• Bicentenaire de la mort de Napoléon oblige, nous avions réservé des billets il y a un bon moment pour aller visiter l'exposition en hommage au grand homme et, malgré la forte chaleur qui sévit ces jours-ci sur la France et à Paris en particulier, nous nous sommes rendus dans le nord de Paris, à la Porte de Pantin plus précisément, pour assister à la conférence proposée par Raphaëlle Frémont. 

    Celle-ci se tient dans la Grande Halle de La Villette où nous retrouvons un groupe d'une vingtaine de visiteurs, tous munis comme nous d'écouteurs, et presque aucun visiteur individuel.

    Le rêve !

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

    Raphaëlle Frémont est diplômée de l'Ecole du Louvre et guide-conférencière à la Réunion des Musées Nationaux : le must ! En prime, elle est fort sympathique et a rendu cette visite qui aurait pu être ennuyeuse, très vivante.

    Elle commence à nous conter la vie de Napoléon quand ce dernier n'est encore qu'un enfant - non plus corse, mais devenu français - et qu'il entre comme boursier du roi Louis XVI à l'école royale militaire de Brienne-le-Château (à l'est de Troyes dans l'Aube) où il restera cinq ans, de mai 1779 à octobre 1784 : il n'a alors que neuf ans. Il était en effet coutume à l'époque que les fils des gentilshommes de bonne famille soient préparés au métier des armes.

    Bronze argenté de Louis Rochet - 1857
    (musée national des Châteaux de Versailles et Trianon)

    La conférencière nous demande : "A quoi on voit-on qu'il s'agit d'une statue du futur empereur ?"

    La main dans le gilet, évidemment !

    Elle nous apprend par contre que cette attitude était très commune à cette époque car les hommes ne possédaient pas de poche à leur pantalon... Le livre dans la main gauche atteste, lui, que dès l'enfance Napoléon lisait énormément.

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    On voit dans cette vitrine l'enfant en costume militaire à sa table de travail, plongé dans les livres. Il étudie avec soin la vie politique et les campagnes des grands capitaines de l'histoire mais aussi les chefs de guerre et les théoriciens militaires de son époque. Il s'intéresse également à la philosophie, à l'histoire et aux sciences naturelles.

    Le mobilier représenté est celui du lieutenant Bonaparte à Auxonne (années 1788-1791).

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    Brienne, c'est aussi la célèbre bataille de boules de neige dont voici une image conservée au musée de la maison Bonaparte à Ajaccio. L'exposition, elle, la présente sous la forme d'un extrait du célèbre film d'Abel Gance, Napoléon (1927).

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    Son entourage disait alors que Napoléon était très souvent harcelé par ses pairs (son français teinté d'accent corse n'aidant pas à l'intégration) mais lui ne s'en est jamais ouvert, même dans ses mémoires. Ce qui est certain, c'est que son caractère, à l'origine plutôt timide, s'est forgé à l'école de Brienne : il répond aux brimades par des réprimandes autoritaires et une assurance déconcertante.

    Le voici justement dirigeant ses soldats de l'Armée d'Italie, à cheval sur un cheval blanc évidemment, à la bataille du pont de Lodi - un tableau de Louis-François Lejeune

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    Notez que le bicorne n'est pas porté ici par Napoléon "en bataille" mais "en colonne" ! J'ai appris ce jour la différence de ces deux ports du fameux chapeau à deux cornes...

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    Napoléon a l’idée du tableau qui va commémorer une bataille. Il y a une maîtrise complète de ce qui doit être montré, c’est une des caractéristiques de l’Empire. C'est un excellent communiquant.

    De bataille en bataille, voici maintenant celle qui commémore la victoire du général Bonaparte au pont d'Arcole : on ne peut plus connu, le tableau montrant la fameuse écharpe...

    Bonaparte au pont d'Arcole par Antoine-Jean Gros (1796)

    C’est le premier portrait officiel de Bonaparte et tout est dit de ce que sera son parcours, son destin, comme si le jeune peintre avait senti face à lui, dès 1796, un personnage hors du commun.

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    Alors qu'il a bien failli y trouver la mort, le peintre représente Bonaparte triomphant de l'ennemi.

    Cela fait deux jours, en ce 27 brumaire de l’an 5, que les 19.000 hommes du Général Bonaparte piétinent devant 24.000 autrichiens. Ses lieutenants sont bloqués, Augereau devant le Pont d’Arcole et Masséna enlisé dans les marais. 

    Il faut impérativement passer le pont ! Bonaparte se saisit alors d’un drapeau tricolore, prend la tête de ses troupes et entraîne les grenadiers, qui l’accompagnent avec enthousiasme. La suite sera moins éclatante. Un feu de flanc fait rétrograder la troupe, Bonaparte tombe dans un marais. Son aide de camp, qui le couvre de son corps, est tué. C’est la confusion, mais Bonaparte, jamais à court d’idées va faire donner ses tambours à l’arrière des Autrichiens pour qu’ils se persuadent de l’arrivée imminente de renforts français. La ruse fonctionne et les Autrichiens se disloquent permettant ainsi aux Français de les anéantir. Il faudra encore quelques mois de batailles pour en libérer l’Italie mais Arcole restera dans l’imagerie populaire comme le symbole éclatant de sa conquête par les armées de la révolution.

    L’action du Général Bonaparte, il a alors 27 ans, est une grande leçon de détermination. Son courage n’est pas de la témérité. C’est l’expression d’un vrai leadership, la manifestation de son ascendant sur les hommes. Il sait que seul l’exemple lui permettra d’obtenir que ses troupes le suivent sous la mitraille de l’ennemi. Il fonce donc, tête baissée. Mais il a aussi le courage d’accepter l’échec puisque cette tentative héroïque se solde par un fiasco. C’est à ce moment qu’une résolution sans faille devient une qualité extraordinaire. Alors qu’il est passé dix fois à côté de la mort, sans même le temps de reprendre son souffle, il imagine cette ruse des tambours pour relancer l’offensive.

    Quand on parle du loup..., voici l'originale dans une vitrine, portée par Bonaparte pendant la campagne d'Egypte.

    Notre conférencière nous a expliqué qu'elle était en laine et cachemire mais que la laine était non seulement un isolant contre le froid mais également contre la chaleur.

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    La Campagne d'Italie terminée, Bonaparte se lance en effet dans la Campagne d'Egypte. On le voit ici, toujours sur son cheval blanc, diriger une armée française en ordre de bataille face à des mamelouks complètement désorganisés.

    Tableau panoramique de la Campagne d'Egypte par Louis-François Lejeune (1806)

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    Voici l'harnachement des dromadaires pendant la bataille

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    Car il s'agissait bien de dromadaires, pour preuve celui-ci plus vrai que nature, qui ont permis aux soldats de remporter la victoire, les chevaux ne supportant pas le climat. Au passage, le bicorne porté par le soldat porte le traditionnel plumet tricolore : il est porté ici "en bataille".

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    Evidemment, l'art a commencé à s'inspirer de l'Orient, en témoignent ces deux candélabres en forme de scribe accroupi (là, j'ai un doute sur la forme mais je n'ai pas trouvé mieux !)

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    L'exposition présente également une reproduction de la pierre de Rosette qui permettra à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes. L'original est au British Museum.

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    Ce fragment d’une stèle en granodiorite mesurant un peu plus d’1 mètre de haut, est découvert en 1799 près de la ville de Rosette dans le delta au nord de l’Égypte, à l’occasion de travaux. Son intérêt scientifique est immédiatement pressenti. Elle présente en effet, sur 3 registres, un même texte en égyptien et en grec, en 3 écritures différentes : le grec ancien qui seul peut être lu, le démotique et les hiéroglyphes. Le texte en grec est traduit. Il s’agit d’un décret du roi Ptolémée V, promulgué en 196 avant J.-C. L’inscription en démotique est rapidement identifiée comme une écriture dérivée des hiéroglyphes. Bonaparte annonce l’arrivée de la pierre de Rosette à Paris, plaçant ainsi l’événement au premier plan des résultats de son aventure égyptienne. Lors de la capitulation face aux anglais, la stèle est confisquée au même titre que les objets volumineux mis au jour par les Français et emportée en Angleterre pour être exposée au British Museum. Malgré les découvertes de l’anglais Young, c’est le français Jean-François Champollion qui, travaillant sur de simples relevés et n’ayant jamais vu la pierre originale, parvient à comprendre le système de l’écriture hiéroglyphique et la déchiffre dès 1821.

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    Napoléon a pris du galon : le voici ici en costume de Premier Consul. Remarquez que le visage est le même que celui du pont d'Arcole : Napoléon n'aimait pas poser...

    Napoléon porte ici l'épée du joailler Marie-Etienne Nitot qui sera le fondateur de la maison Chaumet, sertie du diamant "Le Régent" qu'il arborera à diverses occasions dont la cérémonie du sacre. Les documents qu'il désigne de sa main représentent les différents traités de paix qu'il a signés.

    Un tableau d'Antoine-Jean Gros (1802) 

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    Raphaëlle Frémont nous montre ensuite un panneau consacré à la modernisation de Paris.

    Napoléon accorde une grande importance à la capitale de la France, ordonnant la création de 8 marchés couverts, de 15 fontaines, de 3 ponts et du canal de l'Ourcq. Il fait également déplacer des cimetières et percer de  nouvelles rues. Plusieurs kilomètres de quais et des dizaines de kilomètres d'égouts sont aménagés. Les rues sont numérotées, l'éclairage public est amélioré. Les véhicules sont contraints de conduire à droite de la chaussée et les habitants de balayer devant leurs portes. Paris se couvre de monuments à la gloire de l'Empire.

    Saviez-vous que ce n'est que sous Napoléon que les habitants de Paris ont eu de l'eau courante au robinet ? Auparavant, il fallait aller à la fontaine.

    Napoléon entreprend également la modernisation de la France avec la création du Code Civil qui est encore aujourd'hui une référence : les règles juridiques de l'Ancien régime furent entièrement modifiées par l'institution de nouvelles lois.

    "Ma vraie gloire, ce n'est pas d'avoir gagné quarante batailles ; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n'effacera, ce qui vivra éternellement, c'est mon Code Civil." Napoléon à Saint-Hélène

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     Il crée aussi les départements qui remplacent les anciennes régions. Il nomme à la tête de chaque département un représentant de l'Etat, le préfet : celui-ci est chargé de l'administration et de faire appliquer les lois.

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    En 1800, il crée la Banque de France pour financer le commerce. En 1803, le franc germinal est créé et la Monnaie frappe de nouvelles pièces en or de 20 et 40 francs qui circulent en même temps que les billets de la Banque de France. Pour commémorer les grands événements de son règne, Napoléon fait frapper des médailles en or, en argent ou en bronze qu'il offre à ceux qu'il veut récompenser. La Banque de France conserve sa collection personnelle dont une partie est exposée dans cette vitrine.

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    Le jeton de présence octogonal de la Banque de France représente la Sagesse incarnée par Minerve qui retient la Fortune.

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    Napoléon crée aussi l'ordre de la Légion d'Honneur. Après les déchirures de la Révolution, cette décoration doit rassembler les français autour de valeurs et de talents comme le courage, l'inventivité au service des citoyens, l'art.

    Voici le Grand collier de la Légion d'Honneur du Maréchal Louis-Alexandre Berthier, vous savez le Maréchal des boulevards extérieurs...

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    Napoléon entreprend aussi de mettre un terme aux dissensions au sein de l'Eglise en signant avec le pape un Concordat qui précède la réorganisation de l'Eglise catholique en 1802.

    Allégorie de Bonaparte rendant la Religion à la France - anonyme - vers 1802

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    Bonaparte, Premier Consul, franchissant le Grand-Saint-Bernard le 20 mai 1800. Ce tableau de David fait l'affiche de l'exposition car c'est le tableau le plus emblématique de Bonaparte, chef de guerre "calme sur un cheval fougueux".

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    Dans le bas du tableau, le peintre a pris soin d'écrire à côté du nom de Bonaparte d'autres noms de grands chefs de guerre tels qu'Annibal ou Karolus-Magnus...

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    Mais le point faible des réformes de Napoléon est le rétablissement de l'esclavage dans toutes les colonies, aboli pendant la Révolution. Il faudra attendre Victor Schoelcher et 1848 pour qu'il soit définitivement aboli.

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    Nous voici arrivés en 1804 : c'est le 18 mai que Napoléon devient Empereur et Joséphine Impératrice. Un tableau archi connu de David l'a immortalisé (peint entre 1805 et 1807). Celui-ci est présenté au public sous la forme d'une projection mise en lumière détail après détail. 

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    La conférencière nous montre Napoléon en train de couronner Joséphine. Celle-ci porte un lourd manteau de velours pourpre semé d'abeilles et doublé d'hermine.

    Une anecdote : les sœurs de Napoléon, à gauche sur le tableau, étaient censées aider la future Impératrice à porter ce manteau en en tenant l'extrémité mais, comme elles n'appréciaient pas leur belle-sœur, elles ne l'ont pas fait !

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    Raphaëlle Frémont nous entraîne ensuite dans la salle où ont été réunis les insignes de l'Empire.

    Comme ce tapis décoré d'un grand N et brodé d'abeilles (symbole d'immortalité et de résurrection).

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    et bien sûr, le trône

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    Et voici l'épée du sacre avec le fameux diamant : Le Régent ! Elle a été prêtée par le Musée Napoléon du Château de Fontainebleau mais le véritable diamant est, lui, conservé au Musée du Louvre.

