être un "podium".

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Tout ceci reste bien mystérieux...

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    A la fin de la visite guidée, nous avons pu écouter avec beaucoup d'intérêt l'actuelle Conservatrice du Musée de Châtillon, Madame Catherine Monnet.

    Nouvelle fouille de la tombe princière de Vix

    Il parait que les résultats de ces fouilles ne seront publiés que fin 2020 : on a retrouvé entre autres une des clavicules de la Princesse de Vix, ce qui va permettre sans doute de mieux dater son âge car la précédente fouille de 1953 avait été très destructrice, parait-il, faite à la hâte du fait de la saison et de la soudaineté de la découverte.

    Les fouilles continuent jusqu'à fin novembre.

    Peut-être trouvera-t'on d'autres trésors... ?


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  • En cet après-midi du mois d'octobre, je suis allée rejoindre deux amies pour voir une exposition des peintures de Maria Helena Vieira da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger dans le Marais. L'occasion aussi de se promener dans ce joli quartier aux boutiques élégantes.

    La galerie se trouve dans une cour intérieur du N°5 de la rue de Saintonge.

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    Dans l'arrière cour, un atelier de Haute Couture a élu domicile : nous sommes dans les quartiers chics de la capitale...

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger 

    La galerie est éclairée par une verrière ; nous ne sommes pas les seules à nous être déplacées.

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    Je ne connaissais que de nom cette artiste-peintre d'origine portugaise naturalisée française et je découvre son style avec plaisir. Celui-ci propose un espace qui combine réseaux et mosaïques dans des compositions aux perspectives fuyantes. Elle est considérée comme l'un des chefs de file du mouvement esthétique dit du paysagisme abstrait.

    "J'observe la rue et les gens qui marchent, chacun a une apparence différente, chacun avançant à son propre rythme. Je pense aux fils invisibles qui les manipulent... J'essaie de percevoir la mécanique qui les coodonne. Je dirais que, d'une certaine façon, c'est cela que je tente de peindre."

    Figure de ballet (1948)

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    L'oiseleur (1949)

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    Composition aux damiers bleus (1949)

    J'ai adoré celui-ci : moi, j'y ai vu une étoffe.

     Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    La ville nocturne OU Les lumières de la ville (1950)

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    Gris Corot (1950)

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    Bibliothèque (1952)

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    Structure dynamique (1956)

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    Le chemin (1963)

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    Mémoire (1966-1967)

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger 

    Artémis (1968)

    Exposition Maria Helena Viera da Silva à la Galerie Jeanne Bucher Jaeger

    Intéressant et... gratuit !


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