• Du carreau du temple à la place de la République

    Un groupe d'une vingtaine de personnes s'était donné rendez-vous ce vendredi après-midi sur la Place de la République pour une visite guidée proposée par l'UPP (l'Université Permanente de Paris) du quartier du Temple. Derrière le groupe, les bâtiments, datant du XIXème siècle, des anciens Magasins Réunis font face à la Caserne Vérines de l'autre côté de la rue du Faubourg du Temple.

    Du carreau du temple à la place de la République

    La place de la République, située à l'emplacement de l'ancienne porte du Temple et de l'enceinte de Charles V, est une création du Baron Haussmann. A l'extérieur, c'était la campagne à l'époque : mais ceci, c'était au XVIème siècle...

    Du carreau du temple à la place de la République

    Au XIXème siècle, on appelle ce quartier le Boulevard du Crime, non pas parce qu'il était mal famé mais parce qu'ici se trouvaient des théâtres mélodramatiques dans lesquels étaient fréquemment représentés des crimes.

    Il y avait ainsi le Théâtre-Lyrique, le premier théâtre de l'Ambigu, le Cirque-Olympique, les Folies-Dramatiques, la Gaîté, les Funambules, les Délassements-Comiques, le théâtre des Associés, le théâtre des Pygmées, le Petit-Lazari ainsi que de nombreux cafés-théâtres.

    Le Boulevard du Temple et ses théâtres en 1862

    Du carreau du temple à la place de la République

    Le réaménagement en 2011 de la place de la République a rendu l’espace aux piétons, renouant ainsi avec l’esprit populaire qui régnait lorsque le quartier du carreau du Temple était dédié à la fripe et au théâtre de boulevard.

    Du carreau du temple à la place de la République

    Le monument à la République est dû aux frères Morice (Léopold pour la statuaire et Charles pour le soubassement) et date de 1883.

    Marianne, qui symbolise la République, tient dans la main droite un rameau d'olivier, symbole de paix.

    Du carreau du temple à la place de la République

    Elle est coiffée d'une couronne végétale et porte le bonnet phrygien, symbole de la liberté : il a été porté successivement par les esclaves affranchis dans l'Empire romain puis par les sans-culottes pendant la Révolution.

    Du carreau du temple à la place de la République

    Sur le soubassement, des allégories de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité.

    La Liberté porte un flambeau dans la main gauche tandis que sa main droite est posée sur son genou, tenant une chaîne brisée.

    Du carreau du temple à la place de la République

    L'Egalité tient dans sa main droite le drapeau de la République et dans sa main gauche un niveau de charpentier, symbole d'égalité.

    Du carreau du temple à la place de la République

    J'aime beaucoup La Fraternité qui est représentée par une jeune femme au regard bienveillant sur deux enfants en train de lire un livre, allégories de la Connaissance.

    Du carreau du temple à la place de la République

    En bas du piédestal, un lion tient l'urne du Suffrage Universel.

    Du carreau du temple à la place de la République

    Quittant cette belle place, nous empruntons maintenant le Passage Vendôme - construit en 1827 - pour rejoindre la rue Béranger.

    Du carreau du temple à la place de la République

    En cette période de l'année, il est un peu désert...

    Du carreau du temple à la place de la République

    La rue Béranger est ainsi nommée en l'honneur du chansonnier Pierre-Jean de Béranger qui remporta un énorme succès à son époque : Chateaubriand, Goethe, Sainte-Beuve, Mallarmé, Stendhal, Eugène Sue pour ne citer qu’eux admirèrent ses talents de poète.

    Pierre-Jean de Béranger en 1839

    Du carreau du temple à la place de la République 

    Il a écrit un nombre incommensurable de chansons.

    J'en ai choisi une assez rigolote. 

    MA GRAND'MERE

    Ma grand’mère, un soir à sa fête,
    De vin pur ayant bu deux doigts,
    Nous disait en branlant la tête :
    Que d’amoureux j’eus autrefois !
    Combien je regrette
    Mon bras di dodu,
    Ma jambe bien faite,
    Et le temps perdu !

    Quoi ! maman, vous n’étiez pas sage ?
    — Non vraiment ; et de mes appas
    Seule à quinze ans j’appris l’usage,
    Car la nuit je ne dormais pas.
    Combien je regrette
    Mon bras si dodu,
    Ma jambe bien faite,
    Et le temps perdu !

    Maman, vous aviez le cœur tendre ?
    — Oui, si tendre qu’à dix-sept ans,
    Lindor ne si fit pas attendre,
    Et qu’il n’attendit pas longtemps.
    Combien je regrette
    Mon bras si dodu,
    Ma jambe bien faite,
    Et le temps perdu !