    A l'origine, il est acheté par Philippe, duc d'Orléans et régent de France, d'où son nom. Louis XV, Louis XVI, Marie-Antoinette le porteront. En 1792, il est volé mais est retrouvé l'année suivante. En 1797, il est mis en gage par le gouvernement pour financer la campagne d'Italie mais Bonaparte le rachètera quand il sera Premier Consul. Et son histoire est loin d'être terminée...

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    Voici un joli portrait de Joséphine, Impératrice des français, en costume de sacre (atelier de François Gérard - 1808)

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    Voilà à quoi pouvait ressembler le style Empire

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    En haut du vase de Sèvres, les médaillons de Napoléon et de Joséphine et au centre une fresque militaire encadrée par deux têtes casquées...

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    Service particulier de l'Empereur en porcelaine de Sèvres (Jean-François Robert)

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    Assiette "l'Autruche. Village de Nagadi dans le désert" (Jean-François Robert)

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    Assiette "La Manufacture de Sèvres" (Jean-François Robert)

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    Vitrine montrant un nécessaire à pique-nique et des tabatières

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    Bien évidemment, le pique-nique se faisait avec une voiture à cheval et non à pied... La lourdeur du "petit nécessaire" ne posait pas problème !

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    Cabaret des chasses impériales : un très élégant service à café (décor de Jean-François Robert)

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    Alors que peu de textiles nous sont parvenus de la fabuleuse journée du sacre de Napoléon, cette robe et cette traîne sont des témoins de la splendeur des costumes réalisés pour l'événement. Elles sont réalisées pour Claudine Elisabeth Bérenger (1773-1828), épouse du conseiller d'Etat Jean Bérenger (1767-1850).

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    Et voici la berline dite "La Victoire" dans laquelle Napoléon et Joséphine en 1804, puis Napoléon et Marie-Louise en 1810, ont pris place pour descendre les Champs-Elysées sous les vivats d'une foule en liesse.

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    Le sacre de Napoléon et de Marie-Louise : cette fois-ci, les sœurs tiennent la traîne...

    Une peinture de Georges Rouet (1810)

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    Un an après son mariage avec Napoléon, Marie-Louise lui donne un fils. La tête de l'enfant n'est pas celle d'un bébé mais se doit de bien ressembler à son géniteur !

    Le portrait a été peint par une élève de David, François Gérard.

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    L'impérial berceau est en loupe d'orme.

    De forme arrondie à chaque extrémité, il repose sur des pieds en X. La nacelle présente, dans ses parties haute et basse, des fleurettes et des rosaces en bronze doré finement ciselé.

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

    Au dessus, une Victoire ailée, planant sur le monde, tient une double couronne d'étoiles et de lauriers d'où tombent les rideaux.

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

    Et voici la belle Marie Walewska dont Napoléon va tomber amoureux (avant de connaître Marie-Louise) et qui lui donnera, elle aussi, un enfant, Alexande Colonna Walewski. Portrait exécuté en 1812 par Françoise Gérard. 

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

    Notre conférencière poursuit la visite en nous faisant découvrir l'aspect militaire de l'exposition.

    Voici sa tenue de campagne : Napoléon se veut proche de ses soldats, il s'habille d'une simple redingote grise et du si célèbre chapeau en forme de bicorne.

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

    Est également présentée dans l'exposition sa tente de campagne dans laquelle a été installé son lit de camp (à triple matelas), pliable : Raphaëlle Frémont nous a dit que c'était l'ancêtre du lit-parapluie de nos chers petits ! L'invention en a été faite en 1801 par le serrurier Desouches.

    "Mon intention est que ma tente soit toujours contenue dans un seul fourgon. C'est en cela que consiste l'art du Garde-Meuble. Dépensez le double s'il le faut, mais faites une chose commode, forte et légère."

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

    Qui dit Campagne dit bataille : voici la bataille d'Eylau (en Russie) où Napoléon perdit tant d'hommes (dix-mille tués ou blessés parmi les français) dans des conditions climatiques extrêmes. Napoléon, très affecté par les pertes subies, et contrairement à sa stratégie habituelle, restera huit jours sur le champ de batille pour superviser les secours aux blessés.

    Au lendemain de la bataille, il décide d'organiser un concours de peinture pour représenter cet événement particulièrement meurtrier. L'esquisse de Charles Meynier montre Napoléon entouré de ses officiers visitant le champ de bataille. Il donne l'ordre au chirurgien Larrey, représenté à gauche tenant le bras d'un blessé, de s'occuper des russes abandonnés par les leurs.

    Ceci rend Napoléon un peu plus humain : on le traite si souvent de "boucher"...

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    Etendards et drapeaux 

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

    Et voici l'ennemi numéro un de Napoléon, l'amiral Nelson (1758-1805)

    Il s'illustre pendant les guerres napoléoniennes par sa vision novatrice des combats sur mer. Contrairement aux amiraux français, il privilégie la manœuvre et le mouvement. A deux reprises, la flotte française est détruite à la bataille d'Aboukir (1798) puis à celle de Trafalgar (1805). Ces deux victoires assurent à la Grande-Bretagne sa suprématie sur les mers.

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

     

    La famille de Napoléon : vous savez que ce dernier a "placé" toute sa famille aux plus hauts postes dans toute l'Europe : son frère Joseph roi de Naples puis roi d'Espagne (où il est impopulaire car étranger), sa sœur Elisa grande duchesse de Toscane, son frère Louis roi de Hollande (la conférencière nous dit que pour se faire accepter de ses sujets, il apprit même le néerlandais !), sa belle-sœur Hortense de Beauharnais reine de Hollande etc...

     

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    Le début de la fin : la bataille de la Bérézina

     

    Lorsque débute la Campagne de Russie en 1812, Napoléon dispose de la plus puissante armée jamais rassemblée en Europe. L'armée russe bat en retraite et applique une stratégie de repli défensif et de terre brûlée qui entraîne la Grande Armée de Napoléon jusqu'à Moscou après avoir livré la sanglante bataille de la Moscowa. A l'approche de l'hiver, Napoléon se résigne à quitter la ville. La Grande Armée, harcelée par les russes, affaiblie par le froid, les maladies et les privations, échappe de peu à l'anéantissement. Forte de 440.000 hommes venus de toute l'Europe en juin 1812, renforcée par plus de 120.000 hommes pendant la Campagne, la Grande Armée n'en compte plus que quelques dizaines de milliers en état de combattre en décembre.

     

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

     

    C'est Louis XVIII qui succédera à Napoléon en 1814 : le voici ici en costume de sacre

     

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

     

    Après son abdication et son exil sur l'île d'Elbe, Napoléon tente un retour en France.

    Retour de l'Ile d'Elbe par Ambroise Louis Garneray (1837)

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

     

    Voici un prêt de l'Elysée : il s'agit de la table sur laquelle Napoléon signa, à l'Elysée, son abdication après les "Cent jours".

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

     

    Après la défaite de Waterloo en juin 1815, Napoléon est exilé par les anglais à Sainte-Hélène.

    Le voici dictant ses mémoires au général Gourgaud (lithographie de Zéphirin Belliard -19ème siècle)

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

    Masques mortuaires de Napoléon

    Il existe de nombreux masques mortuaires de Napoléon. Celui-ci, qui est le masque officiel de l'Empereur, aurait été moulé par Antommarchi et/ou Burton à Sainte-Hélène le 7 mai 1821. Il a été présenté au public en 1833.

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

     

    L'exposition se clôt sur cette sculpture de Napoléon à Saint-Hélène, assis dans un fauteuil, le poing crispé sur une carte de l'Europe, conquise par ses armées. Achetée par Napoléon III en 1867, l'œuvre appartient pleinement à la légende, par cette vision tout à fait idéalisée de l'Empereur en réalité très malade et méconnaissable au moment de sa mort (Napoléon est décédé d'un cancer de l'estomac en phase terminale).

     

    Visite guidée de l'exposition "Napoléon" à la Grande Halle de La Villette

     

    Un subtil jeu de glaces le fait apparaître à l'infini...

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    J'ai beaucoup aimé écouter Raphaëlle Frémont qui a su donner vie à ce personnage qui pourrait paraître tellement inaccessible...


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  • Le dé-confinement se profilant, le château de Versailles en profite pour présenter sa prochaine exposition qui sera consacrée à un grand peintre français du début du XVIIIème siècle, Hyacinthe Rigaud (1659-1743).

    La revue Beaux-Arts à laquelle je suis abonnée, en fait le portrait grâce à une vidéo mise en ligne sur Vimeo et une présentation de Malo Delarue.

    Lorsque le peintre originaire de Perpignan arrive à Paris en 1681, l’art du portrait est un genre qui attire déjà plusieurs grands artistes ; Hyacinthe Rigaud va le révolutionner. Rigaud a la réputation d’être un excellent physionomiste. Les décors et les costumes dans lesquels il peint ses modèles racontent leur identité et leur fonction : architectes, militaires, puissants… Surtout, il insuffle du mouvement dans chaque composition grâce à des postures dynamiques et des couleurs vives. Hyacinthe Rigaud se nourrit de tous les genres (paysages, peintures de batailles, natures mortes) pour donner à ses portraits une ampleur inédite, dans les arrière-plans, les accessoires et les décors.

    La vidéo ne fait que quelques minutes mais incite à en connaître d'avantage en se rendant sur place : peut-être une sortie pour le mois de juin ?

     

    Organisée selon un parti à la fois chronologique et thématique, l’exposition s’attachera à décrire la carrière de Hyacinthe Rigaud, de ses débuts en Catalogne jusqu'à sa consécration à Paris. Les autoportraits peints par l’artiste tout au long de sa vie seront particulièrement mis en valeur. Une section entière, spectaculaire, sera consacrée aux portraits de Louis XIV.

    Qui ne connaît pas ce portrait, en pied, du Roi-Soleil ? Le roi est alors âgé de 63 ans.

    Bientôt une nouvelle exposition au château de Versailles...

    Dans une autre partie, il sera proposé au visiteur de découvrir le processus de création des portraits, du choix de leurs formats à leur diffusion par la gravure auprès du plus grand nombre, en passant par la création de dessins et la présentation d'esquisses aux modèles. Les portraits exposés reflèteront toute la diversité de la clientèle de Rigaud, française et étrangère. Une belle place sera aussi faite à sa sensibilité pour la sculpture : en 1695, son dernier séjour en Catalogne est motivé par le désir de fixer les traits de sa mère, Mme Rigaud née Marie Serre, et de les faire traduire en marbre par le sculpteur Antoine Coysevox. 

     L’exposition Hyacinthe Rigaud (1659-1743) ou le portrait Soleil sera l’occasion de souligner l’exceptionnelle richesse des collections du château de Versailles, sans équivalent dans le monde, pour les portraits français des XVIIe et XVIIIsiècles. Longtemps dédaigné par l’histoire de l’art, ce genre est aujourd’hui mieux connu. Peintres moins proches de la Cour, François de Troy et Nicolas de Largillière ont déjà fait l’objet d’expositions monographiques : celle consacrée à Hyacinthe Rigaud ne pouvait se tenir qu’au château de Versailles tant son portrait de Louis XIV constitue aujourd’hui l’emblème du Grand Siècle.

    L'exposition se tiendra à Versailles de la réouverture (date non communiquée à ce jour) jusqu'au 13 juin 2021. 


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  • La semaine dernière, je suis allée avec ma sœur (elle était en manque de sorties culturelles et accusait le coup...) suivre une visite guidée proposée par le site "Sous les pavés". Celle-ci était conduite par Delphine Lanvin que j'avais déjà eue comme guide pour une visite du quartier de Montparnasse et que j'avais bien appréciée. Cette fois-ci encore, grâce à une foule d'anecdotes toutes plus croustillantes les unes que les autres, elle a su rendre son récit tellement vivant que nous n'avons pas vu passer les 2h30 de visite qu'a duré la promenade.

    L'intitulé de la visite était "Les couples célèbres des îles Saint-Louis et de la Cité" et nous nous sommes retrouvées (avec trois autres personnes inscrites à la visite, respectant ainsi la loi...) devant les grilles du Palais de Justice, résidence des rois de France du Xème au XIVème siècles.

    On aperçoit ici, derrière les imposantes grilles dorées à l'or fin qui donnent sur le boulevard Saint-Michel, la flèche de la Sainte-Chapelle, édifiée à partir de 1242 à la demande de Louis IX (Saint Louis) pour abriter les reliques du Christ rapportées des croisades.

    Visite guidée au centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

    Notre guide nous parle, devant ce lieu chargé d'histoire, de Louis IX et de sa femme, Marguerite de Provence. Fils de Blanche de Castille, Saint-Louis, comme on ne tardera pas à l'appeler, reçoit de sa mère une éducation très stricte et très pieuse. Marié à Marguerite de Bourgogne pour raison d'état (cette union a été concoctée par sa mère, qui est «restée aux affaires» après la majorité de Louis et souhaite ainsi étendre l’autorité royale sur le sud de la France.), il n'en est pas moins très amoureux de sa femme : une chance pour le jeune couple...

    Lors de son mariage, le roi a 20 ans et Marguerite seulement 13 ans. Selon Guillaume de Saint-Pathus, confesseur et confident de la reine, Louis ne consomme pas son mariage pendant la nuit de noces mais il passe ses trois premières nuits de jeune marié à prier, respectant les « nuits de Tobie » recommandées par l'Église.

