• Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal à Paris

    C'est bien au 123 boulevard de Port-Royal et non au même numéro du boulevard de Montparnasse qu'Anne-Marie nous avait donné rendez-vous pour une visite de l'abbaye de Port-Royal...

    Quelle étourdie !

    Arrivée un petit peu en retard donc - mais pas trop - j'ai pu très vite reprendre le cours de la visite qui débutait dans le cloître. Le groupe écoute déjà religieusement - cela s'impose - le guide choisi par Anne-Marie, un monsieur que nous connaissons déjà pour avoir eu l'occasion de l'écouter dans d'autres visites guidées.

    Il nous a prévenus, à juste titre : nous allons sans doute avoir besoin de Doliprane ! Je ne vous dis pas le mal que j'ai eu à écrire ce petit post car l'histoire qui va suivre est un tantinet compliquée...

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    L'abbaye cistercienne de Port-Royal a été fondée en 1204 par Mathilde de Garlande, une femme de la grande noblesse proche de la famille royale (d'où le nom de "Royal"). On l'appelle alors Port-Royal des Champs car elle est située dans la vallée de Chevreuse.

    En 1625, sous le règne de Louis XIII, une "annexe" - Port-Royal de Paris - est créée tant à cause de l’exiguïté des bâtiments que pour sauver les religieuses de Port-Royal des Champs décimées à la suite d'une sévère épidémie de paludisme liée au caractère marécageux du site.

    C'est cette abbaye parisienne que nous visitons aujourd'hui.

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Le cloître n'a que trois côtés car la chapelle est adossée au quatrième.

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal 

    Profitons vite du jardin avant que n'arrive la pluie...

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    A la mort de Pierre Lescot (l'architecte de l'aile Renaissance du Louvre), c'est son neveu Léon qui hérite de l'Hôtel de Clagny construit par celui-ci entre 1566 et 1569 au Faubourg Saint-Jacques à Paris.

    Par acte du 19 juillet 1624, Léon échange l’hôtel de Clagny avec Angélique Arnauld, abbesse de Port Royal des Champs depuis son plus jeune âge (à 11 ans pour être précise : contrainte et forcée par sa famille, elle ne trouva réellement la vocation que bien plus tard), contre une rente de 1500 livresLes religieuses s’installent ainsi dans l'Hôtel de Clagny qui, après avoir subi quelques transformations, devient l’Abbaye de Port-Royal.

     En 1630, Angélique Arnauld décide de placer sa communauté dans le giron janséniste, en offrant à sa communauté l’abbé de Saint-Cyran comme directeur de conscience. La communauté devient ainsi le haut-lieu du Jansénisme (nom formé à partir de celui du théologien hollandais Cornélius Jansen dont la doctrine est dérivée des thèses de Saint-Augustin). Je dirai - pour faire simple - que selon les thèses jansénistes l’homme ne tient son salut que de la grâce divine, dont il doit cependant se montrer digne en vainquant sa propre concupiscence.

    La Mère Angélique Arnauld par Philippe de Champaigne

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Outre le caractère réfractaire des croyances jansénistes, l'abbaye abrite aussi à l'époque un lieu d'enseignement, une sorte d'école où les Solitaires participent aux prières des religieux, reçoivent et donnent un enseignement. Dans ce qui s'appela les "petites écoles", Racine en fut l'un des élèves et Pascal l'un des professeurs.

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    La construction de la chapelle de Port-Royal de Paris fut confiée à un tout jeune architecteAntoine Le Pautre (1621-1679), dont ce fut le premier chantier. Il est également l'architecte du très bel l'Hôtel de Beauvais dans le Faubourg Saint-Antoine ainsi que de la Cascade du Parc de Saint-Cloud.

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    La rigueur du Jansénisme ne lui permit malheureusement pas de s'exprimer comme il l'aurait souhaité : il ne put réaliser en particulier le portique décoré de balustrades ni le riche décor architectural (avec les statues) qu'il avait prévus... Notre guide nous a fait passer une documentation où l'on peut comparer les projets de l'architecte avec la réalisation finale.

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Le projet

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    La réalisation

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Dans le cloître, deux statues assez jolies : l'une d'elles représente un grand prêtre israélite et pour l'autre je n'ai pas trouvé. Le guide a parlée de prophètes...

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal 

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Dans les locaux de l'abbaye, deux escaliers en bois à balustre rampante dont un en forme de poire, d'époque bien sûr. Ma photo ne rend malheureusement pas l'explication que le guide nous en a donné...

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Voici la salle capitulaire (ou salle du chapitre) : il s'y trouve une reproduction du tableau de la Mère Angélique Arnauld par Philippe de Champaigne.

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

     

    En 1662, l'abbaye de Port-Royal de Paris fut le siège d'un miracle.