    Maman, Lindor savait donc plaire ?
    — Oui, seul il me plut quatre mois ;
    Mais bientôt j’estimai Valère,
    Et fis deux heureux à la fois.
    Combien je regrette
    Mon bras si dodu,
    Ma jambe bien faite,
    Et le temps perdu !

    Quoi ! maman, deux amants ensemble !
    — Oui, mais chacun d’eux me trompa.
    Plus fine alors qu’il ne vous semble,
    J’épousai votre grand-papa.
    Combien je regrette
    Mon bras si dodu,
    Ma jambe bien faite,
    Et le temps perdu !

    Maman, que lui dit la famille ?
    — Rien, mais un mari plus sensé
    Eût pu connaître à la coquille
    Que l’œuf était déjà cassé.
    Combien je regrette
    Mon bras si dodu,
    Ma jambe bien faite,
    Et le temps perdu !

    Maman, lui fûtes-vous fidèle ?
    — Oh ! sur cela je me tais bien.
    À moins qu’à lui Dieu ne m’appelle,
    Mon confesseur n’en saura rien.
    Combien je regrette

    Mon bras si dodu,
    Ma jambe bien faite,
    Et le temps perdu !

    Bien tard, maman, vous fûtes veuve ?
    — Oui ; mais, grâces à ma gaîté,
    Si l’église n’était plus neuve,
    Le saint n’en fut pas moins fêté.
    Combien je regrette
    Mon bras si dodu,
    Ma jambe bien faite,
    Et le temps perdu !

    Comme vous, maman, faut-il faire ?
    — Eh ! mes petits-enfants, pourquoi,
    Quand j’ai fait comme ma grand’mère,
    Ne feriez-vous pas comme moi ?
    Combien je regrette
    Mon bras si dodu,
    Ma jambe bien faite,
    Et le temps perdu !

    On rapporte une anecdote sur lui. 

    Béranger se promène dans la rue. Un miséreux lui tend son chapeau et le poète laisse tomber deux sous. Un homme se précipite et dit au pauvre diable : "Cédez-moi les deux sous que vient de vous donner ce monsieur, et je vous remets à la place une pièce de cinq francs."

    "Et pourquoi ?" fit l'homme.
    "Parce que ce « monsieur », c'est Béranger !"

    "Béranger ! reprit l'autre, en retirant ses deux sous, je les garde !"

    Voici sa maison dans la rue en question. Elle fut habitée précédemment par Abraham Peyrenc de Moras, un financier français du XVIIIème siècle, avant que celui-ci ne déménage pour aller s'installer à l'Hôtel Biron (actuellement Musée Rodin).

    Du carreau du temple à la place de la République

    Une plaque commémore l'événement.

    Du carreau du temple à la place de la République

    Chemin faisant, nous voici maintenant arrivés au Carreau du Temple, un quartier où je ne viens quasiment jamais...

    Du carreau du temple à la place de la République

    Notre guide nous explique toute l'histoire du lieu, nous transportant du XIIème siècle à nos jours...

    Historique

    Au début du XIIème siècle, les chevaliers de l’Ordre du Temple de Jérusalem (les Templiers) reçoivent, en donation du roi, les terres qui constituent l’enclos du Temple. Celui-ci est entouré d’une enceinte de 8 mètres de haut, renforcée au XIIIème siècle par un donjon, la tour du Temple. L’enclos couvre au XIVème siècle un espace d’environ 6 hectares, compris aujourd’hui entre les rues du Temple, de Bretagne, de Picardie et Béranger. Il bénéficie jusqu’à la Révolution de privilèges et les boutiques s’y louent à prix d’or.

    Du carreau du temple à la place de la République

    La Ville de Paris fait construire un marché couvert entre la rue du Temple et la Rotonde. Ce marché édifié entièrement en charpente de bois, œuvre de l’architecte Jacques Molinos, rencontrera un grand succès.

    Vue de l'ancien marché couvert démoli en 1863

    Du carreau du temple à la place de la République

    Le marché est alors constitué de quatre carrés ayant chacun sa spécialité.

    ► Carré du Palais-Royal : tapis, soieries, rubans, gants, plumes et articles à la mode.

    ► Carré de Flore : linge de maison
    ► Carré du Pou-volant : ferraille et friperies
    ► Carré de la Forêt-Noire : cuir

    Entre ces 4 halles et la Rotonde se trouvait un « carreau », terre-plein où fonctionnait une bourse du vêtement d’occasion. De là dérive, parait-il, l'expression "Rester sur le carreau" pour dire que ce n'est pas le meilleur endroit.

    La Révolution se saisit de l’enclos. La famille royale est enfermée dans le donjon le 13 août 1792 jusqu’à son exécution le 19 décembre 1795. 