    Mariage de Louis IX avec Marguerite de Provence (Vie et miracles de St-Louis - Guillaume de St-Pathus - 1330-1340)

    Visite guidée au centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

    Cultivée, spirituelle et enjouée, Marguerite est à l’opposé de son austère belle-mère, Blanche de Castille. Elle est très proche du roi qui partage sa couche avec plaisir et doit se cacher de sa mère quelque peu abusive pour passer de doux moments avec elle, nous raconte notre guide.

    En août 1248, Louis IX part pour la septième croisade en compagnie de sa jeune femme et d'une grande partie de ses proches, laissant les rênes du Royaume à sa mère, Blanche de Castille. Ils seront ainsi absents du royaume de France pendant six ans.

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    Nous nous arrêtons au passage devant la plus ancienne horloge publique de France qui a été offerte aux parisiens par Charles V en 1371. A la révolution française, l’horloge a été considérablement endommagée. Le cadran a été reconstruit en 1849 et la dernière restauration date de 2012.

    Visite guidée au centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

     Sur un fond de manteau royal bleu azur fleurdelisé, on remarque dans la partie haute deux angelots qui tiennent un bouclier portant deux blasons : l'un de la Couronne de France et l'autre de celle de la Pologne (Henri III était souverain de ces deux états). 

    Nous prenons ensuite le Pont au Change pour avoir une vue d'ensemble sur la Conciergerie : le Palais royal de la Cité a été converti en prison d'Etat en 1370. La Conciergerie occupait le rez-de-chaussée du bâtiment bordant le quai de l’Horloge et les deux tours jumelles ; l’étage supérieur était réservé au Parlement. Les locaux abritaient jusqu'à récemment l'ensemble des différentes cours du Palais de Justice jusqu'au déménagement du Tribunal de Grande Instance aux Batignolles.

    Visite guidée au centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

    A gauche, la Tour de l'Horloge, puis deux tours jumelles - la Tour d'Argent et la Tour César - et enfin la Tour Bon-Bec qui est crénelée. 

    Visite guidée dans le centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

    Avant de quitter la Conciergerie, Delphine Lanvin nous raconte une histoire incroyable, celle du Tribunal de l'Impuissance : nous faisons ainsi un bond dans l'histoire pour nous reporter au XVIIème siècle. A cette époque, les mariages étaient encore très souvent des mariages arrangés qui permettaient d'obtenir fortune ou titres de noblesse.

    C'est ainsi qu'un certain René de Cordouan, alias marquis de Langey, dut épouser une jeune aristocrate dont il n'était pas épris, son cœur étant déjà engagé ailleurs... Fidèle à son amante, le marquis refusa d'honorer sa femme, tant et si bien que des années après le mariage nulle descendance ne s'annonçait. La marquise, blessée dans son orgueil, porta l’affaire devant les prélats et obtint la création d’un Congrès le 8 février 1659 destiné à juger les capacités maritales de son mari (le manquement au devoir conjugal était en effet sévèrement puni par l'église : il pouvait vous en coûter un divorce et des dommages et intérêts très très salés...).

    Le Congrès de 1659 aboutit à la création du Tribunal de l'Impuissance : il s'agissait d'une assemblée de médecins, d'hommes de droit, d'Eglise et de matrones, devant laquelle l’homme devait faire acte de chair en public ("Dresser, entrer, mouiller") ! Le résultat de la copulation était vérifié au doigt et à l’œil, selon la formule juridique en vigueur.

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    Le pauvre marquis passa ainsi son test conjugal et, l'examen n'ayant pas été concluant, humilié, il perdit le divorce, quelques-uns de ses biens et se vit interdire le mariage jusqu’à la mort de son ex-épouse. Comble de l’histoire, quelques années plus tard, le marquis de Langey rencontra une autre femme avec qui il eut six enfants, prouvant à qui voulait bien le croire qu’il était normalement constitué. Le scandale lié à l’erreur judiciaire du tribunal fut tel qu’il aboutit à un arrêt du 18 février 1677 du parlement de Paris qui supprima la réunion du Congrès et démontra l’impuissance de cette procédure. Dès lors et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, un simple examen de l’appareil génital suffisait à prouver sa bonne foi.

    Ouf !

    Nous passons ensuite devant le Tribunal de Commerce où notre guide nous raconte encore une autre histoire mais..., je l'ai oubliée !

    Visite guidée dans le centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

    Puis, c'est le marché aux fleurs. Bien que nous soyons aujourd'hui dimanche, pas de vente d'oiseaux : un décret de février 2021 en a désormais interdit le commerce.

    Visite guidée dans le centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

    Visite guidée dans le centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

     Delphine Lanvin nous fait ensuite passer le long de l'Hôtel-Dieu et nous signale qu'il s'étendait autrefois beaucoup plus près de la Seine.

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    Et voici les tours de Notre-Dame qui ont miraculeusement échappé à l'incendie du 15 avril 2019.

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    C'est l'histoire des mariages qui se sont passés dans la Cathédrale que nous conte maintenant notre guide, à commencer par celui de Marie Stuart avec François II, le fils aîné de Henri II et de Catherine de Médicis, qui eut lieu le 24 avril 1558.

    François II et Marie Stuart - Livre d'Heures de Catherine de Médicis

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    "Plusieurs observateurs notèrent une grande différence dans le physique des deux époux, considérant parfois que cela conférait un côté « grotesque » à la cérémonie. En effet, Marie fit forte impression aux côtés de François, de santé fragile et de stature plus légère que son épouse, dont la tenue était particulièrement riche :

    « [Sa] robe blanche était couverte de bijoux et décorée avec des broderies blanches, tandis que sa longue traîne de velours gris était tenue par deux jeunes filles. À son cou se trouvait un pendant étincelant orné de bijoux, un cadeau de son beau-père, et sur sa tête une couronne en or spécialement commissionnée, émaillée de rubis, saphirs et perles ; la rumeur disait que la pierre imposante au centre avait coûté la somme énorme de plus d'un demi-million de couronnes. »

    Après la cérémonie, la procession traversa les rues de Paris jusqu'au Palais de Justice, où eut lieu un grand banquet."

     Il y eut aussi le 18 août 1572, le mariage d'Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, sœur catholique du roi de France. Ce mariage était considéré comme un geste fort de réconciliation entre catholiques et protestants. Henri IV, protestant, ne pouvant entrer dans l’église pour participer à la messe de mariage, recevra donc la bénédiction sur le parvis. Il finira par abjurer le 25 juillet 1593 et sera sacré à Chartres le 27 février 1594 (et non à Reims, la ville habituelle du sacre, encore aux mains des ligueurs).

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    Enfin, Napoléon Ier organisa lui-même la cérémonie de son couronnement à Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804. Celle-ci, célébrée par le Pape Pie VII, dura près de cinq heures. Le peintre Jacques-Louis David immortalisa l'événement (entre 1805 et 1807) dans un tableau resté célèbre où l'on voit l'empereur couronner lui-même son épouse, Joséphine de Beauharnais.

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    Chemin faisant, nous arrivons à la rue Chanoinesse.

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    La série des petites maisons pourvues de lucarnes est un vestige du passé clérical du quartier : de nombreux chanoines, membres du clergé attachés au service de la Cathédrale Notre-Dame, y logeaient en effet autrefois.

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    Jolie glycine...

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    Ayant emprunté la rue de la Colombe, notre guide nous montre une plaque attestant de la présence ici autrefois d'une enceinte gallo-romaine.

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    Son emplacement est matérialisé au sol par un pavage différent.

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    Au bout de la rue, une colombe sur le mur indique ici l'emplacement d'un ancien cabaret "Le cabaret de la Colombe" qui vit débuter 200 artistes dont Guy Béart, Anne Sylvestre, Jean Ferrat ou encore Georges Moustaki.

    Nostalgie, nostalgie...

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    La maison, datée du XIIIème siècle, sur laquelle a été sculptée une colombe (au-dessus de la porte d'entrée au N°4) abrite actuellement un bar à vins.

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    Dans la rue des Ursins voisine, au N° 17 une maison a retenu toute notre attention : elle est habitée par des membres du clergé comme l'attestent les interphones situés devant la grille qui en ferme l'entrée.

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    On y remarque sous les fenêtres une frise dorée sur fond bleu qui porte les initiales ND pour Notre-Dame.

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    Jusqu’au XVIIIe siècle, de très nombreux édifices religieux aujourd’hui disparus ont peuplé l’île de la Cité. On connaît très peu de choses de ces églises si ce n’est la simple preuve de leur existence. Actuellement, la Chapelle Saint-Aignan représente le seul vestige des 23 églises et chapelles que comportait la Cité au XIIème siècle. Fondée vers 1116 par Etienne de Garlande, doyen de Saint-Aignan d'Orléans et chancelier du roi Louis VI le gros, deux chanoines la desservaient. On dit que saint Bernard y venait prier, ainsi qu’Abélard.

    Elle est bien difficile d’accès ! Il faut se rendre entre la rue des Ursins et la rue Chanoinesse, au fond de la cour du 24 pour admirer ce qu’il reste de ce seul témoin de l’architecture romane.

    La chapelle comportait trois travées, une pour le chœur et deux pour la nef, soit à peu près 10 m x 5. Le chœur a disparu, restent une travée et demie avec l'une des portes d'entrée.

    C'est un pur hasard si nous avons pu la visiter car la chapelle Saint-Aignan est située au fond d'une cour (un prêtre, arrivant justement en moto pour s'y garer, nous y a gentiment donné accès).

    C'aurait été dommage de rater ça !

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    Chapiteau mur nord

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    Chapiteau mur sud, vu du nord-est

    CVisite guidée dans le centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis 

    Vierge du XVème siècle 

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    Dans la sacristie, un plan de l'île de la Cité permet de voir la situation de la chapelle (point rouge). Delphine Lanvin nous montre aussi jusqu'où s'étendait l'ancien Hôtel-Dieu.

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    Nous voici maintenant arrivé près du Quai aux Fleurs au niveau de la rue des Ursins.

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    Il paraît que c'est dans cette maison qu'habite par intermittence l'Aga-khan IV.

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    Même si les fenêtres du rez-de-chaussée sont à meneaux et accolades, il semble que ce soit plutôt une reconstitution plus ou moins récente.

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    Lors de la crue de la Seine de 1910, la rue a été submergée par plus de 1,5 m d'eau, comme le montre la plaque apposée sur le mur.

    Visite guidée dans le centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

    C'est ici qu'habitèrent autrefois Héloïse et Abélard, au N°9 du Quai aux Fleurs.

    Maintes fois contée, l’histoire d’Héloïse et d’Abélard a élevé ses acteurs au rang de personnages mythiques. Ces Roméo et Juliette parisiens se connurent dans l’île de la Cité.

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    Nantais d’origine, Abélard gagna Paris en 1100 pour y suivre l’enseignement de Guillaume de Champeaux. Devenu lui-même professeur de renom, il accéda bien volontiers à la requête d’un chanoine de Notre-Dame, Fulbert, lui demandant de donner quelques leçons à sa nièce, Héloïse.

    La jeune fille était alors âgée de 18 ans alors qu’Abélard en avait 39, mais cela n’empêcha pas l’élève et son professeur de tomber éperdument amoureux l’un de l’autre. Redoutant la fureur du chanoine, les amants s’enfuirent en Bretagne, où Héloïse donna naissance à un fils, puis ils revinrent à Paris.

    Fulbert préparait sa vengeance. Des hommes de main envoyés par lui s’emparèrent d’Abélard et le châtrèrent. Désormais Abélard se consacra à des activités purement spirituelles. Il devint moine et fonda l’oratoire du Paraclet. Héloïse prit le voile à Argenteuil.

    Lorsque Abélard s’éteignit en avril 1142, à Chalon-sur-Saône, au couvent de Saint-Marcel, Héloïse fit transporter secrètement sa dépouille au Paraclet. Elle-même disparaîtra vingt-deux ans plus tard et rejoindra Abélard dans son cercueil. Le scandale traversa les siècles puisqu’en 1630, une abbesse s’avisa de trier soigneusement puis de séparer les ossements des amants. Ils sont aujourd’hui ensemble au cimetière du Père-Lachaise.

    Les deux portes donnant accès à l'immeuble sont surmontées d'un médaillon représentant, l'un Héloïse et l'autre Abélard.

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    Leurs visages ne sont que pures suppositions... Ici, celui d'Héloïse,

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    et là, celui d'Abélard.

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    De même, ces deux petits macarons qui ornent les grilles en fer forgé de la porte.

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    Depuis le Quai aux Fleurs, on a une jolie vue sur la pointe de l'île Saint-Louis.

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    Un dernier regard sur Notre-Dame, toute encapuchonnée d'échafaudages...

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    Le Pont Saint-Louis fait communiquer les deux îles entre elles.

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    Nous empruntons la rue Saint-Louis en l'île (rue principale de l'île) puis la rue Le Regrattier portant le nom de celui qui fut chargé du lotissement de l'île-Notre-Dame, aujourd'hui devenue île Saint-Louis.

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    La rue Le Regrattier portait vers 1710 le nom de "rue de la Femme-sans-Teste" : on en aperçoit ici encore la gravure dans la pierre, sous la statue décapitée.

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    En réalité, la statue ne représentait pas une femme sans tête : il s'agissait d'une statue de Saint-Nicolas, patron d'un certain Nicolas de Jassaud et aussi de la confrérie des mariniers, qui habitait un hôtel particulier situé dans cette rue. A l'époque de la Révolution, la statue a été vandalisée par un sans-culotte appelé Couffignal qui exigea qu'on détruise la statue qui représentait un signe religieux.