    La fille de Philippe de Champaigne (peintre de la Royauté), Catherine, qui avait pris le voile à l'abbaye de Port-Royal de Paris en 1656 sous le nom de soeur Catherine de Sainte-Suzanne, était paralysée des jambes depuis deux ans. Elle dit avoir été guérie spontanément le 6 janvier 1662, au terme d’une ultime neuvaine.

    Pour remercier les religieuses, Philippe de Champaigne leur offrit un tableau représentant Soeur Catherine de Sainte-Suzanne, assise jambes étendues, à côté de la nouvelle abbesse, mère Agnès Arnauld (il s'agit de la soeur d'Angélique Arnauld décédée l'année précédente). Ce tableau porte le nom d'Ex-voto de 1662, un ex-voto qui pourrait apaiser les menaces pesant sur le couvent (voir plus bas)...

    L’humilité, le dépouillement et l’austérité du lieu répondent à celles des moniales, qui ont consacré leur vie à Dieu : robe de bure, plancher cloué, mur nu, fissure au mur. Le mobilier est très simple et composé d’un fauteuil, d’un tabouret et d’une chaise, sur laquelle repose un livre, probablement le livre de prière de sœur Catherine.

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Notre visite s'est terminée par celle de la chapelle - d'une grande sobriété - dans l'esprit de Port-Royal, dont nous voyons ici la nef unique. 

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Derrière le rideau, une grille...

    Visite guidée de l'abbaye de Port-Royal

    Pour en terminer avec l'histoire de Port-Royal, il faut dire que cela se passa assez mal pour les religieuses. L'Etat n'accepta pas leurs idées car leur caractère dissident rappelle, entre autres, l'époque des Guerres de religion.

    Louis XIV obligea les religieux, les clercs et les maîtres d'école à imposer leur signature au bas de ce texte :

    « Je me soumets sincèrement à la Constitution du pape Innocent X du 31 mai 1653, selon son véritable sens, qui a été déterminé par la Constitution de notre Saint-Père le pape Alexandre VII du 16 octobre 1656. Je reconnais que je suis obligé en conscience d'obéir à ces Constitutions, et je condamne de cœur et de bouche la doctrine des Cinq propositions de Cornelius Jansenius contenues dans son livre intitulé Augustinus, que ces deux papes et les évêques ont condamnée ; laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansenius a mal expliquée, contre le vrai sens de ce saint docteur. »

    En 1709, Louis XIV ordonnera la destruction de l'abbaye, mettant fin au Jansénisme. Une des plus grandes crises spirituelles de l'Ancien Régime prend fin.

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    Après la Révolution, l'abbaye devint une prison (entre 1790 et 1795) : la prison de Port-Libre. L'on y enferma en particulier les vingt-sept fermiers généraux (qui prélevaient l'impôt), Malesherbes le botaniste et homme politique proche de Louis XVI, Le Chapelier (vous savez, celui de la loi), le garde des sceaux Miromesnil, et même le scientifique Lavoisier qui - ayant demandé un sursis afin de terminer une expérience - il fut répondu : "la République n'a pas besoin de savants ni de chimistes". Il finira guillotiné...

    Honoré Riouffe, historien et homme politique incarcéré en 1793, fait paraître une relation de son incarcération, Mémoires d'un détenu, qui connaît un grand succès.

    « Rien ne ressemblait moins à une prison : point de grilles, point de verrous, les portes n'étaient fermées que par un loquet. De la bonne société, excellente compagnie, des égards, des attentions pour les femmes. On aurait dit qu'on n'était qu'une même famille réunie dans un vaste château. C'était le rendez-vous de la gaieté. On s'y retirait après l'appel, et on y prenait le frais jusqu'à onze heures du soir. »

    Mais, après la loi du 22 prairial, Port-Libre devint, comme les autres prisons, « l'antichambre de la Conciergerie et du tribunal révolutionnaire. » La plupart des détenus n'en sortirent que pour aller à l'échafaud.

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    En 1795 , l'ancienne abbaye fut transformée en "maison d'allaitement" pour enfants abandonnés qui devint en 1801 l'Hospice de la Maternité auquel fut adjoint un hôpital d'accouchement en 1814.

    C'était l'un des plus tristes asiles de la misère humaine : il renfermait cinq cent quinze lits et recevait annuellement deux mille femmes enceintes. On l’appelait vulgairement la Bourbe, à cause du nom ancien de la rue voisine, absorbée aujourd'hui dans le boulevard de Port-Royal.

    A cet hôpital fut annexée une école pratique d'accouchement, où quatre-vingts élèves recevaient au XIXe siècle l'instruction nécessaire à la profession de sage-femme.

    Le lieu correspond aujourd'hui à la maternité Port-Royal (Clinique Baudelocque).

    That's all folks !


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