    Louis XVI à la tour du Temple par Jean-François Garneray

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    Marie-Antoinette à la tour du Temple par Kucharski

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    Création de l’actuel bâtiment

    La ville dans le cadre de la rénovation urbaine voulue par Napoléon III et le préfet Haussmann, décide de le remplacer par une structure métallique, plus sûre face aux fréquents incendies, et lance un concours d’architecture qui sera remporté par l’architecte Jules de Mérindol en 1860.

    Sa façade monumentale s’ouvre sur la rue du Temple. Le marché avec ses pavillons de métal, de verre et de briques, peut accueillir plus de 2000 places pour les vendeurs.

    Le marché du Temple en 1863 : la partie bleue est la partie actuelle restante (non détruite en 1905).

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    Cependant, le marché décline et en 1892 il ne reste plus qu'une centaine de marchands.

    En 1982, toujours très attachée à ce lieu, la population locale réussit à faire inscrire à l’inventaire des Monuments historiques l’unique bâtiment restant, écartant ainsi définitivement tout risque de démolition future.

    La restructuration et la rénovation du Carreau du Temple a été menée entre 2007 et 2014 par le studioMilou architecture. Respectant autant que possible les orientations initiales du projet, le Carreau du Temple propose des activités culturelles, sportives et accueillera de nombreux événements grands publics.

    La structure de fer est interrompue ça et là par les portes d'entrée en pierre et c'est du plus bel effet.

    Du carreau du temple à la place de la République 

    L'une des façades

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    Tout à côté, caché derrière les stands d'une brocante, se cache un plan de l'ancien quartier du Temple.

    Du carreau du temple à la place de la République 

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    Notre guide nous emmène maintenant visiter une église située dans la rue du Temple voisine : il s'agit de Sainte-Elisabeth-de-Hongrie. Comme vous le voyez, des croix de Malte sont affichées sur sa façade car elle est l'église conventuelle de l'Ordre de Malte à Paris.

    Du carreau du temple à la place de la République

    Sur le fronton, une statue de Saint-Louis et une statue de Sainte-Elisabeth

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    Nous sommes rentrés dans l'église pour y voir un tableau de Gustave François représentant les adieux de Louis XVI à sa famille (le 20 janvier 1793).

    On y voit Louis XVI étreindre Marie-Antoinette. Sont présents aussi leurs deux enfants, Marie-Thérèse-Charlotte - dite Madame Royale -, le dauphin Louis-Charles, et Madame Elisabeth, la soeur du roi tandis qu'un soldat monte la garde à la porte.

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    Dans le square du Temple, une statue de Pierre-Jean de Béranger - vous savez, le chansonnier - par Henri Lagriffoul

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    Le square du Temple - jardin à l'anglaise - a été créé par Jean-Charles Alphand lors des travaux d'Haussmann. Il occupe une part de l'ancien enclos des Templiers, et recouvre partiellement l'emplacement passé de la tour du Temple.

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    Empruntant la rue de Picardie, nous nous dirigeons maintenant vers la rue de Beauce où se trouve un petit jardin qui rend hommage à Madeleine de Scudéry.

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    La plupart des célébrités de l’époque, Madame de La Fayette, Madame de Sévigné, La Rochefoucauld et bien d'autres - moins connus de moi -, honorèrent régulièrement les « samedis de Mademoiselle de Scudéry » - femme de lettres française dont l'oeuvre littéraire marque l'apogée du "mouvement précieux" dont Molière se moquera dans Les Précieuses Ridicules. Le salon se situe d’abord rue du Temple, puis rue de Beauce.

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    Nous arrivons au terme de cette visite : elle prend fin au Marché des Enfants Rouges. Celui-ci fut créé en 1628 et s'appelait alors le Petit Marché du Marais. Le nom des Enfants Rouges ne lui fut donné que plus tard, de même que celui de Marché de Beauce. Ces deux noms viennent de la proximité de l'hospice des Enfants-Rouges (1524-1777) créé par Marguerite de Navarre pour des orphelins dont l'uniforme était rouge (un signe de charité chrétienne), qui a aussi donné son nom au quartier, et de celle de la rue de la Beauce.

    Il s'agit du plus vieux marché couvert de la capitale et sans doute de France : je le découvre seulement aujourd'hui après 68 ans de vie parisienne !

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    C'est un marché, mais pas tout à fait comme les autres...

    Outre les commerces de bouche (une vingtaine, dont de nombreux traiteurs aux diverses spécialités), on y trouve quelques petits cafés et restaurants où l'on peut déjeuner ou dîner à l'abri des intempéries (il y a l’épicerie italienne, le stand bio, le traiteur libanais ou encore le snack japonais).

     

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    Et puis, il y a l’Estaminet qui ne propose que des produits de saison choisis chez de petits producteurs issus, majoritairement, de l'agriculture biologique ou La Petite Fabrique où l'on peut manger des pâtisseries succulentes et boire du bon chocolat chaud parait-il.

    Il faudra qu'on aille traîner nos savates par là un dimanche...

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    That's all folk !

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