    L’ancien nom de la rue vient d’une enseigne, située dans la rue, représentant une femme sans tête, tenant un verre à la main, avec comme devise : « Tout est bon », sous-entendant, qu’une femme sans tête ne pouvait être qu’une très bonne femme...

    Pour la petite histoire, c'est au N°6 de la même rue que Baudelaire habita chez une certaine Jeanne Duval, célèbre "Vénus noire" immortalisée par Edouard Manet.

    Jeanne Duval par Edouard Manet, 1862

    Nous parvenons Quai de Bourbon où, au N°19, se tient l'hôtel particulier où habita et travailla Camille Claudel avant son enfermement.

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    Bâti en 1635, il fait face à la Seine.

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    Une plaque, apposée au rez-de-chaussée, le rappelle.

    Visite guidée dans le centre de Paris : les couples célèbres de l'île de la Cité et de l'île Saint-Louis

    Camille Claudel (photographie prise vers 1883) a été l'élève, l'assistante, la maitresse et la muse d'Auguste Rodin.

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    La passion amoureuse que Camille eut pour le maître sera toutefois contrariée par l'attachement que Rodin avait pour celle avec laquelle il partageait sa vie, Rose Beuret. Camille fera un bronze intitulé "L'âge mur" qui représente Rodin (d'âge mûr) tiraillé entre Rose (représentée comme une sorte de vieille sorcière) et Camille (représentant la jeunesse) qui le supplie de l'aimer.

    Une œuvre très forte que l'on peut aller admirer au Musée Rodin (sous forme de plâtre) ou au Musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine (sous forme de bronze).

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    La balade se termine au N°17 du Quai d'Anjou où se trouve un superbe hôtel particulier construit entre 1657 et 1658 par l'architecte français Charles Chamois. Il fut acheté et habité en 1682 par le duc de Lauzun.

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    Son balcon en fer forgé est particulièrement remarquable.

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    Antoine Nompar de Caumont, marquis de Péguilhem, puis duc de Lauzun, eut une destinée singulière : Cadet de Gascogne, sans biens, sans véritable esprit, sans talents supérieurs, il fut pourtant adulé par les femmes. Il fit de nombreuses conquêtes, dont une en particulier, Anne-Marie Louise d'Orléans, petite-fille d'Henri IV. La Grande Mademoiselle, comme on l'appelait alors, n'a pas hésité à tenir tête à son père et au Roi Soleil au sujet des mariages qu'ils voulaient lui imposer ou de sa colossale fortune qu'elle tenait à gérer depuis sa majorité, devenant une redoutable femme d'affaires. Louis XIV, son cousin germain, refusa tout d'abord cette union sous la pression de la cour et de Madame de Montespan.

    Madame de Sévigné a écrit au sujet de ce mariage qui faisait parler le "tout Versailles", une lettre adressée à son amie intime, Madame de Coulanges.

    "Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie : enfin une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans les siècles passés, encore cet exemple n'est-il pas juste ; une chose que l'on ne peut pas croire à Paris (comment la pourrait-on croire à Lyon ?) ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d'Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la : je vous le donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien il faut donc vous la dire : M de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Mme de Coulanges dit : " Voilà qui est bien difficile à deviner ; c'est Mme de la Vallière. - Point du tout, Madame. C'est donc Mlle de Retz ? -. Point du tout, vous êtes bien provinciale. - Vraiment, nous sommes bien bêtes, dites-vous, c'est Mlle Colbert. - Encore moins. - C'est assurément Mlle de Créquy. - Vous n'y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire : il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du Roi, Mademoiselle de..., Mademoiselle.... devinez le nom : il épouse Mademoiselle, ma foi par ma foi, ma foi jurée, Mademoiselle, la grande Mademoiselle ; Mademoiselle, fille de feu Monsieur ; Mademoiselle, petite-fille de Henri IV ; Mlle d'Eu, Mlle de Dombes, Mlle de Montpensier, Mlle d'Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du Roi ; Mademoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur."

    "Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dîtes que nous avons menti, que cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures : nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous."

    Elle est dite ici par Gisèle Casadesus.

    Peu après le mariage, le 25 novembre 1671, Lauzun est arrêté dans sa chambre du château de Saint-Germain sur ordre du roi. Il est alors conduit et emprisonné par d'Artagnan - escorté de cent mousquetaires - dans la forteresse de Pignerol. Il y retrouve Fouquet, "locataire" du lieu depuis dix ans. Mademoiselle est inconsolable.

    Les historiens ne sont pas certains des raisons de son arrestation : soit parce qu’il avait épousé secrètement Mademoiselle de Montpensier (la Grande Mademoiselle), soit sur l’intervention de Madame de Montespan sur qui il avait tenu des propos outrageants. Un autre historien, Jean-Christian Petifils avance une autre raison possible (mais pas incompatible avec celles déjà énoncées) : il aurait (par vengeance ?) renseigné les Hollandais sur les velléités de guerre de Louis XIV en Flandres.

     Il demeure à Pignerol jusqu’en 1681, date à laquelle Mademoiselle de Montpensier obtient sa libération contre la promesse de céder au duc du Maine, bâtard légitimé de Louis XIV, le comté d'Eu et la principauté de Dombes.

    Il est probable que les deux amants se marièrent, mais ils se séparèrent dès 1684.

    Quel bouffée d'oxygène que cette vraie visite guidée ! Un avant-goût de la "vie d'après" peut-être... Il est préférable de voir la vie du bon côté, non ?


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  •  Il y a 150 ans, le gouvernement républicain se repliait à Versailles. Abandonné à lui-même, le peuple de Paris se constituait en Commune et tentait de réaliser l'utopie communiste tout en luttant contre les troupes gouvernementales et les armées allemandes qui assiégeaient encore la capitale.

    Le résumé en vidéo sur le site de Hérodote.net

    Pour plus de renseignements, cliquez ICI pour consulter le livre numérique au format pdf édité par Hérodote.net

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    Le graphiste illustrateur Dugudus qui vit et travaille à Paris se passionne pour la représentation de l’image sociale et politique française. Il a réalisé pour commémorer les 150 ans de la Commune de Paris 50 figures parmi la foule des insurgés. Ces œuvres sont exposées sur les grilles de l'Hôtel de Ville de Paris et nous sommes allés, Arlette, Philippe et moi, à leur rencontre cette semaine.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Dugudus, de son vrai nom Régis Léger, est un artiste très engagé. Il a fait ses études dans notre quartier à l'école Estienne puis à l'école de l'image Gobelins. Il commence à militer au sein du Mouvement des Jeunes Communistes et devient chargé de communication de la fédération de Paris. Il poursuit son parcours à Cuba en 2010 au sein de l’ISDi (Instituto Superior de Diseño) à la Havane. Il travaille aux côtés des plus grands graphistes cubains et apprend à imprimer ses propres images en sérigraphie.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

     

    C'est Hugo Rousselle qui a rédigé les textes accompagnant les silhouettes des 50 communards.

    Hugo Rousselle né en 1991 est doctorant en Histoire du droit. Après des études de droit à la Sorbonne et à Assas, il entame une thèse sur l’histoire des droits sociaux fondamentaux économiques, sociaux et culturels et donne des cours de travaux dirigés dans plusieurs universités d’Île-de-France.

    Il est également président de la Fédération Francophone de Débat qui organise des championnats de débat, des grands procès historiques et populaires et milite pour la démocratisation de l’art oratoire et la défense de la francophonie.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

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    "Nous la Commune" et le nom donné à ce projet. Le "nous" de ces cinquante silhouettes et le "nous" de celles et ceux qui prennent part, au quotidien, à cette histoire.

    Qui sont-elles, comment sont-ils ? Redonner un visage aux insurgés n'est pas chose aisée. S'appuyant sur leurs portraits photographiques - quand ils existent - et sur un travail iconographique rigoureux, c'est à partir de traces plus ou moins ténues que Dugudus relie, complète et donne corps à ces noms. Véritable enquête visuelle, ce travail d'assemblage de photographies d'époque, de caricatures et de descriptions est traduit par le trait de l'artiste, permettant de découvrir ces cinquante portraits d'insurgés.

    L'exposition se tient conjointement à la mairie du 3ème arrondissement, puis elle sera affichée sur les grilles de la Gare de l'Est et enfin sur celles des Buttes-Chaumont.

    Découvrons !

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    On a beaucoup tiré au canon, des deux côtés, pendant la Commune de Paris...

    La Commune de Paris fête ses 150 ans

     Les personnages et leurs figurines

    Albert Theisz : Ouvrier ciseleur sur bronze & Directeur des Postes sous la Commune
    (1839-1881 / 32 ans - Membre de la Garde nationale - Internationaliste - Exilé

    La Commune de Paris fête ses 150 ans

    Instruit à l'école chrétienne et fils de gendarme, Albert Theisz est arrivé au socialisme en pratiquant le métier de bronzier. Les bronziers sont en effet à l'avant-garde du mouvement mutuelliste. En 1864, année de la reconnaissance du droit de grève et de la création de l'Internationale, le "Manifeste des soixante" réclame des candidatures ouvrières. Ce renouveau voit émerger de nouveaux militants à l'exemple de Theisz qui devient un pilier de l'AIT et participe à la grande grève des bronziers. Il se distingue en assumant la défense collective de l'Internationale à son troisième procès en 1870.

    Sous la Commune, il prend la direction générales des Postes, réorganise le service et augmente les salaires. Pendant la semaine sanglante, il sauve l'Hôtel des Postes de l'incendie puis réussi à gagner Londres.

    La Commune de Paris fête ses 150 ans

    Victorine Brocher : Piqueuse de bottines (Ouvrière cousant à la main (piquant) les morceaux de cuir pour en faire des bottines) & Cantinière au bataillon des Défenseurs de la République pendant la Commune
    1839-1821 /(32 ans) - Membre de la Garde nationale - Internationaliste - Exilée

    La Commune de Paris fête ses 150 ans

    Issue d'une famille parisienne républicaine, l'enfance de Victorine Brocher est marquée par la révolution de 1848. Elle est une des premières femmes à adhérer à l'Internationale et prend part à la fondation de la boulangerie coopérative du quartier de la Chapelle en 1867. Elle établit également des groupes d'études sociales en vue d'adoucir le sort des travailleurs.

    Le 20 mars 1871, avec son mari, elle accepte de rejoindre le bataillon des Défenseurs de la République. Victorine Brocher subit le manque cruel de matériel lors de la bataille du fort d'Issy. Une nuit d'avril, elle est réveillée par ses collègues. Dans sont état de grande fatigue, elle n'a pas remarqué qu'un obus a éclaté à côté d'elle la recouvrant de terre. Elle participe aux derniers combats de la rue Haxo et, mort dans l'âme, brûle le drapeau de son bataillon. Elle parvient à gagner la Suisse où elle s'exile.

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    Emile Digeon : Entrepreneur, journaliste & Chef provisoire de la Commune de Narbonne
    1822-1894 / (49 ans) - Républicain radical - Militant des droits des femmes

    La Commune de Paris fête ses 150 ans

     

    Emile Digeon est issu d'une famille républicaine proscrite après le coup d'état de 1851. A la chute de Napoléon III en septembre 1870, les villes du midi comme Narbonne s'émancipent et se joignent à Lyon afin de constituer un Comité central de défense dont Digeon est le délégué. Celui-ci participe également à la création de la Ligue du Sud-Ouest.

    Le 12 mars 1871, Digeon est invité à prendre la parole dans une réunion du Club Lamourguier qui rassemble les "rouges". Il s'en prend au gouvernement, défend le droit des femmes au travail et fait l'apologie du drapeau rouge du sang des martyrs. Chef provisoire, il tente de faire en sorte que le mouvement fasse tache d'huile mais Adolphe Tiers appelle à la répression le 28 mars. Digeon fait alors produire un manifeste dans lequel il est dit : "Que d'autres consentent à vivre éternellement opprimés ! Qu'ils continuent à être le vil troupeau dont on vend la laine et la chair !" Le 31, la Commune narbonnaise est mâtée.

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    Hortense Machu : Brossière (personne tenant une brosserie - qui fait ou vend des brosses) & Cantinière pendant la Commune - 1835-? / (36 ans) - Patriotisme populaire - Emprisonnée

    La Commune de Paris fête ses 150 ans

    Mère de deux enfants, Hortense Machu prend fait et cause pour la Commune. Elle revêt des vêtements de marin en guise d'uniforme. On la retrouve place de la Concorde, sur les barricades, manœuvrant les canons, ou encore sous les voûtes du ministère de la Marine. Elle est condamnée le 16 avril 1872 aux travaux forcés à perpétuité par le 4ème conseil de guerre (accusée à tort d'avoir fait partie des "pétroleuses" à l'origine de l'incendie des Tuileries et de la rue Royale).

    Durant le siège, les équipages de la flotte sont amenés à la hâte à Paris. Evacués au moment de l'armistice, certains marins restent à Paris où ils sont traités en héros. Le 30 mars 1871, le 224e bataillon fédéré se saisit du ministère de la Marine. Les insurgés ne disposent que de quatorze canonnières mouillées près du Pont-Neuf. Le colonel d'état-major Auguste Durassier, nommé commandant de la flottille fédérée de la Seine, tente de réquisitionner les marins, mais parmi ses cent-vingt hommes, bien peu sont aguerris. La gestion de la flotte reste incertaine ; ceux qui s'y succèdent se révèlent presque toujours inefficaces.

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    Napoléon Gaillard : Cordonnier & Directeur général des barricades - 1815-1900 / (56 ans)
    Colonel dans la Garde nationale - Néo babouviste (philosophie communiste radicale) - Exilé

    La Commune de Paris fête ses 150 ans

    Napoléon Gaillard se définit comme "artiste chaussurier". Ce nîmois à l'accent méridional se fait connaître à Paris en 1868 en devenant un orateur populaire comme en atteste son journal "L'Orateur des clubs". Fervent partisan des conceptions communistes égalitaires de Gracchus Babeuf (1760-1797), athée, il défend la libre-pensée et fustige les institutions bourgeoises du mariage et de la propriété.

    Il est nommé, le 30 avril, directeur général des barricades, commandant le bataillon spécial des barricadiers. Pour lui, "Les barricades doivent être étudiées méthodiquement et exécutées révolutionnairement." C'est donc avec méthode que plus de cinq cents barricades sont élevées, chacune dotée d'un fossé de deux mètres de profondeur à l'avant. C'est la première fois qu'on inscrit un objet politique hautement symbolique dans la stratégie générale de défense d'une ville. Quant à Napoléon Gaillard, après son exil genevois, le "révolutionnaire incorrigible" demeure fidèle à l'art de la chaussure, au communisme égalitaire et aux barricades jusqu'à son dernier souffle.

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    Jaroslaw Dombrowski : Commandant du 11ème bataillon de la Garde nationale & Général de la Commune - 1836-1871 / (35 ans) - Commandant de la Garde nationale - mort au combat

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    Issu de la noblesse polonaise, le capitaine Dombrowski est affecté en Pologne lorsqu'il se jette à corps perdu dans l'action révolutionnaire. Il participe à l'insurrection de Janvier 1863 qui revendique l'indépendance de la Pologne, la réforme agraire et la fin du servage. Condamné au bagne, il s'évade et rejoint la France avec son frère Ladislas. Il se lie aussitôt au mouvement ouvrier français.

    Pendant le siège, les deux frères proposent sans succès la création d'une légion polonaise. La Commune, internationaliste et consciente de la rareté des militaires de carrière dans ses rangs, nomme Dombrowski commandant de la place de Paris et général. Thiers tente de l'acheter pour un million et demi de francs : son messager est fusillé. Doté du grade de général, il meurt sur les barricades lors de l'assaut des Versaillais. Il est inhumé au Père-Lachaise, revêtu de son uniforme et enveloppé du drapeau rouge.

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    Nathalie Le Mel : Libraire, ouvrière relieuse & Fondatrice pour l'Union des femmes pour la Défense de Paris - 1826-1921 / (35 ans) - Socialiste révolutionnaire - Militante des droits des femmes - Exilée

    La Commune de Paris fête ses 150 ans

    Originaire de Brest, elle se distingue à Paris pendant la grève des relieurs de 1865 où elle obtient la parité entre les salaires masculins et féminins. Avec Eugène Varlin, elle ouvre "La Marmite", un restaurant communautaire rapidement associé par la police à une ramification de l'Internationale. Pendant le siège, elle contribue à former la nouvelle Union des femmes qui revendique la suppression de la distinction entre enfants naturels et légitimes, ou encore la reconnaissance d'un enseignement professionnel destiné aux femmes.

    Nathalie Lemel est arrêtée le 21 juin 1871 et condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Elle embarque sur la frégate "La Virginie" accompagnée d'Henri Rochefort et de Louis Michel. 

    Il lui faut attendre la loi d’amnistie de 1880 avant d’être libérée et de revenir en métropole. Elle trouve un emploi au journal "L’Intransigeant" et poursuit la lutte pour la condition féminine. Elle meurt dans la misère et atteinte de cécité en 1921 à l’hospice d’Ivry-sur-Seine.

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    Elisée Reclus : Géographe, aérostier & au 119ème bataillon de la Garde nationale sous la Commune - 1830-1903 / (41 ans) - Garde nationale - Anarchiste - Franc-maçon - Emprisonné

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    Elisée Reclus est l'un des principaux théoriciens de l'Anarchisme au côté de Bakounine et de Kropotkine. L'Anarchie, il la définit comme la plus haute expression de l'ordre, le moment où l'humanité ayant atteint l'ultime degré de solidarité universelle ne connaîtra ni misère ni guerre et n'aura plus besoin de la tutelle d'un gouvernement. Selon lui, l'émancipation doit abolir la lutte des classes et redonner sa souveraineté à l'individu.

    En septembre 1870, il écrit à Nadar pour lui demander de rejoindre le bataillon des aérostiers. Celui-ci le conduit à Montmartre et, après l'avoir initié, il fait grimper le "doux entêté de vertu" dans la nacelle de son ballon. Elisée Reclus s'improvise aérostier et y met ses talents de géographe au service de la défense de Paris. Le 4 avril 1871, il tombe dans une embuscade des Versaillais à Châtillon. L'expérience communarde confirme son anarchisme communiste et libertaire pour lequel il milite jusqu'à sa mort. De 1876 à 1894, il rédige la "Nouvelle géographie universelle" qui totalise vingt volumes.

    Sous l'influence de son frère et l'appui de la communauté intellectuelle britannique, sa peine de déportation en Nouvelle-Calédonie est commuée en bannissement.

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    Louis Rossel : Colonel de l'armée française & Délégué à la Commission de la guerre sous la Commune - 1844-1871 / (27 ans) - Patriotisme populaire - Mort au combat

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Louis Rossel est issu d'une famille de militaires républicains. C'est en tant que capitaine du génie qu'il combat à Metz. En 1870, il assiste, désespéré, à la trahison du général Bazaine. En réaction à la capitulation, il se range du côté de ceux qui refusent la paix.

    Le 19 mars 1871, alors qu'il rejoint Paris insurgé, Rossel est nommé chef de la 17e légion de la Commune. Lorsqu'on l'interroge sur ses motivations, il répond : "En haine de ceux qui ont livré ma patrie, en haine du vieil ordre social, je suis venu me ranger sous le drapeau des ouvriers de Paris." Il cherche à restaurer une discipline militaire qui se heurte à une organisation approximative des troupes. Doté de remarquables qualités militaires, Rossel succède le 30 avril au général Cluzeret comme délégué à la guerre. Une partie de la presse le soutient mais le 9 mai, ne supportant plus l'indiscipline, il démissionne avec fracas. Les Versaillais l'arrêtent et Thiers lui propose l'exil. Impassible, il assume préférer la mort : il est fusillé le 28 novembre à Satory.

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    Gustave Courbet : Peintre & Président de la Fédération des artistes de Paris -
    1819-1877 / (52 ans) - Elu du VIe - Proudhonien - Exilé

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Gustave Courbet est un artiste qui engage politiquement son art. Partageant les idées de Proudhon, son objectif est de faire "entrer le peuple dans l'art". Président de la Commission des musées sous le siège, il soutient la Commune. Le 6 avril 1871, il en appelle à l'intelligence , au sentiment et à la reconnaissance des artistes pour Paris. Le 13 avril 1871, en présence de quatre cents artistes invités à prendre la direction des musées et des collections d'art, la Fédération des artistes est constituée. Ses principes sont la libre expression de l'art affranchi de toute tutelle gouvernementale et la défense du "luxe communal" dont l'objectif est de conserver le passé, mettre en lumière le présent et régénérer l'avenir par l'enseignement.

    On y retrouve des artistes comme Manet, Corot ou Daumier. C'est sur une proposition de Félix Pyat qu'est votée la destruction de la colonne Vendôme alors que Courbet n'est pas encore élu. Le peintre, qui voulait déplacer et non démanteler la colonne, est pourtant condamné à payer sa reconstruction et doit s'exiler (ce sera en Suisse) pour échapper à cette sentence.

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    Cosette et Gavroche : Enfants de la Commune - Patriotisme populaire

    Dès le siège, les enfants des classes populaires se trouvent livrés au vagabondage et au marché noir. A partir d'octobre 1870, on les enrôle en leur donnant un uniforme et une solde, et en leur assignant des rôles d'auxiliaires au service des dépêches ou à l'édification des barricades. Les "Vengeurs de Flourens" sont principalement constitués de "gavroches" âgés de quinze à dix-sept ans. Le bataillon des Pupilles de la Commune regroupe des enfants de onze à seize ans, presque tous orphelins.

    Au cours de la semaine sanglante, Paul Verlaine évoque des "gamins dans les 15-16 ans, vêtus en chasseurs à pied de la Garde impériale, costume noir et vert, culottes de zouaves, large ceinture blanche et l'air crâne, mais qui se firent tuer jusqu'aux derniers."

    Le 25 mai 1871, ce sont les pupilles qui emportent le corps blessé du général Brunel sur un brancard. 651 enfants de 7 à 16 ans sont arrêtés et jugés. 56 sont condamnés à l'enfermement en maison de correction jusqu'à leurs vingt-et-un ans, 5 sont jetés en prison tandis que l'un d'entre eux est déporté en Nouvelle-Calédonie.

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    Eugène Varlin : Ouvrier relieur & Commandant du 193e bataillon de la Garde nationale -
    1839-1871 / (32 ans) - Elu du VIe - Commandant de la Garde nationale - Militant droits des femmes - mort au combat

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    Issu d'une famille de paysans pauvres, Eugène Varlin est ouvrier relieur. Il prend part au mouvement des sociétés de secours mutuels et combat la spécialisation du travail qu'il perçoit comme une perte d'indépendance de l'ouvrier. Il milite pour le droit au travail des femmes, organise des grèves en faveur de  l'enseignement professionnel, de la réduction du temps de travail et de l'augmentation des salaires.

    "Tant qu'un homme pourra mourir de faim à la porte d'un palais où tout regorge, il n'y aura rien de stable dans les institutions humaines."

    Son combat pour apporter un peu de confort aux ouvriers, Varlin le concrétise en ouvrant des coopératives et cantines populaires comme "La Marmite". Sous la Commune, il siège aux Finances où ses collègues demeurent sages et légalistes par rapport à la Banque de France. En revanche, les objets de première nécessité gagés par le peuple au Mont-de-Piété sont restitués. Reconnu par un prêtre le 28 mai 1871, Varlin qui avait cependant tout fait pour sauver les prêtres otages, est lynché, éborgné et fusillé sur le Mont des Martyrs.

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    Louise Michel : Institutrice privéeAmbulancière au 61e bataillon de la Garde nationale -
    1830-1905 / (41 ans) - Garde nationale - Anarchiste - Militante droits des femmes - Déportée

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    "La révolution sera la floraison de l'humanité comme l'amour est la floraison du cœur" affirmait Louise Michel. Institutrice et poétesse née en Haute-Marne, elle noue un échange épistolaire avec Victor Hugo. Installée à Paris, elle milite pour l'éducation intégrale et laïque et ouvre des externats, notamment à Montmartre. En uniforme de la Garde nationale, elle participe à la journée révolutionnaire du 22 Janvier 1870.

    Louise Michel est sur la butte Montmartre le 8 mars 1871. Ambulancière, elle participe le 3 avril, à l'offensive sur Versailles au sein du 61e bataillon. Combattante acharnée, elle préserve son humanité, soigne les Versaillais blessés et sauve même un chat sur une barricade. Le 24 mai, elle accepte de se rendre pour faire libérer sa mère. Emprisonnée, elle écrit "Les œillets rouges", un poème d'adieu à Théophile Ferré. A son procès, elle assume pleinement ses actes et dit appartenir toute entière à la révolution sociale. Hugo compose alors "Viro major" (plus grande qu'un homme) en son honneur. Déportée en Nouvelle-Calédonie, elle est l'une des rares à soutenir le soulèvement kanak d'Ataï en 1878.

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    "Viro major" de Victor Hugo (décembre 1871)

    Ceux qui savent tes vers mystérieux et doux,
    Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs donnés à tous,
    Ton oubli de toi-même à secourir les autres,
    Ta parole semblable aux flammes des apôtres ;
    Ceux qui savent le toit sans feu, sans air, sans pain,
    Le lit de sangle avec la table de sapin,
    Ta bonté, ta fierté de femme populaire,
    L’âpre attendrissement qui dort sous ta colère,
    Ton long regard de haine à tous les inhumains,
    Et les pieds des enfants réchauffés dans tes mains ;
    Ceux-là, femme, devant ta majesté farouche,
    Méditaient, malgré l’amer pli de ta bouche,
    Malgré le maudisseur qui, s’acharnant sur toi,
    Te jetait tous les cris indignés de la loi,
    Malgré la voix fatale et haute qui t’accuse,
    Voyaient resplendir l’ange à travers la Méduse.

    Jules Vallès : Journaliste révolutionnaire & Fondateur du "Cri du Peuple" - 1832-1885 / (39 ans) -
    Elu du XVe - Proudhonien - Franc-maçon - Exilé

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Fils d'instituteur, élève brillant, Jules Vallès fréquente la Sorbonne. Il se passionne pour les idées de Proudhon et met sa plume au service de ses idées. A l'élection du corps législatif de 1869, il se revendique avocat des pauvres, candidat du travail et député de la misère. Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1871, il fait partie des rédacteurs de la célèbre "Affiche rouge" et trouve la conclusion : "Place au peuple ! Place à la Commune !"

    Il fonde alors le quotidien "Le Cri du Peuple" tiré à cent mille exemplaires dont la vocation est de parler du peuple au peuple, de redonner une histoire aux déshérités tout en propageant le patriotisme, le fédéralisme et l'idée de République sociale.

    "Embrasse-moi camarade, qui as comme moi les cheveux gris, et toi, marmot, qui joue aux billes derrière la barricade, viens que je t'embrasse aussi [...] Fils des désespérés, tu sera un homme libre !" écrit-il le 28 mars.

    Pendant la terreur tricolore, Vallès réussit à se cacher puis à gagner Londres. Après l'amnistie, il fait renaître de ses cendres "Le Cri du Peuple".

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Anne-Marie Ménand : Vendeuse de journaux, prostituée & Pétroleuse - 1837-? / (34 ans) -
    Patriotisme populaire - Déportée

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Anne-Marie Ménand est l'une de ces parisiennes qui cumule les petits métiers de misère. Cuisinière, vendeuse de journaux, elle vit surtout de la prostitution. Pendant le siège, dans un contexte de privations, beaucoup de parisiennes s'y résignent. Louise Michel, entre autres, dénonce l'exploitation commerciale de créatures humaines par d'autres créatures humaines. La Commune mène une politique ambiguë à ce sujet : les maisons de tolérance sont empêchées dans le XIème arrondissement, le Bureau des mœurs est fermé. La société est même déclarée responsable et solidaire des désordres engendrés par la prostitution. Cependant, les prostituées de rue sont menacées d'arrestation. 

    Anne-Marie Ménand sera accusée d'avoir participé aux incendies de la rue Royale. Le mythe de la pétroleuse, répandu par la propagande versaillaise, peint les femmes comme des furies incendiaires. On sait désormais que la majorité des feux furent provoqués par les bombes versaillaises ou le résultat d'un choix stratégique de la Garde nationale.

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    Emile Duval : Ouvrier fondeur & Général de la Commune - 1840-1871 / (32 ans)
    Elu du XIIIe - Garde nationale - Blanquiste - Mort au combat

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

     

    Enfant naturel d'une mère blanchisseuse du XIIIe, Emile Duval devient fondeur à quinze ans. Rapidement, il dirige une société de prévoyance de sa corporation. Il se rapproche des milieux blanquistes et adhère à l'Internationale. Duval en est la cheville ouvrière de la grande grève des fondeurs de 1870. Influencé par les idéaux de  1793, son patriotisme le pousse à s'enrôler pendant le siège comme garde national au 176e bataillon.

    Avec Emile Eudes, Jules Bergeret et le "chevalier rouge", Gustave Flourens, Duval fait partie des chefs militaires blanquistes que les insurrections du 31 octobre 1870 et 22 janvier 1871 mettent sur le devant de la scène. Il prend possession de la rive gauche le 18 mars. Devenu Général de la Commune, il participe à l'offensive catastrophique lancée en avril contre Versailles. Le 3 avril, Flourens est tué à coup de sabre à Chatou. Le lendemain, Duval est capturé sur le plateau de Châtillon par le général Pellé qui lui promet la vie sauve. Cependant, lorsque le général Vinoy le rejoint, celui-ci fait fusiller Duval qui crie "Vive la Commune !"

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    Edouard Vaillant : Ingénieur des arts et manufactures & Délégué à la Commission de l'Enseignement - 1840-1915 / (31 ans) - Elu du VIIIe - Capitaine dans la Garde nationale - Blanquiste - Franc-maçon

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Issu de la jeunesse contestataire du Quartier Latin, c'est Edouard Vaillant qui informe Marx par télégraphe de la chute de l'Empire. Blanquiste, il organise les journées révolutionnaires du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871. Homme d'ordre, élu dans le VIIIème, il affirme la nécessité pour la Commune de frapper la propriété de décrets socialistes. Délégué à l'Instruction publique, il œuvre à la laïcisation de l'éducation. Le 2 avril, la Commune vote la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Dans la continuité de ce décret, Vaillant réorganise l'école.

    Son action a pour but le droit à l'éducation intégrale et l'instruction laïque, gratuite et obligatoire pour tous, filles et garçons. Ses réformes portent ainsi sur l'enseignement technique et professionnel, la démocratisation de l'enseignement médical et la laïcisation du personnel de l'enseignement municipal. L'égalité salariale pour les instituteurs et les institutrices est promulguée et les salaires sont augmentés.

    Amateur d'art, il rattache la gestion des théâtres à ses attributions tout en prêchant leur réorganisation sur un mode associatif.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Paule Minck : Directrice d'école & Journaliste révolutionnaire - 1839-1901 / (32 ans)
    Socialiste révolutionnaire - Franc-maçon - Militante droits des femmes - Exilée

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Paule Minck, de son vrai nom Paulina Merkaska, est une polonaise de noble extraction dont le père a participé à l'insurrection polonaise de 1830 avant de s'installer en France. A la fin du second Empire, elle anime des conférences. Si elle repousse la notion de "lutte des sexes", préférant celle de tous les opprimés, elle se bat néanmoins pour que les femmes aient le droit à la parole au nom de l'égalité.

    Son sens de la formule en fait une oratrice convaincante. A l'éloge de la femme au foyer, elle oppose l'indépendance et le droit au travail pour les femmes. Elle est à Auxerre pendant le siège mais revient à Paris après le 18 mars. Elle fonde alors une école libre de jeunes filles à Montmartre et s'investit dans les Clubs. Toujours armée de son revolver nommé "la Joséphine", elle prêche la lutte à outrance contre Versailles. Après la Commune, elle est fidèle à ses idées féministes et publie des articles dans la presse socialiste sans jamais rentrer dans des querelles de chapelle. Son enterrement rassemble toutes les mouvances du mouvement ouvrier.

    Elle s'exile en Suisse mais est condamnée par contumace à la déportation. Elle ne reviendra en France qu'à l'amnistie des Communards.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Arthur Rimbaud : Poète & Vagabond - 1854-1891 / (17 ans)
    Squatte chez Henri Gill au 89, rue d'Enfer, actuelle rue Henri-Barbusse (5e)

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

     

    Le jeune poète est profondément marqué par la guerre de 1870 pendant laquelle il fugue par trois fois de chez ses parents. Le 25 février 1871, il s'installe à Paris avant de partir vagabonder sur les routes le 10 mars. La légende le veut revenu à Paris et engagé aux "Tirailleurs de la Révolution". Mythe, réalité ? On sait du moins que le Paris insurgé, qu'il célèbre dans ses vers, le remplit d'enthousiasme. Le 13 mai 1871, il écrit à son maître, Georges Izambard :

    "Je serai un travailleur ; c'est l'idée qui me retient quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris."

    La Commune déchaîne la hargne de nombreux écrivains qui assimilent les révoltés à une immonde populace exaltés par des brigands stupides, formant "la franc-maçonnerie du crime". Edmond de Goncourt se pose en victime des révolutions et érige, avec Flaubert et Renan l'inégalité en loi naturelle. Théophile Gauthier craint les "gorilles de la Commune", George Sand les "saturnales de la folie", Anatole France les "fripouillards". Dumas fils et Maxime Ducamp sont les plus véhéments et applaudissent la répression.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Maxime Lisbonne : Acteur de théâtre & Colonel de la Xème Légion fédérée de la Garde nationale - 1839-1905 / (32 ans) - Colonel de la Garde nationale - Patriotisme populaire - Déporté

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Fils d'une modiste et d'un artiste peintre juif d'origine portugaise et ancien soldat, Maxime Lisbonne s'engage comme mousse à quinze ans et prend part à la guerre de Crimée, puis participe à la campagne d'Italie. Noceur et bagarreur, on l'affecte aux fusiliers de discipline. En  1864, il décide de devenir acteur. Il s'engage pendant le siège au 24e bataillon de la Garde nationale et est élu membre du Comité central du Xe arrondissement le 14 mars 1871.

    Détaché auprès du chef de la Garde nationale, on le surnomme le "D'Artagnan de la Commune". Il est nommé commandant puis colonel de la Xe légion. Caracolant sur un cheval arabe en habit flamboyant, cette fantaisie fait de lui une cible de choix. Il est d'ailleurs blessé à la jambe le 25 mai et il est déporté en Nouvelle Calédonie. Après l'amnistie, il devient directeur des Bouffes du Nord et monte des pièces de Louise Michel et de Victor Hugo. Ses cartes de visite le présentent en "ex-forçat", et il se ruine après avoir ouvert des cabarets comme la "Taverne du bagne" où les grooms sont déguisés en forçats.

    Arrêté, il passe devant un conseil de guerre qui le condamne à la peine de mort, mais un second conseil commue la peine en travaux forcés en Nouvelle-Calédonie. Après l'amnistie de 1880, il revient en France.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Lucien Combatz : Journaliste & Directeur général des Télégraphes de la Commune de Paris -
    1837-1903 / (36 ans) - Garde nationale - Garibaldien - Franc-maçon - Exilé

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Lucien Combatz participe à différentes campagnes militaires pour l'unité italienne aux côtés de Guiseppe Garibaldi. Il rejoint la France et rentre dans l'administration de la télégraphie. Renvoyé en 1863, il écrit dans la presse et dessine pour "l'Illustration" mais retourne bientôt à sa vie de révolutionnaire itinérant auprès de Garibaldi.

    Guérillero en Amérique du sud, combattant de la guerre de sécession américaine et de l'unité italienne, l'infatigable Garibaldi écrit à Gambetta en 1870 :

    "Ce qui reste de moi est à votre disposition. Disposez."

    En octobre 1870, il prend la tête de l'armée des Vosges et inflige plusieurs défaites aux prussiens. Le 15 mars, la Garde nationale le désigne comme général en chef mais il en refuse la fonction. Certains garibaldiens sont cependant d'éminents communards, dont Combatz, alors nommé directeur des Télégraphes. Après la Commune, il participe à la révolution cantonaliste espagnole.

    Après la défaite de la Commune, Lucien Combatz réussit à fuir. Le 16 décembre 1872, le 6e conseil de guerre le condamna par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée.

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    Madame Faure : Lieutenant de la Garde nationale - Patriotisme populaire (?)

    Au banquet des invisibles, les femmes occupent une place de choix : des photos sans noms, des noms sans photos, des biographies lapidaires. La socialiste Flora Tristan dira qu'elle sont "le prolétaire du prolétaire même". Qui sont la "lieutenant Faure" et Madame "Jules Faure" ? Un même nom et pourtant deux personnes.

    Nous ne savons presque rien sur la "lieutenant Faure" sinon ce que nous dit une photographie la représentant, rue Mirha, en uniforme de fédérée. Les informations sur Madame Eugénie de Castellane, mieux connue sous le nom de son mari en tant que Madame "Jules Faure", nous manquent également. Cette dernière compose en 1866 "Mes idées, poésies diverses", mais c'est surtout elle qui rédige "la Marseillaise de la Commune". En voici le refrain :

    "Chantons la liberté,
    Défendons la cité,
    Marchons, marchons, sans souverain,
    Le peuple aura du pain."

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Mohamed Ben Ali : Tirailleur algérien & Ordonnance du Colonel Lisbonne - (?)-1871 -
    Patriotisme populaire - Mort au combat

    C'est pour la ressemblance de leur tenue avec celle des Turcs que les tirailleurs algériens sont surnommés "turcos". Ils sont 9.000 à prendre part à la guerre franco-prussienne. La plupart sont rapatriés dès le 15 mars mais une poignée, parmi lesquels Mohamed Ben Ali, rejoignent la Commune. La figure de Ben Ali est présentée dans "l'Insurgé" de Vallès ainsi que dans les "Mémoires" de Louise Michel. Originaire du sud de l'Algérie, il devient le 21 mars 1871, l'ordonnance de Maxime Lisbonne. Il participe au front d'Issy jusqu'à sa chute en mai.

    Le turco a droit a sa représentation héroïque dans "le Turco Ben-Kaddour au combat de Lorcy", une œuvre de 1870 signée par le peintre Jules Monge. On le voit armer un fusil malgré son bras gauche en écharpe. Il fait également l'objet de caricatures aux accents coloniaux et racistes.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Pendant la Semaine sanglante, un parlementaire versaillais demande à discuter avec Maxime Lisbonne à la barricade de la rue Lecourbe (XVe). Mohamed Ben Ali et un officier de l'état-major partent en reconnaissance... Ils n'en sont jamais revenus.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Louis-Augustin Rogeard : Professeur de rhétorique & Artilleur - 1820-1896 / (51 ans) -
    Elu du VIe - Républicain radical - Exilé

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Louis-Augustin Rogeard est un opposant virulent à Napoléon III. La radicalité de ses pamphlets le contraint à quitter la France pour ne revenir qu'après le 4 septembre. Pour lui, la Commune doit combattre la magistrature et sa censure, l'administration centralisée et budgétivore, l'armée permanente, le clergé salarié et sa propagande, la police politique et sa répression, la prostitution et le paupérisme organisé.

    Pendant le siège, Rogeard est artilleur et écrit dans le journal de Félix Pyat "Le Vengeur". Dans son style reconnaissable, il y prêche la souveraineté populaire, la révocation des élus, l'application du principe électif à l'ensemble des pouvoirs publics et célèbre la Commune, comme ici le 30 mars 1871.

    "Salut à toi et sois bénie, Révolution communale de Paris !... Fais-nous de bonnes lois [...], à toi le soin de nous guérir par la justice sociale, à toi la gloire de garder fidèlement la République des travailleurs."

    En cohérence avec ses convictions, il refuse de siéger à la Commune, son élection dans le VIème arrondissement ayant recueilli un nombre de voix qu'il juge insuffisant.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Anna Jaclard : Journaliste révolutionnaire à "La Sociale" & Membre du Comité de vigilance de Montmartre - 1836-1871 / (35 ans) - Internationaliste - Militante droits des femmes - Exilée

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Aristocrate de Saint-Pétersbourg et fille d'un lieutenant général d'artillerie, Anna Vassilievna Korvin-Krukovskaja aurait inspiré le sulfureux personnage d'Aglaïa Ivanovna Epantchine dans "L'Idiot" de Dostoëvsky. Elles s'intéresse aux idées sociales avancées et part pour Genève et Paris en 1868 où elle se lie au milieu révolutionnaire. Elle y rencontre et épouse le militant blanquiste Victor Jaclard, professeur de mathématiques et membre de l'Internationale.

    A Paris, Anna Jaclard travaille dans une imprimerie et traduit en russe des textes de l'Internationale. Elle devient membre du Comité de vigilance de Montmartre pendant le siège. Elle est sur la butte le 18 mars. Alors que son marie coordonne la Commune de Lyon et de Paris, elle s'engage dans l'action et le journalisme et fonde, avec André Léo, le journal "La Sociale". Elle est surtout déléguée aux hôpitaux et ambulances, et membre de la commission instituée pour organiser et surveiller l'enseignement dans les écoles de filles. Le couple Jaclard arrive à s'enfuir en Russie et revient en France après l'amnistie de 1880. 

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Félix Tournachon : Photographe, caricaturiste & Aéronaute - "Nadar" - 1820-1911 / (51 ans)
    Patriotisme populaire

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Victor Tournachon, plus connu sous le nom de "Nadar", est caricaturiste engagé et photographe reconnu. Passionné par l'aérostation, il réalise les premières photographies aériennes. Durant le siège, il réunit une compagnie d'aérostiers au pied de la butte Montmartre : espionnage de l'ennemi, cartographie militaire mais aussi transport de courrier sont assurés par ses soixante-sept ballons. C'est à bord de l'un d'entre eux que Gambetta, ministre de l'intérieur, part pour Tours le 7 octobre 1870, ou encore que des tracts bilingues incitant les prussiens à se mutiner sont diffusés.

    Il se met à disposition de la Commune, mais, fatigué et malade, ce sont ses ballons qui seront mobilisés : outre la projection de tracts, on envisage de former un carrousel aérien pour lutter contre la famine provoquée par le blocus ordonné par Thiers. Les photographes ne sont pas si nombreux. Bruno Braquehais, l'un des premiers représentants du photojournalisme, est l'un des rares à prendre sur le vif environ cent-cinquante clichés qui feront de lui le grand photographe de la Commune.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Louis Debock : Typographe, poète & Directeur de l'Imprimerie nationale - 1822-1892 / (49 ans)
    Lieutenant dans la Garde nationale - Proudhonien - Exilé

    Ce fils de tisserand lillois, proche des idées de Proudhon, est imprimeur, agitateur syndical et poète engagé. Il est proche de l'Internationale et écrit pour "La Tribune ouvrière". Pendant la guerre franco-prussienne, il est lieutenant au 160ème bataillon de la Garde nationale.

    Le 18 mars, Debock et son collègue Jean-Louis Pindy s'emparent de l'Imprimerie nationale au nom du Comité central. Debock en assure la direction avec son fils et l'ouvrier typographe André Alavoine. Il intervient dans la rédaction des textes, fait élire les chefs par les ouvriers, garantit les salaires et supervise la fabrication des affiches qui permettent d'informer, mais également de diffuser ordres et directives. Entre le 19 mars et le 25 mai, 399 affiches sont imprimées : cinq à six affiches chaque jour en moyenne. Leur diffusion est assuré par un service dédié qui les placarde jour et nuit. On doit à Debock que les Archives Nationales soient épargnées par les flammes lors de la semaine sanglante.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Joséphine Marchais : Ouvrière agricole & Franc-tireur au bataillon des "Enfants perdus" -Patriotisme populaire - Exilée - 1840-1874 / (31 ans)

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Animés par un fort sentiment patriotique, les francs-tireurs prêtent efficacement main-forte à l'armée face aux Prussiens.

    Dans un courrier du 12 novembre 1870, un officier allemand s'inquiète : "La question des approvisionnements deviendra très grave pour nous si les francs-tireurs réussissent à détruire les lignes de chemin-de-fer que nous avons occupées."

    Chaque groupe a son identité vestimentaire se rapportant souvent à une région. Il n'y a pas d'unité idéologique mais les francs-tireurs sont parfois l'antichambre armée de la Commune révolutionnaire. Les femmes y sont présentes et occupent parfois des fonctions d'officiers. Joséphine Marchais, vivandière au bataillon des "Enfants perdus", incite son amant, le boucher Guy Jean, à s'y battre en tant que garde. Les noms que portent ces compagnies égalent en originalité la tenue des combattants. Joséphine Marchais, par exemple, est coiffée d'un chapeau tyrolien. De nombreuses photos de protagonistes posant dans une attitude revancharde, fusil en main, témoignent de cette grande diversité vestimentaire.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Henry Champy : Ouvrier coutelier & 203e bataillon de la Garde nationale - 1846-1902 / (25 ans) -
    Elu du Xème - Garde nationale - Socialiste révolutionnaire - Déporté

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Durant le siège, les éléphants du Jardin d'Acclimatation (Castor et Polux) sont abattus et on prépare de la terrine d'antilope, du chameau rôti ou du civet de kangourou dans les restaurants chics. Pour les autres, c'est du chien, du chat, du rat que l'on mange. Le maire est surnommé "Ferry famine". Des boucheries municipales sont ouvertes, affichant des prix régulés par les pouvoirs municipaux. Elles sont fermées le 2 mars 1871.

    La Commune nomme Henry Champy à la Commission des Subsistances. Cet orateur disert, fils de maçon et de sage-femme, rétablit les boucheries municipales. Son collègue, François-Louis Parisel, milite pour un contrôle sanitaire rigoureux. Des cantines municipales sont créées, Paris est correctement approvisionné et les prix maîtrisés. La halle aux blés, les abattoirs et marchés aux bestiaux de la Villette, et les sept grandes criées des Halles fonctionnent de façon pleine et régulière. Les intermédiaires sont supprimés, les prix fixés pour les denrées de première nécessité. La vie commerciale bénéficie du soutien des pouvoirs publics.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Jean-Baptiste Clément : Chansonnier, poète & maire du XVIIIème arrondissement -
    1836-1903 / (35 ans) - Elu du XVIIIe - Socialiste révolutionnaire - Franc-maçon - Exilé

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Les écrits du chansonnier bohême montmartrois Jean-Baptiste Clément sont un cri du coeur contre la misère dédiés au rêve d'une société égalitaire libérée des contraintes de la morale religieuse et bourgeoise. Sa défense de l'amour libre se reflète dans sa chanson "Le temps des cerises" écrite en 1866 et qu'il dédie plus tard à Louise, ambulancière de la Commune. Ses écrits politiques lui valent la prison mais la chute de l'Empire lui rend la liberté et il s'engage au 129ème bataillon.

    "Le temps des cerises" chanté par Mouloudji et Nana Mouskouri

    Aux élections du 26 mars 1871, "L'artiste", comme on le surnomme, est le premier élu du XVIIIe et y assume également la fonction de maire. Du pain, des logements et du travail, telles sont les priorités des familles. Dans son article pour le Journal Officiel, "Les rouges et les pâles", il s'en prend aux défaitistes. Sa verve est au service d'une définition socialiste de la Commune. Il milite pour l'éducation intégrale et bouillonne d'agir pour les démunis. Pendant la Semaine sanglante il se bat sur la dernière barricade et réussit à se cacher. Il écrit "La Semaine sanglante", un chant poignant.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris 

    Raoul Rigault : Délégué à la Commission de sureté générale & Procureur de la Commune -
    1846-1871 / (25 ans) - Elu du VIIIe - Néo- - Franc-maçon - Mort au combat

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

     Raoul Rigault entre en politique en fréquentant la jeunesse estudiantine du Quartier latin que la grande Révolution fascine. Il imagine déjà une contre-police pour préparer le Grand soir, ce qui fait dire à Blanqui :

    "L'homme n'est qu'un gamin.
    Mais le commissaire et un homme."

    Au sentimentalisme, il oppose la violence pour mettre à bas la tyrannie des "riches égoïstes". Le 18 mars 1871, il s'installe à la Préfecture et libère tous les prisonniers politiques. Il prône, sans relâche mais sans succès, la guerre à outrance contre Versailles. Des mesures d'hygiène, de régulation des boissons et des maisons de jeux, protectrices des consommateurs, sont imposées. Autoritaire et anticlérical, il souhaite contrôler la presse et procède à des arrestations arbitraires. N'est-il pas le procureur de la Commune ? Il fait ainsi fusiller les otages que Versailles refuse d'échanger contre la libération de Blanqui. Avant de l'exécuter, les versaillais lui ordonnent de crier "Vive Versailles !", il répond avant que sa tête ne pleure le sang "Vous êtes des assassins ! Vive la Commune !". Il avait vingt-cinq ans.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    André Léo : Ecrivaine, journaliste à "La Sociale" & Présidente de la Commission d'Enseignement des jeunes-filles - 1824-1900 (47 ans) - Anarchiste - Militante droits des femmes - Exilée

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    L'écrivaine Victoire Léodile Béra Champseix prend pour pseudonyme les noms de ses deux jumeaux, André et Léo. Dans les années 1860, elle se lie au militantisme républicain mais aussi à la première vague féministe. Dans la revue "La Coopération", elle plaide pour la création d'associations ouvrières et fonde l'Association pour l'amélioration de l'enseignement des femmes. Partisane de l'amour libre, elle le pratique avec le socialiste Benoît Malon.

    Le 18 septembre 1870, André Léo est arrêtée dans une manifestation en compagnie de Louise Michel avec laquelle elle allège au Comité de vigilance de Montmartre. Sa plume est au service de la patrie et du socialisme dans les journaux qu'elle crée : "La République des travailleurs" et "La Sociale". Dans ce dernier, elle publie un appel diffusé par ballon aux travailleurs des campagnes. Elle participe aussi à la Commission instituée pour organiser et surveiller l'enseignement dans les écoles de filles. Après la Semaine sanglante, elle parvient à s'enfuir en Suisse où elle prononce son célèbre discours au Congrès de la Paix de 1871 : "La guerre Sociale".

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Eugène Protot : Avocat & Délégué à la Commission de la Justice - 1839-1921 / (32 ans)
    Elu du XVe - Blanquiste - Franc-maçon - Exilé

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    L'avocat Eugène Protot incarne, pendant la Commune, le respect des formes procédurales et des libertés individuelles face aux excès. Elu sur un programme de justice gratuite et accessible à tous et d'humanisation du système pénitentiaire, Protot interdit les arrestations et perquisitions arbitraires.

    Le contexte ne permet pas l'élection de juges, l'un des points phares de son programme ; en revanche, la liberté de la défense est octroyée. La gratuité de la justice est appliquée aux testaments, à la reconnaissance des enfants naturels, aux mariages, aux adoptions et aux actes notariés de donations. Les serments politiques et professionnels sont abolis. Il était également envisagé de rétablir le divorce, de simplifier la procédure de mariage, de reconnaître les enfants illégitimes et même d'abolir les droits héréditaires, majorats et titres de noblesse. Blessé au combat pendant la Semaine sanglante, Protot parvient néanmoins à s'enfuir. La réaction ne lui pardonnera jamais ses engagements, et il ne sera pas réintégré au barreau après l'amnistie de 1880.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Jean-Baptiste Dumay : Ouvrier tourneur & Représentant de la Commune du Creusot -
    1841-1926 / (31 ans) - Socialiste révolutionnaire - Exilé

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Comprendre la Commune du Creusot, c'est comprendre la vie de Jean-Baptiste Dumay, fils posthume d'un ouvrier mort à la suite d'un accident du travail dans les mines de charbon Schneider. Les Schneider ont la mainmise politique et économique sur le Creusot, qui compte environ 10.000 ouvriers en 1870. Entre janvier et mars, métallurgistes et mineurs y déclenchent des grèves. Les revendications portent sur l'amélioration des conditions et des heures de travail. Contre le lock-out général, les Schneider font envoyer la troupe.

    Dumay se distingue comme candidat ouvrier aux élections au Conseil d'Arrondissement. Il devient maire à la chute de l'Empire. Le 12 mars 1871, il refuse l'injonction qui lui est faire d'envoyer un commissaire qui a officié sous l'Empire. Le préfet tente de le renvoyer mais le 26 mars Dumay proclame la Commune et proteste contre les versaillais et leurs prétentions à s'ériger en Constituante. Il réclame la nationalisation des usines, des ateliers de charité pour les chômeurs et un crédit pour le pain des ouvriers. La Commune est cependant balayée le 28 mars.

    Il s'exile en Suisse mais est condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité. Il rentre en France en 1879.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Gaston Crémieux : Avocat, poète & Représentant de la Commune de Marseille -
    1836-1871 / (36 ans) - Républicain radical - Franc-maçon - Mort au combat

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Gaston Crémieux est une figure de proue de l'opposition radicale marseillaise. Le 8 août 1870, la première tentative pour mettre en place une Commune révolutionnaire se matérialise par une manifestation de 40.000 personnes avec Crémieux et Gustave Naquet à sa tête et la présence du poète Clovis Hugues. Elle est dispersée par la police.

    Le 7 septembre, Crémieux accueille Alphonse Esquiros qui épure l'armée et la magistrature puis le nomme au poste de procureur de la République. Les tensions avec le gouvernement font renaître des velléités d'autonomie régionaliste qui aboutissent à la création de la Ligue du Midi pour la défense de la République. Présidée par Esquiros, celle-ci organise les combats. Le 22 mars 1871, Crémieux prononce un discours et déclare "Vive Paris !". Le lendemain, il prend la tête de la Commission insurrectionnelle mâtée le 4 avril par les canons du général Espivent. En prison, Crémieux rédige une pièce sur Robespierre louée par Victor Hugo. Le 30 novembre, il dit avant d'être fusillé au Pharo : "Visez à la poitrine, ne frappez pas la tête. Feu ! Vive la Répu..." 

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Alix Payen : Infirmière & Brancardière au 153e bataillon de la Garde nationale -
    1843-1903 / (28 ans) - Garde nationale - Socialiste utopiste - Militante droits des femmes

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Alix Payen est issue d'une famille bourgeoise républicaine acquise aux idées du Socialisme utopique de Charles Fourier. Elle bénéficie d'une instruction institutionnelle religieuse et d'une éducation parentale socialiste. Arrivée à Paris, elle se rapproche de la communauté fouriériste "La Colonie" dont le phalanstère est situé en forêt de Rambouillet. Elle y laisse son marie lorsqu'éclate la guerre de 1870 pour revenir à Paris. Elle y fabrique des passe-montagnes pour les troupes.

    Sous la Commune, son frère intègre le 1er bataillon du génie, son mari est sergent au 153e bataillon de la Xe légion. Alix Payen obtient son brevet d'ambulancière afin d'être affectée le 16 avril 1871 au même bataillon que celui de son mari. Sa correspondance permet de mesurer son indignation face aux bourgeois "francs-fileurs" qui abandonnent la Capitale. Elle éclaire également sur la dureté des conditions de l'armée et des combats d'Issy, de Clamart, de Levallois et de Neuilly. Son mari ayant été blessé, elle s'occupe exclusivement de lui jusqu'à sa mort, le 29 mai, des suite de ses blessures.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

     Théophile Ferré : Comptable & Délégué à la Commission de Sureté générale -
    1846-1871 / (25 ans) - Elu du XVIIIe - Garde nationale - Néo-Hébertiste - Mort au combat

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Théophile Ferré est un méridional installé à Paris en 1964. Avec Raoul Rigault et Louise Michel, ils forment un trio très soudé que Jules Favre, le futur ministre versaillais, serre dans ses bras à la chute de l'Empire. Membre du Comité de Vigilance de Montmartre, il participe à la journée du 18 mars et fait libérer les prisonniers quand il apprend que les Fédérés ont fusillé Lecomte. 

    Austère et rigoureux, ce jeune élu de la Commune siège à la Commission de Sureté générale, d'abord comme substitut de Rigault qu'il remplacera bientôt. Il défend une ligne dure et s'engage sur l'assurance chômage et l'assurance maladie pour les travailleurs. Il cherche à améliorer les technique de police (patrouilles nocturnes, photos des malfaiteurs recherchés envoyées au mairies, refuges en cas d'incendie) et se montre impitoyable envers les agents publics corrompus. Ferré incendie la Préfecture le 24 mai après avoir fait évacuer les quatre cent cinquante détenus. A son procès, il refuse de se défendre. Malgré l'acharnement de Louise Michel pour le faire libérer, il est fusillé à Satory le 28 novembre.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

     Léo Frankel : Ouvrier orfèvre & Délégué à la Commission de Travail et d'Echange -
    1844-1896 / (27 ans) - Elu du XIIIe - Internationaliste - Exilé

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    C'est en 1867 que Léo Frankel adhère à l'Association internationale des travailleurs (AIT). Partisan de l'abolition du salariat, il intervient souvent au Club de la Reine-Blanche et fait partie des quarante-trois socialistes révolutionnaires présentés aux élections législatives du 8 février. Il est finalement élu le 26 mars 1871 dans le XIIIe.

    Nommé à la Commission du Travail le 29 mars, il en devient le délégué le 20 avril. Le 16 mai, un décret demande aux chambres syndicales ouvrières de dresser l'inventaire des ateliers abandonnés afin de confier leur exploitation à l'association coopérative des ouvriers et des employés. La Commission supprime le travail de nuit et interdit les retenues patronales sur les salaires. Si Frankel vote pour le Comité de salut public, il signe la déclaration de la minorité contre la dictature de celui-ci. Amoureux éconduit d'Elisabeth Dmitrieff, elle le sauve sur les barricades où il est blessé pendant la Semaine sanglante.

     Il réussit à échapper aux soldats versaillais, se réfugie en Suisse puis en Angleterre. Le 19 octobre 1872, le sixième Conseil de guerre le condamne à mort par contumace.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Elisabeth Dmitrieff : Journaliste révolutionnaire & Fondatrice de l'Union des Femmes pour la Défense de Paris - 1851-1910 (? (19 ans) - Internationaliste - Militante droits des femmes - Exilée

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris 

    A dix-neuf ans, Elisabeth Dmitrieff a déjà parcouru l'Europe : incarcérée à Saint-Pétersbourg pour son activisme socialiste en 1863, codirigeante du journal "La cause du peuple" en Suisse en 1868, envoyée à Londres à la rencontre de Marx en 1870... Ce dernier l'envoie en observation à Paris : le 25 mars 1871, elle rejoint la capitale française.

    Pour elle, la Commune n'est qu'une étape vers la révolution mondiale qui doit soustraire "le travail au joug du capital exploiteur". Ceinte d'une écharpe rouge à franges d'or dans laquelle elle range ses pistolets, elle défend le droit au travail, la diminution du temps de travail, "l'anéantissement de toute concurrence entre travailleurs des deux sexes" et leur égalité salariale.

    Avec Nathalie Le Mel, elle fonde l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés. Lors de la Semaine sanglante, elle combat sur la barricade de la Bastille.

    Elisabeth Dmitrieff finit ses jours en Sibérie à une date inconnue.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Jean Allemane : Ouvrier typographe & Caporal du 59e bataillon de la Garde nationale, Délégué adjoint à la mairie du Vème - 1843-1935 / (28 ans) - Caporal Garde nationale - Socialiste révolutionnaire - Déporté

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    Arrivé à l'âge de dix ans à Paris, Jean Allemane devient typographe et s'engage très jeune dans le mouvement ouvrier. A dix-neuf ans, déjà syndiqué, il est emprisonné pour fait de grève. Le 18 mars 1871, lorsque l'armée veut récupérer le canon du 59ème bataillon situé place des Vosges, Allemane s'y oppose et déclare : "Ce canon appartient au peuple et je le reprends." Ce jour-là, il sonne le tocsin à l'église Saint-Nicolas du Chardonnet. Anticlérical, il assiste à la cérémonie de la croix du Panthéon par le drapeau rouge. Il se désole de l'irrésolution et du verbalisme trop prononcé de la révolution communaliste mais croit profondément en ses bienfaits.

    Jean Allemane fait la chasse aux mouchards de Versailles et veille dans son arrondissement à la création de cantines scolaires, de maisons de secours, de retraites et d'orphelinats. Actif aux barricades du Panthéon, il est arrêté et déporté en Nouvelle-Calédonie. Il décrit les souffrances du bagne dans son livre "Mémoires d'un communard". Après l'amnistie, il fonde son parti et appelle au principe de grève générale.

    L' exposition de Dugudus à l'Hôtel de Ville marque les 150 ans de la Commune de Paris

    J'ai beaucoup appris sur la Commune grâce à cette exposition.

    Je ne me souviens pas qu'à l'école (ou au lycée ?) on m'ait parlé de cet épisode de la vie des parisiens... ???


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  • J'ai déniché par hasard sur le net deux bonnes adresses d'artisans du pays Châtillonnais.

    La première d'entre elles concerne le travail du cuir, c'est celle de Paola Borde qui a installé son atelier en plein centre de Châtillon-sur-Seine.

    Le travail du cuir traditionnel est l'un des plus polluants. Les tanneurs tentent peu à peu d'abandonner les produits les plus toxiques. Certains créateurs de maroquineries ont carrément décidé de changer de matières premières.

    Fenouil, fibre d'ananas, mangue... Le 100% végétal, c'est le royaume de Paola Borde. La créatrice de la maroquinerie d'art végétal "Paola Borde" à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) vante ces matières étonnamment solides, mais sa favorite, c'est le champignon. Seul bémol, son prix, compter 80 euros par exemple pour une petite plaque de champignon en provenance d'Italie. Elle déplore le manque de concurrence, car les fabricants fixent leur prix comme ils veulent. Ainsi, le porte-carte se vendra 90 euros, car luxe supplémentaire tout est entièrement cousu main. Après les champignons, Paolo Borde plonge déjà sur d'autres créations à base de pétale de rose.

    Dans la première partie de cette vidéo, c'est un travail très original de la peau de poisson qui est mis à l'honneur par Marielle Philip qui travaille dans le bassin d'Arcachon. Celui de Paola Borde vient en fin de vidéo à 1,54 minute.

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    La deuxième adresse concerne le travail du bois : c'est celle de Nathalie Chapuis qui a ouvert à Veuxhaulles-sur-Aube un atelier-boutique, à seulement une vingtaine de kilomètres de Châtillon. Elle va bientôt produire pour le prochain film de Guillaume Canet de la vaisselle en bois.

    Le film ? Astérix et Obélix : l'Empire du milieu

    Alors qu'elle fuit un prince malveillant, l'unique fille de l'empereur Han Xuandi se retrouve en Gaule pour demander de l'aide aux irréductibles.

    Nathalie Chapuis à l'extérieur de son atelier à Veuxhaulles-sur-Aube
    © Radio France - Thomas Nougaillon

    J'ai découvert sur le net une artisane d'art à Châtillon-sur-Seine...

    Au fond de son atelier "L'Atelier de la faine", entourée de ses tours à bois, de ses scies circulaires, de ses bouts d'érable, de hêtre et de bouleau, elle travaille les essences locales pour fabriquer des pots, de la vaisselle, des statues de bois.

    Elle est très appréciée des gens du village. "Elle nous a déjà offert plusieurs bols en bois qu’elle fabrique", dit par exemple un voisin. A 50 ans, Nathalie Chapuis ne s’attendait pas à recevoir l’appel téléphonique d’une membre de la production du futur Astérix que doit tourner le célèbre cinéaste. Elle voulait de la vaisselle en bois pour les scènes de banquet du film.  

    Elle a failli s’étrangler avec son café...

    La suite c’est Nathalie Chapuis qui la raconte. "J’étais en train de boire mon café tranquillement, vers 9 heures, je reçois un coup de fil d’une dame qui me dit qu’elle est décoratrice de cinéma, qu’ils vont tourner un nouvel Astérix. Elle m’explique qu’elle est intéressée par des pièces. Sur le coup, je me suis dit que c’était quelqu’un qui me faisait une farce. Finalement un quart d’heure après j’ai reçu un mail avec son adresse et je me suis rendu compte que c’était bien vrai."

    La production du film souhaite que Nathalie fabrique ce genre de plats sur pied pour y déposer des pâtisseries © Radio France - Thomas Nougaillon

    J'ai découvert sur le net une artisane d'art à Châtillon-sur-Seine...

    Ces petits bols en bois peuvent contenir toute sorte d'aliments dont de la soupe.
    © Radio France - Thomas Nougaillon

    J'ai découvert sur le net une artisane d'art à Châtillon-sur-Seine...

    Repérée un peu par hasard sur Internet

    C’est sur Internet (en tapant "vaisselle gauloise") que la production du film a repéré notre artisane d’art installée à Veuxhaulles-sur-Aube depuis 2013 et plus habituée à vendre ses pièces sur les marchés de la région, même si le web lui permet aussi d’avoir des clients aux quatre coins de la France et même en Belgique depuis plusieurs années.

    L'artisane s'est vue commander une vingtaine de pièces en bois (des plats à gâteaux et des présentoirs) pour le mois de juin prochain. Si elle ne compte pas gagner des mille et des cents ou se faire de la pub grâce à ce film, elle redoute tout de même une chose :

    "Si ça se trouve, ils vont me casser mes plats sur la tête, j'aurai passé des jours entiers à faire ma vaisselle et ils vont se la jeter dessus !" glisse-t-elle avec un grand sourire sur les lèvres.

    Un article de Thomas Nougaillon, journaliste à France Bleu Bourgogne

    Il faudra qu'on aille voir ces artisans in situ lors d'un prochain séjour bourguignon...

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    Dans le cinquième volet des aventures du guerrier gaulois, Guillaume Canet et Gilles Lellouche tiendront respectivement les rôle d'Astérix et d'Obélix. Marion Cotillard sera Cléopâtre, Vincent Cassel César... Quand à Pierre Richard, à 86 ans il sera Panoramix !

    Astérix et Obélix version Guillaume Canet : le tournage en Chine est compromis

    Le tournage devrait débuter cette semaine dans les studios de Bry-sur-Marne, à défaut de la Chine précédemment choisie, crise sanitaire oblige... Pas top pour les acteurs !

    La sortie du film est prévue en 2022, ric-rac pour le début de la fin de cette satanée épidémie de Coronavirus, enfin... on l'espère !


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